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Vegetal design

 

Pablo Reinoso est connu, entre autres, pour ses spectaculaires Bancs Spaghetti. Avec deux expositions à Paris, son actualité est très dense. Portrait d’un designer passionné par la nature.

Pablo Reinoso est connu, entre autres, pour ses spectaculaires Bancs Spaghetti. Avec deux expositions à Paris, l’aménagement d’un cloître-hôtel et une commande destinée à la ville de Londres qu’il révélera en novembre, son actualité est très dense. Portrait d’un designer passionné par la nature.

Retour végétal (2015) de Pablo Reinoso. Bois sculpté et acier, 102 x 314 x 95 cm et, à l’arrière-plan, Monochrome respirant (1999), toile et ventilateurs, 260 x 357 cm. Crédit : Rodrigo Reinoso​.

Quel est le rapport entre Boris Vian et une autoroute ? Réponse : Pablo Reinoso et son thème de prédilection, la nature. Ce sculpteur-designer, natif d’Argentine, nous donne la clé de l’énigme pendant le montage de l’exposition My Buenos Aires à laquelle il participe (à La Maison Rouge jusqu’au 20 septembre) : “Dans un roman de Boris Vian, un chien qui cherche un foyer répond à l’annonce de personnes qui cherchent un chat. Ils passent un deal : pendant la journée, le chien fait le chat, et le soir, à 20 heures,  il redevient chien. Dans ce texte, le chien décrit la souffrance qu’il éprouve pendant la journée à faire le chat et à ne  pas pouvoir obéir à sa véritable nature”, explique, avec un vrai talent de conteur, Pablo Reinoso. Il enchaîne avec une  autre évocation : “Dans les années 90, une grève de routiers a bloqué la France pendant un mois, alors que je devais absolument me rendre à Senlis, chez un fondeur, pour terminer une pièce. Lorsque le conflit a pris fin, j’ai sauté dans ma voiture et me suis soudain retrouvé totalement seul sur une voie d’autoroute qui était remplie d’animaux : lapins, oiseaux, et même un cerf. Les plantes avaient soulevé le bitume. Dans un si court laps de temps, la nature avait repris ses droits. Je me suis dit alors : ‘Un jour il faudra que  je sculpte cela.’”

 

Dès 1970, à Buenos Aires, alors qu’il n’avait que 15 ans, Pablo Reinoso exprimait déjà sa fascination dans une série d’œuvres intitulées Tronc articulé. Ces constructions de forme modulable, combinant des morceaux de bois sculptés dans des troncs d’arbres, pouvaient notamment s’utiliser comme banc. Ce travail de jeunesse cristallise toutes les obsessions de Reinoso. La nature, le bois, la poésie, mais aussi les sièges dont il est un grand collectionneur (il détient des pièces admirables d’Eames, de Gerrit Thomas Rietveld dont il possède la chaise Zig-Zag, etc.).

 

Magnifiquement exposée dans une pièce remplie  de charbon à la Maison de l’Amérique latine, son œuvre Paysage d’eau (1982), longue sculpture en marbre de  dix centimètres d’épaisseur, posée à même le sol, représente une étendue d’eau noire parcourue de vaguelettes, mettant en relief la beauté des différents noirs. Les Respirants (1995) sont un autre travail emblématique du designer. Deux carrés en toile de parachute au centre desquels sont insérés de petits ventilateurs. L’air écarte les deux morceaux de tissu cousus et les gonfle.  “Cette œuvre évoque un vêtement porté par un homme qui respire parce que l’humain qui  est en lui respire”, commente-t-il. En 2004, il se lance dans la réinterprétation de la chaise N° 14, inventée par l’industriel Michael Thonet. Il la distord, la transforme en vêtement,  lui ajoute de la pâte à gressins pour la rendre consommable, la fait danser avec Blanca Li… “Cette chaise s’est vu appliquer toutes les possibilités sémantiques, comme Thonet lui-même l’avait fait avec sa propre chaise, la déclinant en une pléiade de modèles grâce à une recherche sur ses possibilités formelles.” 

Avant de réaliser un banc, je lui demande de devenir un siège, puis je le laisse s’épandre et il part faire sa vie. C’est à cela que je pense quand je vois le Banc Spaghetti : qu’il va continuer sa vie et reprendre son aspect naturel.

Bamboo Light System (2006) de Pablo Reinoso. Acier, aluminium et polycarbonate, dimensions variables, éditeur : Yamagiwa.Crédit : Rodrigo Reinoso.

 

Puis en 2006, Pablo Reinoso porte son attention sur des bancs publics au design anonyme. Ainsi naîtront ses Bancs Spaghetti, dont les lattes, d’abord sagement alignées, prennent brutalement des formes extravagantes, comme  si elles se mettaient soudainement à proliférer, retournant à l’état sauvage. Reinoso parle aux matières qu’il travaille, au métal, au bois : il leur déclare qu’ils ont une âme, une essence et une nature. “Avant de réaliser un banc, je lui demande  de devenir un siège, puis je le laisse s’épandre et il redevient nature. Il part faire sa vie. D’où ces volutes. C’est pour cette raison, révèle-t-il, que j’aime la métaphore de Boris Vian. Elle correspond exactement à ce qui me vient à l’esprit quand je vois le Banc Spaghetti : il va continuer sa vie et reprendre son aspect naturel.” Ces bancs foisonnants ont élu domicile dans des lieux très divers (Chaumont-sur-Loire, Maison de l’Amérique latine, etc.).

 

C’est dans un hôtel de Lyon qu’on pourra admirer les dernières créations de Pablo Reinoso. Pour la réhabilitation de cet ancien couvent situé sur la colline de Fourvière, qui sera achevée en octobre, il conçoit des sculptures.  On y verra, par exemple, les “spaghettis” d’un banc pénétrant par effraction dans une chapelle par une des ouvertures. En novembre, c’est à Londres qu’il est attendu, pour l’installation de deux grandes sculptures non loin de la Tate Britain. “Le MI6 est situé juste en face. La première sculpture s’appelle We Watch You, You Too, et l’autre Only Children Bench”, révèle-t-il avec malice. Reconnu et exposé dans les plus grands musées du monde (Beaubourg, Kunst Haus Wien), représenté par des galeries prestigieuses (Baró Galeria, Xippas, Maison Particulière, etc.), Pablo Reinoso  a aussi exprimé son savoir-faire dans des flacons de parfum (Givenchy), ne cessant de témoigner, au fil de ses œuvres, de ce qu’il est : un créatif par nature.

 

 

Par Yves Mirande

 

 

Exposition Pablo Reinoso – Un monde renversé à La Maison  de l’Amérique latine, Paris VIIe, jusqu’au 5 septembre, www.mal217.org

Exposition My Buenos Aires – La scène artistique de Buenos Aires à La Maison Rouge, Paris XIIe, jusqu’au 20 septembre,  www.lamaisonrouge.org

 

www.pabloreinoso.com

 

 

 

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