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15 Prisunic et Monoprix s'invitent au musée : 5 objets cultes signés par les plus grands designers

Prisunic et Monoprix s'invitent au musée : 5 objets cultes signés par les plus grands designers

Design

“Le design pour tous” : tel est devenu l'adage du magasin Prisunic une vingtaine d'années après sa création, en 1931. Dès la fin des années 50, fort de nombreuses collaborations avec des designers contemporains de renom, de Marc Held et Terence Conran à India Mahdavi, l'enseigne de grande distribution n'a cessé de proposer des objets innovants et accessibles à faible coût, confirmant son ancrage dans la modernité. Un principe qui va pleinement s'épanouir après la fusion du magasin avec Monoprix en 1997, dont le musée des Arts décoratifs offre jusqu'au 15 mai un aperçu vivant dans une exposition dédiée riche de plus de 500 œuvres. Numéro a sélectionné parmi elles cinq pièces de design qui ont marqué des décennies de créativité.

Bureau du style et de la publicité Prisunic, Catalogue Prisunic/4 Décor et confort de la maison (Octobre 1970). Impression sur papier. Musée des Arts Décoratifs. Andy Warhol, Diptyque Marilyn (1962) © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Licensed by Adagp, Paris, 2021 Bureau du style et de la publicité Prisunic, Catalogue Prisunic/4 Décor et confort de la maison (Octobre 1970). Impression sur papier. Musée des Arts Décoratifs. Andy Warhol, Diptyque Marilyn (1962) © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Licensed by Adagp, Paris, 2021
Bureau du style et de la publicité Prisunic, Catalogue Prisunic/4 Décor et confort de la maison (Octobre 1970). Impression sur papier. Musée des Arts Décoratifs. Andy Warhol, Diptyque Marilyn (1962) © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Licensed by Adagp, Paris, 2021

1. Le lit de Marc Held pour Prisunic (1970) : un emblème du design des sixties

 

 

Nous sommes à l’orée des années 70 et, depuis dix ans, le plastique fait rage dans le mobilier. L’architecte et designer français Marc Held n’est pas le dernier à s’emparer de ce matériau, qui séduit aussi bien par son faible coût de fabrication et sa légèreté que par son aspect lisse et brillant, en phase avec l’esthétique futuriste qui s’impose à la fin de la décennie. En 1966, le créateur imagine pour les appartements de la station balnéaire de Port-Barcarès (Pyrénées-Orientales) une collection de mobilier entièrement réalisé en fibre de verre et polyester thermoformé teinté, techniques qui lui permettent de mouler d’un même bloc ses chaises et bureaux. Mais ce qui marquera le plus cette série est sans doute son lit double, dont le sommier ne fait qu’un avec la tête de lit prolongée dans deux tables de chevet en trapèze. Finalement édité par Prisunic quatre ans plus tard dans une large variété de coloris, l’objet fera même la couverture du catalogue de vente par correspondance de l’enseigne, sous une sérigraphie des Marilyn Monroe par Andy Warhol. Emblématique de l’époque par son matériau et ses formes courbes, le lit de Marc Held est aujourd’hui encore très convoité et ressurgit régulièrement sur les sites de revendeurs vintage.

Jacques Tissinier, Tables, tabouret et banc (1973). Fabrication Émaillerie Neuhaus. Acier, hêtre émaillé Photo © MAD, Paris / Jean Tholance © Adagp, Paris, 2021
Jacques Tissinier, Tables, tabouret et banc (1973). Fabrication Émaillerie Neuhaus. Acier, hêtre émaillé Photo © MAD, Paris / Jean Tholance © Adagp, Paris, 2021
Jacques Tissinier, Tables, tabouret et banc (1973). Fabrication Émaillerie Neuhaus. Acier, hêtre émaillé Photo © MAD, Paris / Jean Tholance © Adagp, Paris, 2021

2. La table de Jacques Tissinier pour Prisunic (1973) : le code de la route au service d'un design pop

 

 

Cercles, carrés et triangles, couleurs rouge vif, blanc ou bleu azur… Depuis plus d’un siècle, les codes de la signalisation routière française sont pensés pour attirer le regard. Jacques Tissinier l’a bien compris. Habitué à créer pour l’espace urbain, des façades de bâtiments aux Abribus, l’artiste français s’empare dès les années 60 du langage stylistique de la signalétique pour créer des œuvres immédiatement accessibles et compréhensibles par le plus grand nombre. En 1973, il dessine pour Prisunic un ensemble de tables basses et bancs gigognes à travers lesquels il démontre sa maîtrise technique de l’acier émaillé. Rendue plus lisse, brillante et résistante par l’émail, la matière fait ressortir les couleurs unies et les formes essentielles peintes sur le métal, dont résulte un ensemble pop visuellement percutant. Douze ans après ce projet, en 1985, l’artiste sera sollicité pour conseiller l’aménagement du parc de la Villette, puis continuera de décliner son vocabulaire esthétique dans ses peintures et ses fresques jusqu’à sa disparition en 2018.

Hussein Chalayan, Giles Deacon, Anne Valérie Hash, Alexis Mabille, Yiqing Yin, Petites robes noires (2013). Textile. Photo © Monoprix Hussein Chalayan, Giles Deacon, Anne Valérie Hash, Alexis Mabille, Yiqing Yin, Petites robes noires (2013). Textile. Photo © Monoprix
Hussein Chalayan, Giles Deacon, Anne Valérie Hash, Alexis Mabille, Yiqing Yin, Petites robes noires (2013). Textile. Photo © Monoprix

3. Les petites robes noires de 5 grands créateurs pour Monoprix (2013) : un intemporel griffé à petit prix

 

 

La petite robe noire est un grand classique des collections de mode. Consensuelle et intemporelle, elle ne cesse d’être revisitée par les labels au fil des décennies et des saisons. En 2013, Monoprix – qui possède sa propre marque de vêtements et accessoires – invite pour Noël cinq grands créateurs de mode à revisiter cet essentiel de la garde-robe pour la vendre au prix unique de 90 euros. Ainsi, chez le créateur chypriote Hussein Chalayan, la robe est cintrée asymétrique, tandis que chez le Britannique Giles Deacon, elle est courte, droite et décorée d’un nœud oversize. Chez Anne-Valérie Hash, elle est à manches longues et s’agrémente sur le côté droit d’un drapé de satin plissé, tandis que chez la créatrice chinoise Yiqing Yin, elle est moulante et coupée dans le biais pour que ses fronces soulignent la silhouette. Quant au couturier français Alexis Mabille, qui signera également quelques années plus tard une collection mariage pour l’enseigne, il propose ici une robe à décolleté plongeant en V, sous lequel apparaît la forme d’un nœud papillon en velours.

India Mahdavi, Tabouret, 2017). Métal laqué. Photo © Eugénia Sierko / Monoprix © Adagp, Paris, 2021

India Mahdavi, Tabouret, 2017). Métal laqué. Photo © Eugénia Sierko / Monoprix © Adagp, Paris, 2021

India Mahdavi, Chariot à provisions doré (2017). PVC, métal © Studio india mahdavi Photo © Eugénia Sierko / Monoprix © Adagp, Paris, 2021

India Mahdavi, Chariot à provisions doré (2017). PVC, métal © Studio india mahdavi Photo © Eugénia Sierko / Monoprix © Adagp, Paris, 2021

4. Le tabouret Piccolo d'India Mahdavi pour Monoprix (2017) : un objet coloré et efficace

 

 

L’adage “Le design pour tous” de Prisunic et Monoprix a trouvé un bel écho chez India Mahdavi. Cette célèbre architecte et designer française habituée à créer pour le monde du luxe, des hôtels 5 étoiles de Courchevel et Monaco aux maisons Valentino, Louis Vuitton et Ruinart, n’a pas rechigné à travailler pour une chaîne à la clientèle plus large et populaire. En 2017, elle signe pour Monoprix sa première collection de meubles imprégnée aussi bien par l’ambiance festive de Noël et le soleil de l’été que par des influences orientales et africaines. On y découvre son tabouret Piccolo, composé de trois demi-sphères en métal laqué empilées les unes sur les autres. Déclinées en rouge et rose, bleu, noir ou encore doré, cet objet d’apparence simple au design efficace évoque tout l’humour et l’optimisme de sa créatrice, souvent saluée pour son approche joyeuse de la couleur. Au musée des Arts décoratifs, ce petit siège jalonne le parcours au fil des étages comme un compagnon rassurant, et rappelle l’implication de la designer dans l’exposition, dont elle a également pensé la scénographie et l’identité. Depuis, India Mahdavi continue de démontrer tout son enthousiasme pour ce type de collaborations, créant aussi bien des séries de cabas que de foulards en soie imprimée pour l'enseigne de grande distribution.

Ionna Vautrin, Vase (2021). Céramique. Photo © Eugénia Sierko / Monoprix Ionna Vautrin, Vase (2021). Céramique. Photo © Eugénia Sierko / Monoprix
Ionna Vautrin, Vase (2021). Céramique. Photo © Eugénia Sierko / Monoprix

5. Le vase tripode d’Ionna Vautrin pour Monoprix (2021) : une pièce ludique et consensuelle

 

 

Fort du succès de ses nombreuses collaborations, Monoprix continue aujourd’hui de faire appel à des créateurs de renom pour signer des pièces vendues à petit prix. En atteste sa collection avec la designer bretonne Ionna Vautrin, dont l’univers tendre et ludique attire l'attention de la chaîne en 2019. Cette année-là, la créatrice propose un service de théières, bols et tasses où l’on discerne la discrète tête d’un éléphant, des foulards et tapis matelassés ou imprimés de motifs plumes, des tables et planches à découper aux formes douces et épurées, qui séduisent enfants comme adultes. Dans cet ensemble intitulé “Nest”, Ionna Vautrin dévoile également un vase à trois pieds en céramique que l’on peut, par exemple, remplir de plusieurs bouquets simultanément pour créer une composition florale, ainsi qu’un triple chandelier pensé sur le même modèle. À la fois esthétique et fonctionnel, le vase d’abord peint en vert sapin a été récemment produit en doré pour illuminer les intérieurs. À l’occasion de l’exposition au musée des Arts décoratifs, où l’un d’entre eux est présenté, la designer en a d’ailleurs remis plusieurs exemplaires en stock, toujours disponibles à la vente.

 

 

“Le design pour tous : de Prisunic à Monoprix, une aventure française” jusqu'au 15 mai 2022 au musée des Arts décoratifs, Paris 1er.