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Première rétrospective de l’artiste fantasque Alejandro Jodorowsky au CAPC de Bordeaux

 

La directrice du CAPC, musée d'Art contemporain de Bordeaux, nous décrypte l’œuvre singulière d’Alejandro Jodorowsky, génie de notre temps, exposée jusqu’au 31 octobre 2015, entre théâtre, performances, cinéma, poésie et dessins.

L’œuvre singulière d’Alejandro Jodorowsky mêlant théâtre, performances, cinéma, poésie, cartomancie et dessins fait l'objet d'une grande rétrospective sous la nef du CAPC, le musée d’Art contemporain de Bordeaux, jusqu’au 31 octobre 2015. Comme un voyage initiatique, l’œuvre multiforme et irrationnelle de Jodorowsky nous invite à plonger dans ses illuminations mystérieuses. Rencontre avec la commissaire de l'exposition et directrice du CAPC, Maria Inés Rodriguez.

 

Alejandro Jodorowsky photographié par Sofia Sanchez & Mauro Mongiello pour Numéro Homme.

Numéro : L'œuvre d'Alejandro Jodorowsky est marquée par un foisonnement et une grande diversité. Quelles lignes directrices ou thèmes principaux permettraient de l'appréhender pour un néophyte ?

 

Maria Inés Rodriguez : S'il fallait dégager une ligne qui traverse cette œuvre aussi protéiforme qu'étendue dans le temps, ce serait celle de la poésie, que Jodorowsky a commencé à pratiquer vers l'âge de17 ans dans son Chili natal. À travers cet art – que Jodorowsky considère anti-commercial par essence –, l'artiste recherche la manière de tout vivre en poésie, comme une ultime parade pour combattre la vulgarité du monde. Ainsi, son film actuellement en préparation, Poesía sin fin (Poésie sans fin), financé à travers une campagne de soutien participatif qui proposait un troc entre les dons financiers et de l'argent poétique. La poésie comme acte social est encore à l'œuvre dans ses "tweets de sagesse", dont il a déjà publié deux recueils suite au succès que les micro-publications de @alejodorowsky ont obtenu à travers la tweetosphère.

À travers ses nombreuses et très variées productions artistiques, Jodorowsky a toujours su articuler très habilement des éléments de la culture populaire avec des références issues de la mythologie et des religions.

Numéro : Quel a été son apport majeur à l'art/aux arts de son temps ? Quelle est sa grande singularité ?

 

Maria Inés Rodriguez : Il s'agit probablement de sa capacité à ne jamais se limiter à une seule forme d'expression, qu'il s'agisse de disciplines artistiques ou des médiums utilisés. À travers ses productions artistiques, Jodorowsky a toujours su, non seulement renouveler sa curiosité face au monde qui l'entoure, mais aussi articuler très habilement des éléments de la culture populaire avec des références issues de la mythologie et des religions. Il a ainsi opéré une sorte de "syncrétisme" culturel et esthétique tout à fait particulier. On peut percevoir cette singularité dans la dimension spirituelle qu'il a su insuffler à la bande dessinée, notamment dans la série L'Incal, comme dans le caractère performatif de ses lectures en public des tarots de Marseille.

Numéro : Quelles œuvres présentées dans l'exposition vous paraissent particulièrement emblématiques ou vous ont, au contraire, surprise ?

 

Maria Inés Rodriguez : Deux œuvres me paraissent particulièrement notables. D'abord, la série de dessins qui constituent les Fábulas Pánicas (1967-1973). Ces œuvres ont été réalisées au Mexique en réaction à la censure politique qui avait frappé le travail théâtral de Jodorowsky lorsque le gouvernement mexicain voulait éradiquer l'art d'avant-garde. Le journaliste et écrivain Luis Spota propose alors à l'artiste une contribution hebdomadaire au supplément culturel du quotidien El Heraldo de México. Dans chaque numéro, Jodorowsky présente ainsi une anecdote illustrée combinant humour absurde et fable mystique. Fondées sur l'idée d'un art thérapeutique, ces courtes histoires ont pour objectif de transmettre savoir, sagesse et thèmes ésotériques, fluctuant entre existentialisme et illumination spirituelle. Parues pendant la période la plus répressive du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), les Fábulas Pánicas parviennent à rassembler une large audience malgré leur discours ouvertement transgressif et expérimental. Face au succès de cette bande dessinée, initialement prévue pour trois mois, El Heraldo la fera paraître pendant plus de six ans. L'autre œuvre à ne pas manquer est l'extraordinaire performance de groupe que Jodorowsky avait proposée lorsque Jean-Jacques Lebel l'avait invité à participer à la deuxième édition du Festival de la Libre Expression, en 1965 à Paris. Les visiteurs de l'exposition peuvent la découvrir à travers un ensemble de photographies, et surtout un impressionnant document d'archives filmé par Jean-Michel Humeau au moment de cette action panique.

 

Par Rafaëlle Emery. Propos recueillis par Thibaut Wychowanok.

 

 

Exposition Alejandro Jodorowskyjusqu’au 31 octobre 2015, au CAPC, 7 rue Ferrere, 33000 Bordeaux.

Vue de l'exposition. Photo Arthur Péquin.

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