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Rétrospective Anselm Kiefer au Centre Pompidou: l’interview du maître

 

À l’occasion de la rétrospective Anselm Kiefer au Centre Pompidou, Numéro revient sur l’interview de l’immense artiste par Hans Ulrich Obrist.

Vue de l’exposition au Centre Pompidou.

Die Orden der Nacht [Les Ordres de la nuit] (1996),

acrylique, émulsion et Shellac sur toile,

356 x 463 cm.

Seattle Art Museum

Photo : © Atelier Anselm Kiefer

D’abord étudiant en droit, l’Allemand Anselm Kiefer s’est tourné vers l’art en 1965 et n’a cessé depuis de produire une œuvre riche et protéiforme : peintures, sculptures et installations, qui font de lui l’un des artistes les plus importants de sa génération. Porté par la conviction que son art peut apaiser sa nation traumatisée, Kiefer brasse un éventail complexe de sujets, dont l’alchimie, la mythologie, l’histoire allemande et l’atrocité de l’Holocauste. Il travaille des matériaux à forte charge symbolique tels que l’argile, le plomb, la cendre et la feuille d’or, dont il tire parti de façon magistrale. Hautement conceptuel, l’art d’Anselm Kiefer est si singulier qu’il ne se fond dans aucun style, dans aucune époque, bien que l’artiste ait étudié sous la direction de Joseph Beuys au début des années 70. Puisant plutôt son inspiration dans l’œuvre d’un Caspar David Friedrich, Kiefer explore le folklore allemand et oriente sa création vers des toiles monumentales et sombres. Ses ténébreux grands formats demeurent ses travaux les plus connus à ce jour.

 

Ouroboros (2014),

verre, métal, plomb, feuilles séchées 

et plastique, 

132 x 90 x 60 cm.

Collection particulière

Photo : © Georges Poncet

Numéro : Peut-on enseigner l’art ?

Anselm Kiefer : Il n’y a presque pas de différence. Peu d’artistes donnent des cours pour la jeune génération. Il n’y a pas de transmission du savoir. J’ai toujours refusé d’en donner. J’estime que, n’étant pas psychologue, je risquerais de faire plus de mal que de bien. Je ne me vois pas énoncer mes petits principes dans un cours. Il est bien sûr impossible de montrer comment on fait une peinture ou une sculpture, mais on peut éviter à un élève de prendre une mauvaise voie.

 

L’enseignement de Joseph Beuys vous a-t-il évité de prendre une mauvaise voie ?

J’avais 26 ans quand j’ai rencontré Joseph Beuys, c’était en 1971. J’avais fini mes études de droit à Fribourg et à Karlsruhe. J’étais inscrit à ses cours, mais je ne m’y suis rendu que trois ou quatre fois, pour lui montrer mon travail. J’ai beaucoup appris avec lui. Davantage que ses cours, c’est la rencontre avec l’homme qui m’a beaucoup enrichi. Mais il y a eu d’autres maîtres qui ont compté pour moi. Notamment Peter Dreher, mon professeur de Karlsruhe. Mais les journalistes ne le citent jamais parce qu’il n’est pas connu.

 

 

Shevirath ha Kelim [La Brisure des vases] (2015),

verre, métal, plomb, céramique, cendres et encre,

210 x 121 x 50,5 cm.

Collection particulière

Photo : © Georges Poncet

Que vous a-t-il enseigné ?

J’arrivais de mes études de droit, et il m’a dit : “Vous pouvez faire ce que vous voulez ici.” Ça a été une cassure radicale dans ma vie, un grand changement.

 

Comment se sont passées vos études de droit ?

Je n’ai jamais voulu exercer le métier de juriste, mais je voulais aller à l’université, faire des études supérieures. Je m’intéresse au droit constitutionnel, Hobbes, Montesquieu… Ce que j’aime, c’est le côté artificiel de cette langue, c’est cette quantité de nuances qui peuvent tout changer, rendre un prévenu coupable ou non. C’est une curieuse école de pensée, mais ça me plaît. Encore aujourd’hui, j’aime bien lire un jugement de temps en temps. À l’époque, dans mes travaux, je trouvais toujours la solution la plus improbable. Avec la jurisprudence, on se rapproche du sophisme, on peut tout justifier. Le IIIe Reich s’est beaucoup servi de cela.

 

L’art est-il un contrat social ?

Non. Personnellement je ne peux pas vivre sans mon art, j’en suis incapable. On pourrait alors dire que la société ne peut pas vivre sans art. Dès les premières configurations sociales, à l’âge de la pierre polie, au Néolithique, l’art et la religion existaient déjà, pensons à Lascaux, aux mystères de l’Antiquité. Ma motivation première n’est pas de créer pour la société, mais pour survivre. Au final, l’effet est le même, mais mon point de départ, ce n’est pas la société.

 

Cela vous différencie-t-il de Joseph Beuys ?

Oui, absolument. De toute façon, j’ai toujours trouvé les théories politiques de Beuys particulièrement aventureuses. Son organisation pour la démocratie directe mènerait droit à la chute.

 

 

Resurrexit (1973),

huile, acrylique et fusain sur toile de jute,

290 x 180 cm.

Sanders Collection, Amsterdam

© Atelier Anselm Kiefer

Rappelez-moi ce qui s’était passé lors du référendum sur la réunification des deux Allemagnes, au début des années 90.

J’ai refusé de donner les informations qu’on me demandait pour le référendum. On m’a alors menacé de payer dix mille marks d’amende, j’ai même cru qu’on allait m’arrêter. Mais il ne s’est rien passé. De cette histoire est née de l’art.

 

C’est un peu comme quand vous avez refusé d’aller aux É​tats-Unis après l’arrivée de Bush ?

Oui, c’est une décision très personnelle. Mais, en fait, c’était naïf. L’Amérique ne change pas parce qu’elle a changé de président.

 

Comme Rainer Maria Rilke dans ses Lettres à un jeune poète, quels conseils donneriez-vous à de jeunes artistes ?

Je leur dirais de faire attention au fait que, plus ils souhaitent aller de l’avant, plus ils doivent reculer…

 

 

Rétrospective Anselm Kiefer au Centre Pompidou, place Georges-Pompidou, Paris IVe, du 16 décembre 2015 au 18 avril 2016. Exposition “Anselm Kiefer, l’Alchimie du livre” à la BnF, quai François-Mauriac, Paris XIIIe, jusqu’au 7 février 2016  ​

 

Propos recueillis par Hans Ulrich Obrist pour le Numéro 110 de février 2010

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