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L’art de l’illusion: l’exposition de Guido Mocafico à Londres

 

La galerie Hamiltons, à Londres, expose le photographe Guido Mocafico. Il y présente ses images de Blaschka, des modélisations d’invertébrés marins d’une troublante beauté.

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Ses images de méduses, de serpents et de mygales sont désormais célèbres. À la fois objets étonnants et créatures de contes horrifiques, ces spécimens étranges du règne animal dévoilent, dans les photographies de Guido Mocafico, une beauté absolue. Évoluant sur un fond noir, ils composent, au fil de leurs couleurs surréelles et de leurs formes inattendues, des tableaux fascinants.

Aujourd’hui, le maître de la nature morte révèle un nouveau volet de son œuvre qui continue de brouiller les cartes entre photographie et peinture. Le photographe se concentre cette fois sur des modélisations en verre d’invertébrés marins, réalisées entre 1863 et 1939 par Leopold et Rudolf Blaschka, maîtres verriers basés à Dresde. Pendant un siècle, ces artisans développent un savoir-faire unique afin de composer des figurines destinées à l’étude scientifique des invertébrés et des plantes, qu’ils vendent à des musées et à des universités de par le monde. “Quand je photographiais les méduses, j’avais eu connaissance, lors de mes recherches iconographiques, de l’existence de ces modèles réalisés en verre, explique le photographe italien. À l’époque, ils n’avaient pas particulièrement attiré mon attention. Mais, plus tard, j’ai accompagné mon petit garçon au Muséum d’histoire naturelle à Genève, et c’est là que je les ai réellement découverts. J’étais bouleversé par la beauté de ces objets, par leur délicatesse.

 

Guido Mocafico entame alors, il y a deux ans, un projet personnel qui devient rapidement une véritable obsession, et se lance dans une recherche passionnée des œuvres des Blaschka, qui le mène à travers le monde dans sept villes. Les pièces étant trop fragiles pour être déplacées, il établit chaque fois sur place, avec son équipe, un studio minimal. “Je voulais une lumière non photographique, dont on ne puisse déterminer l’origine. Pas d’ombre. Je voulais réaliser des sortes de scans de très haute qualité. La lumière semble provenir de l’objet lui-même, et la restitution des volumes est étrange. Nous sommes entre la 2D et la 3D.

 

Au fil des images de Guido Mocafico, méduses, étoiles de mer et de nombreux animaux déploient leurs formes et couleurs stupéfiantes. Impossible, a priori, de distinguer ces modélisations d’un spécimen vivant. “Mais ce qui est intéressant, c’est surtout le processus : les Blaschka étaient des artisans détenteurs d’un savoir-faire qui n’existe plus. Ils travaillaient nuit et jour, week-ends compris, dans leur atelier de Dresde, et n’ont jamais voyagé. Ils réalisaient leurs modèles d’après des dessins fournis par un spécialiste en biologie, qui adaptait la nature aux contraintes de son espace de représentation. Par exemple, un poulpe, pour tenir dans la feuille de papier rectangulaire, est dessiné de façon absurde, ses tentacules immenses enroulés en spirales carrées, de chaque côté de son corps. Lorsque je photographie les Blaschka, je réalise donc moi aussi une copie de la nature, dégradée cette fois au troisième degré. Nous sommes très loin du naturalisme.” Avec 70 images des Blaschka dévoilées pour la première fois au public, c’est donc une expérience du trouble et du pouvoir de l’imaginaire que propose de vivre la Galerie Hamiltons.

 

 

Guido Mocafico: Blaschka, 

Galerie Hamiltons, 13 Carlos Pl, W1K 2EU, Londres, Royaume-Uni 

Du 18 mars au 24 mai 

www.hamiltonsgallery.com

 

Par Delphine Roche.

 

Retrouvez la série “Eclosion” par Guido Mocafico.

Retrouvez la série “Paradis artificiels” par Guido Mocafico.

Guido Mocafico, Leopold et Rudolf Blaschka, Porpita meditteranea (2013), C-Print, 70 x 52 cm.

Guido Mocafico, Leopold et Rudolf Blaschka, Aulosphaera elegantissima (2013), C-Print, 70 x 52 cm.

 

With the courtesy of Hamiltons Gallery.

 

Guido Mocafico: Blaschka, à la galerie Hamiltons (Londres), jusqu’au 24 mai.

 

Guido Mocafico, Leopold et Rudolf Blaschka, Carmarina hastata (2014), C-Print, 70 x 52 cm.

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