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L’exposition “New American Art” au Studio des Acacias

 

À l’occasion de la FIAC 2015, le Studio des Acacias accueille deux talentueux artistes contemporains. Rencontre avec Rashid Johnson et Matthew Day Jackson qui, à travers l’exposition “New American Art”, proposent une vision percutante des États-Unis.

Ils sont sympathiques, presque trop “cool”, Matthew Day Jackson (né en 1974) et Rashid Johnson (né en 1977), ces deux jeunes stars de l’art contemporain américain à qui le Studio des Acacias consacre, en octobre, une exposition parisienne mêlant pein - tures, sculptures, installations… Lorsque l’un vous téléphone depuis sa voiture au bord d’une route perdue des États-Unis – “On ne capte que là”, assure-t-il –, c’est parce qu’il a délaissé Brooklyn quelque temps pour s’instal - ler avec femme et enfants dans un hameau de 200 personnes à proximité du parc volcanique de Yellowstone. “À visiter”, assure le barbu. On prend bonne note. L’autre, Rashid Johnson, est toujours à New York lorsqu’il répond aux questions avec cet air décontracté dont il ne se départ jamais, paraît-il, et qui forcément poussera le journaliste paresseux à un rapproche - ment avec l’image d’Épinal de JeanMichel Basquiat. Au grand dam de l’inté - ressé qui, on le comprend, préférerait éviter le type de raccourci qui voudrait que tout artiste noir connu soit réduit à une comparaison avec un autre artiste noir connu. Le rapprochement tien - drait même de la provocation tant Rashid Johnson s’acharne depuis ses débuts à déconstruire clichés et raccourcis sur la question noire, la communauté afro-américaine et ses figures mythiques. Au point que le label de “post-black art” lui colle déjà à la peau.

 

Quoi qu’il en soit, pour le moment, les deux compères, qui se connaissent bien, sont affairés à mener à bien un projet commun au Studio des Acacias. Une exposition qui ouvrira ses portes en pleine effervescence de la FIAC, à Paris, et dont l’ambition tient dans le titre : New American Art, le “nouvel art américain”. Mais Matthew Day Jackson s’empresse de nuancer. “Nous ne nous considérons pas comme les seuls représentants de l’art américain actuel évidemment. Par ce titre, Rashid et moi exprimons le fait que notre art se nourrit de la culture américaine, que notre manière d’être artiste est issue de cette expérience culturelle singulière.” De la question raciale à celles de la guerre et de la mort, leurs œuvres se font l’écho des grands thèmes qui traversent une Amérique 132 ambiguë et diverse.

Notre art se nourrit de la culture américaine, notre manière d’être artiste est issue de cette expérience culturelle singulière.

Ce n’est pas la première fois que le Studio des Acacias accueille une exposition aussi exigeante et radicale. Depuis sa réouverture l’année dernière sous l’impulsion du fondateur et président du groupe Mazarine, PaulEmmanuel Reiffers, le lieu mythique fréquenté par des légendes comme Irving Penn ou Richard Avedon a déjà ouvert ses portes à une exposition importante de Mark Handforth. Un artiste de stature internationale, empruntant au pop art comme au minimalisme, dont les sculptures en néons troublaient la perception des multiples niveaux du Studio des Acacias. Le lieu assumait alors sa forte ambition artistique et l’exigence de ses choix, “tout en défendant un art accessible et sensible” comme se plaît à le rappeler Paul-Emmanuel Reiffers, également collectionneur avisé. Alors que l’espace a présenté depuis certaines œuvres de sa collection privée ou se transforme fréquemment en studio de production photo ou vidéo, il retrouve à nouveau sa vocation de galerie publique à l’occasion de la FIAC 2015. 

 

À l’origine de l’exposition, une rencontre, ou plutôt, un coup de cœur réciproque entre Rashid Johnson et Paul-Emmanuel Reiffers. “J’ai tout de suite été partant pour le projet, confie l’artiste. L’enthousiasme de Paul-Emmanuel est communicatif. Mais c’est le challenge de cet espace, dont la singularité nécessite que l’on produise des pièces uniques, et la possibilité d’exposer avec mon ami Matthew Day Jackson qui ont été déterminants.” Rashid Johnson proposera, comme à son habitude, un ensemble d’œuvres mêlant motifs abstraits et objets personnels ou familiaux. Il sera question, assure l’artiste “de la violence et de la peur au cœur de nos

sociétés. L’exil des populations syriennes tout comme les altercations entre les communautés noires et la

police aux États-Unis en sont des exemples quotidiens. Chacun à notre 134 manière, Matthew Day Jackson et moi, continue-t-il, nous utilisons l’art comme un catalyseur pour décrire la condition humaine.” Matthew Day Jackson présentera justement un nouveau corpus d’œuvres s’intéressant notamment à la façon dont l’homme se pense comme la mesure de toute chose. “L’homme appré- hende la nature qui l’entoure à l’aune de sa propre humanité, explique l’artiste. Mes pièces traiteront de notre incapacité à sortir de nous-mêmes pour nous intéresser à ce qui nous environne. Du rapport entre humanité et nature, donc, mais aussi entre l’humain et l’animal…”

Chacun à notre manière, nous utilisons l’art comme un catalyseur pour décrire la condition humaine.

Comme à leur habitude, les deux artistes s’emparent d’une multitude de références – pas toujours évidentes à décrypter au sein de leurs œuvres, mais qu’importe –, allant de la philosophie à la politique en passant par le zen ou la science… Comme l’explique Matthew Day Jackson : “La pratique artistique ne peut se réduire au studio, au domaine artistique seul. Dès que j’organise ou que je participe à un projet, de quelque nature qu’il soit – même une course automobile –, alors ce projet et l’intérêt que je lui porte deviennent artistiques. Rashid et moi embrassons toute la société dans notre art. C’est un processus d’exploration et d’expérimentation sans limites.”

 

Par Thibaut Wychowanok. Photos Mario Palmieri

 

“New American Art” de Rashid Johnson et Matthew Day Jackson, jusquau 31 octobre, de 10 heures à 19 heures, au Studio des Acacias, 30, rue des Acacias, Paris XVIIe, www.studiodesacacias.com.

 

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