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03

Chloé par Gabriela Hearst : 3 choses à retenir d'une collection somptueuse et engagée durablement

Fashion Week

Alors que l’on célèbre aujourd’hui les 100 ans de la naissance de Gaby Aghion, fondatrice de Chloé, Gabriela Hearst présentait sa première collection en tant que directrice artistique. Découvrez trois choses à retenir de ce défilé qui ouvre un nouveau chapitre pour la maison parisienne. 

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1. Quand la mode parisienne rencontre l’artisanat uruguayen

 

 

Présentée entre le café de Flore, les Deux Magots et la Brasserie Lipp, institutions de la Rive Gauche de Paris appréciées par Gaby Aghion qui fondait la maison en 1952, la première collection de Gabriela Hearst – composée de 30 silhouettes uniquement –, célèbre la rencontre stylistique entre sa propre personnalité et celle à l'origine de la griffe. Confortable et contemporaine cette collection automne-hiver 2021-2022 revient aux fondamentaux du luxe avec des pièces d’une grande qualité, conçues dans des matériaux bruts et ornées de détails fonctionnels, artisanaux ou précieux. D’origine uruguayenne mais New-Yorkaise d’adoption, la nouvelle directrice artistique puise dans l’héritage et l’énergie de ces deux identités et propose des robes rayées et frangées multicolores, des ponchos intégrés à une doudoune, des manteaux en patchworks d’appliqués ou bien reprenant des tissus des précédentes créatrices en les rassemblant selon la technique du quilting (matelassé), tandis que des imprimés marbrés colorés ont été conçus par des artisans à New York. On retrouve des pièces classiques du vestiaire français, comme le trench ou des vestes ajustées, ainsi que de savants jeux de superposition d’une extreme élégance, des robes minimalistes et jupes longueur midi en cuir. Enfin, Gabriela Hearst reprend des détails festonnés issus de la première collection de Gaby Aghion, que l’on retrouve sur des blouses en georgette. L'ensemble forme une collection d'une grande cohérence déclinée dans des tons telluriques, certes un peu moins romantique que l'héritage Chloé, mais qui semble nettement plus adaptée aux femmes d’aujourd’hui.

 

 

2. Chloé, une maison engagée : des matériaux durables et de nouveaux enjeux environnementaux 

 

 

Alors qu’elle lance son label homonyme en 2015, plusieurs fois récompensé pour ses créations rigoureuses conçues dans des matériaux d’une grande qualité, Gabriela Hearst s’impose comme une directrice pour qui les enjeux environnementaux et sociaux sont indissociables d’un luxe contemporain. Nommée chez Chloé en décembre 2020, elle impose déjà nombres de changements, et notamment un plan de durabilité effectif d’ici un, an à la maison française. Alors que beaucoup de maisons de mode et luxe annoncent des changements au compte-gouttes, force est de constater que Chloé impressionne tant par sa rapidité d’action que par l’efficacité de son programme. Premier fait notable, 20% du prêt-à-porter est manufacturé par des membres garantis commerce équitable de la World Fair Trade Organization. Non seulement la maison a introduit de nouveaux fournisseurs durables – jusqu’à ses emballages –, mais elle promet une collection quatre fois plus durable que celle de l’année précédente à travers, entre autres, les actions suivantes : éliminer les fibres vierges synthétiques (le polyester) ou les fibres cellulosiques artificielles (la viscose); employer des matériaux bruts à faible impact; utiliser du denim biologique ou recyclé; s’approvisionner en soie issue de l’agriculture biologique à hauteur de 50% et en fils de cachemire recyclés à hauteur de 80% et doubler ses sacs en lin naturel. Par ailleurs, Chloé compense ses émissions carbone – pratique parfois critiquée car jugée accomodante – dues à son défilé à travers un projet de reforestation des mangroves au Myanmar. 

 

 

3. Deux partenariats avec des associations à but non lucratif

 

 

En outre, cette collection comprend deux partenariats direct avec des associations à but non lucratif garantissant un impact social positif pour les femmes et les hommes qui fabriquent les pièces de la collection : le premier avec Manos del Uruguay, des coopératives qui promeuvent l’artisanat en Uruguay; le second avec Sheltersuit, qui fabrique des manteaux et sacs de couchages pour les sans-abris grâce à des matières “upcyclées” et assure des emplois. Cette dernière association a conçu un sac disponible dans quatre couleurs avec des matériaux non-utilisés de la maison et dont la vente financera la confection de deux sacs-de-couchage, fabriqués au Pays-Bas par des réfugiés syriens. Ainsi, avec cette collection automne-hiver 2021-2022, Gabriela Hearst bouleverse non seulement l'esthétique et l'héritage de la maison Chloé avec des silhouettes brutes parfois rustiques dont on devine l'extrême sophistication, mais aussi en démontrant qu'une transition vers une économie durable est tout à fait possible pour une maison française de luxe fondée il y a bientôt sept décennies.