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Numéro
07

Hermès automne-hiver 2021-2022 : un défilé et deux performances

Fashion Week

À travers une présentation sous forme de spectacle vivant en trois actes filmés à New York, Paris et Shanghai – comportant un défilé et deux performances  –, Nadège Vanhée-Cybulski dévoile pour la maison Hermès une collection puissante autour de la féminité.

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Nous sommes en mars 2021 et cette nouvelle Fashion Week parisienne automne-hiver 2021-2022 s’impose déjà – malheureusement – comme la sixième présentée sous format digital depuis mars 2020. Depuis cette date, maisons et labels redoublent d’efforts pour proposer des formats vidéos percutants, qui non seulement racontent une histoire pertinente mais ancrent également leurs collections dans un contexte visuel cohérent avec leur vision et leur identité. Ce samedi 6 mars 2021, la maison Hermès délivre, sous l’égide de sa directrice artistique Nadège Vanhée-Cybulski, l'une des réalisations les plus abouties. “Je voulais que nous gardions une trace de ce moment particulier où la situation nous demande de faire davantage qu’un défilé : une performance en trois actes. Que ce soit un film et qu’il soit signé par un auteur qui ressent le croisement des genres. Pas un film sur la mode, pas un film sur la danse, mais un film sur nous, tels que nous pouvons encore nous réinventer,” explique la créatrice dans les notes qui accompagnent la vidéo. 

 

Longue de 25 minutes, la présentation de la collection Hermès automne-hiver 2021-2022 est pensée comme un spectacle vivant en trois actes filmé entre New York, Paris et Shanghai, où l’on retrouve en filigrane le célèbre orange Hermès dans des décors minimalistes éclairés d’une lumière chaude. Une composition qui vient non seulement pallier notre besoin de voyager mais aussi proposer un échange culturel et créatif malgré la distance. Autre enjeu central dans la réflexion de la créatrice cette saison, l’image : la place de la femme dans la société, et surtout les évolutions récentes rendues possibles par le combat féministe de ces dernières années. “L’idée, c’est de faire entendre une sensualité que la femme se réapproprierait tout à fait. Pendant longtemps, la sensualité des femmes a été décrite, filmée, photographiée, peinte par des hommes. Les deux chorégraphes à qui nous nous sommes adressés sont des femmes. Ce n’est pas un hasard. Nous vivons en direct ce moment où la femme a besoin de retrouver son récit, de s’approprier les termes de sa sensualité, libérée des stéréotypes. C’est un chantier fantastique pour les femmes d’aujourd’hui comme pour la mode”, ajoute Nadège Vanhée-Cybulski. Ainsi, celle qui officie depuis 2014 à la direction artistique de l’illustre maison française – succédant à Martin Margiela Jean Paul Gaultier et Christophe Lemaire et devenant la première femme à occuper ce poste –, s’empare avec la discrétion qui la caractérise de la question du female gaze.

 

Filmée à l’Armory Show à New York, sa vidéo débute par une chorégraphie signée de l’Américaine Madeline Hollander, qui explore dans son travail l’évolution du mouvement et de la gestuelle du corps. Pour Nadège Vanhée-Cybulski, cette nouvelle performance proposée par la danseuse sonde la relation entre le corps et le vêtement, et la manière dont le port d'un vêtement influence nos attitudes. “Comment le vêtement inspire une façon d’être, de danser, de se mouvoir. Comment notre corps est commandé dans ses gestes par le vêtement, comme envoûté... Il devient le chorégraphe”, raconte Madeline Hollander. L’expérience se poursuit à Paris lors du défilé tourné à la Garde républicaine sans public. “Cette collection est pensée ainsi, pour explorer avec sensualité de nouvelles mythologies”, poursuit Nadège Vanhée-Cybulski, “Et l’époque est pleine de chantiers, il y a tant de territoires encore en friche qu’il leur faut explorer. À commencer par le féminin, cette notion qui ne veut plus tout à fait dire la même chose qu’il y a encore quelques années. Tout va si vite, et c’est bien là le signal que nous pouvons enfin nous réinventer.” 


Les silhouettes qui composent la collection Hermès automne-hiver 2021-2022 s’intègrent parfaitement à nos quotidiens. À la fois fonctionnelles et raffinées, elles libèrent le corps sans entraver la féminité. Les quatre premiers looks composés de pantalons, vestes, jupes et manteaux se déclinent dans un jean brut qui perd en décontraction et gagne en élégance une fois présenté en cuir noir. Suivent des silhouettes noir et blanc, composées de pantalons en twill gansé – que l’on retrouve dans plusieurs teintes tout au long de la collection –, de manteaux ceinturés, d’une jupe crayon en daim portée avec un col roulé sous une chemise ouverte de robes smockées, l’une brodée de perles et motifs et l’autre ornée de pois. On retrouve cette dernière dans un rouge carmin, teinte profonde qui habille également une veste façon anorak en gabardine de laine et un trench en twill technique, tous deux agrémentés d'empiècements en agneau. Des pièces en daim ou agneau parfois pourvues de franges se présentent dans une palette de teintes telluriques allant de l’ocre au bordeaux en passant par le marron glacé ou le cannelle, notamment des robes et jupes au dessus du genou, des vestes et manteaux multipoches. Enfin, trois looks beige et rose orangé, dont deux robes vaporeuses, apportent douceur et poésie avant que cette collection ne se clôture sur trois silhouettes puissantes, intégralement noires, à la fois graphiques et sensuelles. 

 

Enfin, la vidéo s’achève sur une performance filmée à Shanghai signée de la chorégraphe chinoise Gu Jiani, qui offre une prestation pleine de force et d’énergie avec des boîtes peintes en orange. D’abord élément de décoration, l'objet s'impose finalement au centre du mouvement des danseurs. Dans la lignée de la réflexion de sa congénère américaine Madeline Hollander, Gu Jiani réfléchit au rôle du vêtement dans le mouvement dans un contexte où celui-ci est l’inspiration même de chorégraphie et non plus un outil. “C’est le mouvement qui doit interpréter le vêtement, et non le vêtement mis au service du mouvement. C’est très différent de la façon dont je travaille habituellement, le costume n’est presque jamais le point de départ d’une nouvelle création”, explique la chorégraphe chinoise.