8


Commandez-le
Numéro
15

Alessandro Michele célèbre avec glamour et paillettes les 100 ans de Gucci et rend hommage à Tom Ford et Demna Gvasalia

Fashion Week

La nouvelle collection Aria d'Alessandro Michele célèbre les 100 ans de Gucci à travers une grande fête pop, une orgie de beauté et de paillettes entremêlant l'héritage de la maison italienne, ses mythes et ses symboles, faisant notamment référence au glamour sexy de l'époque Tom Ford. Surprise de la collection : des pièces inspirées par les créations de son ami Demna Gvasalia, directeur artistique de Balenciaga, reprenant le logo de la maison française et son approche radicale des formes twistée avec le nouveau glamour pop et brillant d'Alessandro Michele.

1/94

L’anniversaire des 100 ans de la maison Gucci méritait bien ça : une orgie de beauté, de paillettes, de glamour et de fétichisme, un monde de conte de fées exubérant, et quelques surprises détonantes. Le défilé-célébration Aria d’Alessandro Michele, présenté en ligne ce jeudi 15 avril sous la forme d’un film halluciné coréalisé avec Floria Sigismondi (clippeuse de génie et auteure du film “The Runaways”), vibre tel un feu d’artifice de sensualité et de créativité.  “J’ai voulu organiser une grande fête pop, explique le directeur de création à l’issue de la diffusion en ligne. Une soirée en forme de renaissance de la maison, de son mythe et de son pouvoir de séduction, en me concentrant sur toute la complexité de son ADN. L’origine de cette collection est ma prise de conscience du magnétisme, de la fascination que suscite Gucci. Une forme de culte. Un pouvoir symbolique puissant.” La créateur a d’ailleurs choisi comme bande-son de son film certains hits des dernières années rendant hommage à la maison, de “Gucci Gang” de Lil Pump à “Gucci Coochie” de Die Antwoord.

 

Au sein du vaste entremêlement de références post-modernes du défilé, on retiendra certaines allusions à la mythologie de la maison Gucci, anniversaire oblige. Michele s’est ainsi inspiré de la légende – sans doute véridique – selon laquelle Guccio Gucci, son fondateur, aurait travaillé à l’hôtel Savoy de Londres. Mais c’est un Savoy réinventé par son imagination pop et débridée qui s’incarne au sein du défilé-vidéo. Les mannequins pénètrent un corridor blanc dont les murs sont recouverts d’appareils photo vintage. Les flashs crépitent. Puis ces modèles aux allures de déesses et dieux d’Instagram pénètrent dans une backroom sombre où ils pourront laisser libre court à leurs penchants érotiques et festifs. “La mode a toujours porté en elle l’amour et la sexualité” explique le créateur, qui invite par la même occasion au renouveau du tailoring et de la robe de soirée, plus pop et sexualisés que jamais – loin du homewear des mois de confinement. “Je voulais construire une collection pop, raconte Michele. Je voulais des matières qui brillent – même le logo brille ! –  pour des pièces que l’on puisse porter à tout moment de la journée. On a tendance à penser en termes de vêtements de soirée ou pour monter sur scène, mais moi je veux les replacer dans la rue. C’est l’une de mes obsessions.” 

 

Le film se conclut sur l’ouverture des portes du club : les mannequins se ruent au sein d’une nature luxuriante, comme une invitation à renouer avec Gaïa. Les jeunes dieux mis en scène par Alessandro Michele parcourent le monde à la même allure que les chevaux sublimes filmés dans la vidéo. Le monde équestre forme une autre inspiration essentielle du défilé. “Je sais que la maison Gucci n’a pas, sur ce sujet, la même histoire qu’une maison française bien connue, reconnaît le créateur, mais elle a tout de même commencé avec l’univers des bagages, dans un univers élitiste, un univers finalement très fétichiste. Les mannequins font l’amour aux objets issus de ce monde équestre que j’ai twistés pour les incorporer dans un univers de club.

 

Alessandro Michele joue avec esprit et humour le jeu de la réappropriation. En faisant, d’ailleurs, explicitement référence à la période Tom Ford de la maison. Il en reprend certains codes et rend hommage à son glamour 70s et 80s. Plus inattendu, Michele se permet de “voler” (avec son accord) quelques créations à son ami Demna Gvasalia, directeur de création chez Balenciaga. Le logo Balenciaga se voit ainsi mêlé à celui de Gucci. Surtout, les pièces réinterprètent de façon extravagante les dimensions et les formes radicales de Gvasalia dans le nouvel esprit pop et paillettes de Michele. La surprise est totale. Le succès assuré. Alessandro Michele semble en réalité initier un “Gucci Cinematrographic Universe”, à la manière du Marvel Cinematographic Universe, qui serait en expansion permanente. Prenant appui sur son histoire, ce GCU n’hésite pas à la réinventer, à en détourner les mythes et à s’accaparer d’autres univers pour le nourrir. Cette boulimie créative et cette volonté d’un art total et universel, de créer des ponts avec tous et tout, forment sans doute l’aspect le plus impressionnant et prometteur de ce nouveau chapitre ouvert par Alessandro Michele. Une manière aussi de rappeler que, peu importe les événements, l'univers demeure toujours en expansion. Et particulièrement celui de Gucci.