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Numéro
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“Mon travail est une combinaison entre la couture et l’art”, rencontre avec la créatrice Iris Van Herpen

Fashion Week

Connue pour ses robes spectaculaires inspirées de la nature, Iris Van Herpen voit la mode comme une véritable forme d’art. Pour Numéro, la créatrice néerlandaise revient sur sa dernière collection haute couture automne-hiver 2021-2022, intitulée “Earthrise”, comme un appel à préserver notre planète.

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C’est dans un court-métrage d’un peu moins de sept minutes que la créatrice Iris Van Herpen a dévoilé sa collection haute couture automne-hiver 2021-2022. 18 silhouettes se succèdent, comme si elles étaient en lévitation au-dessus du célèbre massif montagneux italien des Dolomites, habillées de robes sculpturales. Intitulée “Earthrise” (littéralement "lever de Terre"), la collection fait écho à la planète, mais à la planète regardée d'un point de vue lointain, comme si on la survolait, comme si elle n’était presque plus rien. Pour incarner cette idée, Iris Van Herpen a même fait appel à la championne du monde de parachutisme Domitille Kiger, pour clôturer la collection. La sportive, vêtue d’une robe dans un dégradé de bleu, saute et flotte dans le ciel, symbolisant notre planète Terre au milieu de l'espace.

 

Si cette collection rend hommage à la nature, grande inspiration de la créatrice, elle insiste aussi sur sa préservation, puisque plus que jamais, Iris Van Herpen souhaite créer des collections écoresponsables en utilisant des matériaux recyclés. Elle a d'ailleurs choisi de collaborer avec l’organisation engagée dans la lutte contre la pollution des océans Parley for the Oceans en utilisant du plastique recyclé provenant des mers, et avec différents artistes afin d'initier une démarche plus globale et philanthrope. Une manière d’affirmer son envie de fusionner différentes disciplines tout en respectant ses valeurs : créer une mode plus sélective, humaine et surtout respectueuse de notre environnement.

NUMÉRO : Beaucoup de personnes parlent de vos créations comme de véritables œuvres d’art. Les considérez-vous comme telles ?

Iris Van Herpen : Oui, je pense que la mode et l’art sont intimement connectés. Mon travail est véritablement une combinaison entre la couture et l’art. Je suis en quête perpétuelle d’innovation en y ajoutant les nouvelles technologies. J’aime mixer différentes disciplines et je n’aime pas me placer dans une seule case. C’est d’ailleurs pour cela que j’aime autant collaborer avec des artistes.

 

Quelles sont vos inspirations majeures pour créer vos collections ?

La nature m’inspire énormément. La science aussi, qui est notre langage pour comprendre la nature. Je m’inspire aussi beaucoup de la danse, car j’en ai fait pendant un moment. Enfin, je citerai l’architecture. J’ai déjà collaboré avec des architectes lors d’anciennes collections. Mes créations s’inspirent de toutes ces disciplines à la fois.

 

Pour votre collection haute couture automne-hiver 2021-2022, vous avez choisi de vous orienter autour de l'“Earthrise”, ce lever de Terre photographié le 24 décembre 1968 durant la mission d'Apollo 8 sur la Lune. Pourquoi avoir choisi de créer votre collection autour de ce thème ?

C’est un moment historique et iconique qui a vraiment changé notre perspective sur l’espace et les planètes. Cette photographie a produit un effet de vue d’ensemble incroyable, avec la Terre que l’on voit au milieu de l’espace. Cette image évoque aussi l’environnement, qui est une préoccupation majeure en ce moment. On prend vraiment conscience de tout ça avec l'“Earthrise”.

 

D’où vous vient cet attrait pour les nouveaux matériaux et les nouvelles technologies ?

J’ai toujours été captivée par l’évolution. Même si j’utilise l’artisanat de la couture et prends en compte l’histoire de la mode, je veux aussi ajouter autre chose, en combinant cet artisanat avec les nouvelles technologies. Le monde change rapidement aujourd’hui, alors je pense qu’il faut apporter ces nouveautés à la mode et continuer d’innover. Rien n’est statique, tout peut être exploré et amélioré.

 

À quel moment avez-vous eu l’idée d’utiliser l’impression 3D, et pour quelle raison ?

Je pense que la mode peut être plus intelligente et durable, alors quand j’ai fait ma collection en lien avec l’architecture, j’ai voulu utiliser cette nouvelle technique que je ne connaissais pas. Elle permet de faire évoluer la mode et prouve que l’on peut utiliser des nouvelles technologies pour faire de la haute couture.

 

Pourquoi avoir choisi de collaborer avec la championne du monde de parachutisme Domitille Kiger ? Quel rôle a-t-elle joué dans la collection ?

Je l’ai choisie car j’aime aussi beaucoup le parachutisme. J’en ai fait pour la première fois à 17 ans. C’est comme une expérience méditative, mais c’est aussi un vrai challenge qui te pousse à aller au-delà de tes limites. J’ai alors eu envie de m’en inspirer, car c’est aussi pour moi une forme d’art connectée à la danse. Domitille est extraordinaire, et a aussi eu envie de se challenger avec cette collaboration. Elle représente la liberté, l’une des valeurs que je veux faire passer à travers cette collection.

 

Vous avez aussi collaboré avec plusieurs artistes dont James Merry, Casey Curran et Rogan Brown. Pourquoi les avoir choisis ? Comment ont-il collaboré avec vous sur la collection ?

Ces artistes sont tous très connectés à la nature dans leur travail, et possèdent les mêmes valeurs que moi. Ils traduisent la beauté de la nature dans leurs œuvres. Ces collaborations étaient donc assez naturelles. J’ai voulu apporter de l’humanité et de la vie dans mes créations.

 

Vous avez créé plusieurs looks avec du plastique recyclé en collaboration avec Parley for the Oceans. Souhaitez-vous que cet aspect écoresponsable soit constant dans vos prochaines collections ?

Oui, car je pense que le système doit changer. Cela fait déjà plusieurs saisons qu’on innove autour de l’écologie, mais je veux aller plus loin. Cet aspect écoresponsable fait partie intégrante de mon processus créatif et j’aimerai continuer d’évoluer en ce sens.

 

Comment avez-vous vécu cette période rythmée par la pandémie ? Est-ce que la situation a influencé votre processus créatif ?

Mon travail a toujours été très collaboratif, alors ça a été difficile pour moi lors de la dernière collection car je ne pouvais voir personne. Avec cette collection, on a pu enfin se retrouver et collaborer en personne. Ce lien est très important pour moi.

 

Comment voyez-vous l’avenir de votre marque ?

L’avenir de ma marque est connecté à celui du monde. Tout est imprévisible, mais j’espère que la mode évoluera favorablement et fera des progrès en ce qui concerne l’écologie. Pour moi, la mode n’est pas seulement un produit fonctionnel mais c’est une véritable forme d’art. Je pense qu’il faut devenir plus minimaliste et sélectif dans ce que l’on crée et ce que l’on porte. C’est d’ailleurs pour cela que faire du prêt-à-porter ne m’intéresse pas. La haute couture est plus personnelle, et je ne veux pas créer des vêtements juste pour les vendre. Je veux qu’ils transmettent des valeurs liées à ma vision du futur. Quand je quitterai cette planète, j’espère que j’y laisserai un héritage porteur d’un message et non pas plein de vêtements sans intérêt.