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Numéro
15

Valentino haute couture automne-hiver 2021-2022 : zoom sur 3 créations créées en collaboration avec des artistes

Fashion Week

Jeudi15 juillet 2021 à Venise, Pierpaolo Piccioli présentait la collection haute couture automne-hiver 20212-22 de la maison italienne Valentino. À cette occasion, le directeur artistique italien invitait 17 artistes à collaborer autour de la conception de vingt-trois silhouettes, parmi lesquels Malte Zenses, Alessandro Teoldi et Kerstin Brätsch. Découvrez leurs créations exceptionnelles pour Valentino.

La robe rouge d'Alessandro Teoldi

Si le câlin est un motif récurrent de l’histoire de l’art, il prend à la lumière de la pandémie un tout nouveau sens. Désormais, les œuvres mettant en scène ces moments de tendresse et de sensualité deviennent les catalyseurs de manques inédits partagés par le monde entier cette dernière année, comme celui du contact physique ou de la proximité humaine. Cette robe Valentino ne fait pas exception : sur son immense jupe évasée, une dizaine de corps enlacés apparaissent dans plusieurs nuances de rouge, couleur emblématique de la maison italienne depuis sa création. Bien que l’on ne discerne parfois que leurs contours, quelques visages émergent tandis que les contours arrondis des membres se prolongent du front au bout des doigts de la main. L’artiste milanais Alessandro Teoldi en est l’auteur. Celui qui a fait ses armes en peignant des portraits s’est plus récemment distingué par ses collages textiles, où il découpe dans de fins tissus des silhouettes humaines avant de les imbriquer par la couture sur la surface de la toile. Souvent déclinées dans des camaïeux de tonalités douces, ces scènes intimistes s’allient ici à la couleur de la passion et débordent de la robe pour relier l’épaule au buste ajusté avec un bras affectueux.

Le pull en mohair et la robe de crêpe de soie de Kerstin Brätsch

 

Au XXIe siècle, l’hybridation est devenu un terme à la mode. Nombreux sont les artistes à contribuer à sa démocratisation, s’emparant parfois même du concept pour en faire le cœur de leur démarche. C’est dans la peinture que l’Allemande Kerstin Brätsch en a particulièrement fait usage. Très sensible aux mutations du médium depuis notre entrée dans une ère numérique, l’artiste n’hésite pas à provoquer des rencontres matérielles insolites entre le film métallique, les impressions et photocopies sur papier, le verre ou encore le marbre pour créer des compositions foisonnantes de couleurs et de motifs abstraits. Explorant à la fois le vocabulaire de l’art optique, du fanzine et de la publicité, la quadragénaire a transposé pour Valentino ses toiles sur le vêtement en transformant leurs lignes sinueuses en coutures, leurs dégradés en assemblage de tissus verts, gris, roses, rouges ou marrons, et leur multitude de matériaux en différents effets textiles à l’instar du velours, de la fourrure ou des sequins. En résulte un manteau rembourré à col montant et manches extra-longues porté sur une robe fluide et asymétrique, qui enveloppe la silhouette dans un véritable paysage multicolore. 

La veste et la jupe brodée à intarsia de cachemire double de Malte Zenses

 

Lorsqu’un peintre investit l’espace vierge d’une toile, il doit toujours réfléchir à l’équilibre, la tension et l’harmonie de sa composition. Des notions devenues si déterminantes chez Malte Zenses qu’il en revient à leur essence même : dans ses œuvres, le peintre allemand déroule un langage abstrait qu’il a fait sien, constitué de formes géométriques plus ou moins nettes, de lignes tracées à main levée, de fragments de silhouettes parfois légèrement reconnaissables et d’aplats colorés, autant d’éléments mis au service d’une expression purement graphique où forme et fond ne font qu’un. Pour Valentino, le Berlinois trentenaire transpose son vocabulaire cryptique sur une robe et un manteau trois quart. Souple et mouvante lorsqu’elle est portée sur un corps, la surface textile devient alors, à l’instar d’une toile, un espace où jaillissent sur un camaïeu d’écrus et rose pâle – ses couleurs d’arrière-plans favorites – des ronds noirs au niveau des poches, des traits gras le long d’une manche, ou encore un dessin qui évoquerait la forme d’un nuage. Une ceinture nouée à la taille complète cet ensemble jouant sur l’asymétrie et les contrastes.