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À la découverte des joyaux de la Terre avec l'exposition “Pierres précieuses” et Van Cleef & Arpels

Joaillerie

Fruit d'une collaboration entre le muséum national d'Histoire naturelle de Paris et la maison de haute joaillerie française Van Cleef & Arpels, l'exposition “Pierres précieuses” propose jusqu'au 14 juin prochain une immersion parmi les plus beaux minéraux qui composent notre planète, jusqu'à leur transformation en bijoux exceptionnels. 

  • Rubis sur marbre, environ 30 millions d’années, Mogok (Mandalay, Myanmar) ©MNHN/F.Farges

  • Vue de l'exposition “Pierres Précieuses” au muséum national d'Histoire naturelle de Paris. Scénographie par Jouin Manku © Eric Laignel

  • Vue de l'exposition “Pierres Précieuses” au muséum national d'Histoire naturelle de Paris. Scénographie par Jouin Manku © Eric Laignel

  • Vue de l'exposition “Pierres Précieuses” au muséum national d'Histoire naturelle de Paris. Scénographie par Jouin Manku © Eric Laignel

  • Vue de l'exposition “Pierres Précieuses” au muséum national d'Histoire naturelle de Paris. Scénographie par Jouin Manku © Eric Laignel

  • Vue de l'exposition “Pierres Précieuses” au muséum national d'Histoire naturelle de Paris. Scénographie par Jouin Manku © Eric Laignel

  • Vue de l'exposition “Pierres Précieuses” au muséum national d'Histoire naturelle de Paris. Scénographie par Jouin Manku © Eric Laignel

  • Jean Vendôme, “L'arbre aux tourmalines”. Tourmalines : elbaïtes (Pala, États—Unis), tranches de liddicoatite (Madagascar) avec béryls (goshénite, béryls verts, morganites et aigue—marines) ainsi qu’améthystes, cristal de roche et opale (total : 746,9 ct), Paris, 1976 (reconstruit et restauré en 2019 par Thierry Vendome) ©MNHN/F.Farges

  • Topaze bleue gemme et quartz morion, environ 250 millions d’années (Trias), Murzinska (Oural, fédération de Russie) ©MNHN/F.Farges

  • Clip oiseau et pendentif walska, 1971-1972. Les ailes se détachent et peuvent être portées en motifs d'oreilles, la queue se détache et peut être portée en clip. Or jaune, émeraudes, saphir, diamants jaunes et blancs et un diamant jaune taille briolette de 96,62 carats, ayant appartenu à la cantatrice polonaise Ganna Walska. Collection Van Cleef & Arpels. Patrick Gries © Van Cleef & Arpels SA

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Au sous-sol du muséum national d’Histoire naturelle de Paris, quelques marches en-dessous de la Grande Galerie de l’évolution et son imposant squelette de baleine australe, on se croirait presque dans une salle de cinéma tant le noir est profond. Cette impression ne dure toutefois qu’une demi-seconde, dès lors que le regard se pose sur les faisceaux de lumière jaillissant de part et d’autre des vitrines éclairées : voici les pierres les plus exceptionnelles de notre planète, mises en majesté pour former le noyau de l’exposition “Pierres précieuses”. Organisée avec Van Cleef & Arpels, celle-ci raconte comment les minéraux deviennent gemmes – les pierres travaillées et façonnées qui parent les bijoux – en mettant en regard l’impressionnante collection minéralogique du musée avec les plus belles pièces de la maison de haute joaillerie fondée en 1906.

 

 

Un voyage au centre de la Terre

 

 

C’est avec un rubis que l'on entame ce voyage, mais pas n’importe lequel : un rubis sur marbre d’une rareté exceptionnelle, formé à l'actuel Myanmar il y a 30 millions d'années, juxtaposé à un clip en forme de lotus serti de rubis et de diamants créé par Van Cleef & Arpels en 1968. Le ton de l’exposition est donné : celui d’un plongeon dans les entrailles de la Terre et ses multiples richesses par la suite sublimées par la main humaine, dressant un pont évident entre la science et l’art. Déjà manifeste à l’ArtScience Museum de Singapour en 2016, lors d’une première exposition organisée de concert par le muséum national d’Histoire naturelle de Paris et la maison Van Cleef & Arpels, le projet devient cette fois-ci d’autant plus complet et explicite qu’il est augmenté d’un retour aux origines des minéraux. Ainsi, dans une pénombre rappelant le noir de l’univers qui précède la formation de la Terre apparaissent d’abord quelques fragments de météorites, puis de gneiss, de jaspe, de béryl ou encore de tanzanite, comme pour rappeler à l'être humain sa place secondaire dans cette immense histoire.

Vue de l'exposition “Pierres Précieuses” au muséum national d'Histoire naturelle de Paris. Scénographie par Jouin Manku © Eric Laignel

Mais comment raconter l’histoire du minéral, lorsque celle-ci commence il y a 4,6 milliards d’années ? Pour ce faire, les commissaires ont imaginé une progression par types de pierres, eux-mêmes répartis selon les phénomènes naturels qui président à leur formation : aussi, là où le quartz naît par refroidissement du magma, l’érosion et la tectonique des plaques font apparaître en surface l’émeraude, l’aigue-marine ou encore la topaze. Chaque espèce minérale possède ici sa propre boîte en verre, mettant en scène son évolution de la pierre brute au bijou final en passant par les différentes étapes du travail du gemme. Le parcours même de l’exposition reflète cette progression : “on rentre à l’intérieur de la Terre puis l’on remonte petit à petit à la surface”, explique Lise MacDonald, directrice du patrimoine et des expositions chez Van Cleef & Arpels. Salles circulaires dominées par des tonalités bleues, rouges ou marron, rideaux de velours mais également moquette au sol sont autant de choix opérés par le duo de scénographes Jouin Mahku. Grâce à eux, le visiteur se sent comme dans un théâtre dont les pierres occuperaient le devant de la scène.

 

 

Un dialogue créatif et technique entre deux collections

 

 

Ce souci du détail transparaît également dans la sélection de l’exposition, témoin d’un dialogue long, fructueux et précis entre le patrimoine de Van Cleef & Arpels et la collection du musée. “On découvre par exemple un collier orné d’émeraudes et en-dessous un émeraude brut. On a vraiment l’impression que le bijou a été taillé dans cette roche”, commente Lise MacDonald. Ce regard à la fois esthétique et scientifique est très émouvant.” François Farge, spécialiste des minéraux et co-commissaire scientifique de l’exposition avec cette dernière, a su en effet puiser parmi 130 000 échantillons de la collection muséale de minéralogie ceux qui correspondaient le plus aux pièces historiques de la maison parisienne.

Vue de l'exposition “Pierres Précieuses” au muséum national d'Histoire naturelle de Paris. Scénographie par Jouin Manku © Eric Laignel

Sans aucun doute, le clou de ce spectacle réside dans le “Rocher aux merveilles”, pièce finale du parcours produite spécifiquement pour l’exposition sur plus de deux ans. Dans un écrin éclairé comme un trésor se dévoile un bloc brut de lapis-lazuli parsemé d’une trentaine cristaux de tourmaline, où viennent s’agréger onze bijoux Van Cleef & Arpels : plusieurs broches en forme de fleurs, un ange en diamants ou encore un bracelet en forme de chimère serti d’or, de saphir et d’émeraude peuplent ce paysage féérique. Une véritable rencontre créative et technique entre les richesses minéralogiques du musée et les savoir-faire de la maison de haute joaillerie, résumant avec sensibilité tout ce qui fait l’identité de cette dernière : “une vision enchanteresse et poétique du monde, une vision féminine et animée de la nature, quelques éléments narratifs et même parfois un certain sens de l’humour, le tout doublé d’une volonté d’excellence”, conclut Lise MacDonald.

 

 

“Pierres précieuses”, jusqu'au 14 juin à la Grande Galerie de l'évolution du muséum national d'Histoire naturelle, Paris 5e. 

Vue de l'exposition “Pierres Précieuses” au muséum national d'Histoire naturelle de Paris. Scénographie par Jouin Manku © Eric Laignel

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