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Le Ritz : les dessous d’une réouverture

 

Annoncée en grande pompe il y a plusieurs mois, la réouverture du célèbre palace parisien de la place Vendôme, fermé pour travaux pour la première fois depuis son ouverture il y a 117 ans, vient d’avoir lieu.

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Fermé pour rénovation depuis 2012, le Ritz vient de rouvrir ses portes. À l’heure où les palaces, propriétés de grands groupes internationaux, se livrent une concurrence féroce, le lieu a dû se renouveler sans perdre ce qui fait de lui bien plus qu’un hôtel de luxe, un mythe, peuplé des fantômes de tant d’illustres personnages.

 

Garder au plus près l’âme de la maison, ne pas abîmer la bibliothèque tout en permettant, prosaïquement, à tous ses clients fortunés de se prélasser, chacun au même instant, dans un bain chaud… toute la question, finalement, se résume à un dilemme cornélien : comment cacher un détecteur de fumée dans des moulures ou intégrer une télévision haute définition dans un décor proustien ? L’éternelle querelle des Anciens et des Modernes. Christian Boyens, le directeur général du Ritz, veut garder les valeurs du dernier palace “indépendant” de la capitale. “On reste très Ritz”, lâche-t-il, avec un brin de condescendance non avouée pour les Peninsula, Mandarin Oriental et autres Four Seasons qui ont ouvert leurs portes ces dernières années à Paris, après bien d’autres villes.

 

Chantier pharaonique initialement estimé à 140 millions d’euros, la rénovation totale de cet hôtel détenu depuis trente-six ans par l’homme d’affaires égyptien Mohamed Al-Fayed, amorcée le 1er août 2012, a pris quelques mois de retard – et suscité quelques dépassements budgétaires dont le montant n’est pas dévoilé. Les réservations pour Noël sont ouvertes depuis juin 2015. Christian Boyens est arrivé en 2011 pour fermer l’hôtel et diriger les travaux. Comme dans un bon vieux James Bond, un tunnel a ainsi été creusé en toute discrétion pour permettre aux grands de ce monde d’arriver à l’hôtel en passant par le parking souterrain de la place Vendôme. La création d’un nouveau petit parc a considérablement agrandi les jardins. Un nouvel espace terrasse, dont le sol sera chauffé toute l’année, permettra également de prendre le thé – ou un verre – été comme hiver, à l’abri d’une verrière coulissante.

 

Contrairement aux autres palaces parisiens qui ont vendu tout leur mobilier avant de se rénover, le Ritz a jalousement conservé ses fauteuils, ses chaises, ses œuvres d’art. Tout a été stocké dans 125 containers et confié à des artisans d’exception pour les restaurations nécessaires, explique M. Boyens. Les 30 000 bouteilles de la cave – l’une des plus belles de France – ont elles aussi été mises à l’abri. Pour qu’il demeure mythique, il était essentiel de ne pas dénaturer le lieu, au risque de voir s’évanouir ses prestigieux fantômes – Marlene Dietrich, Coco Chanel, Greta Garbo, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Jean Cocteau… toutes ces grandes figures abritées sous ses lambris qui ont prêté au Ritz un peu de leur aura, aidant à dissiper, au fil des ans, les parfums de scandale. En effet, bien peu de clients des palaces parisiens se souviennent aujourd’hui que le Ritz avait été réquisitionné par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

Familiers du Ritz dans les années 50, les artistes américains comme Cole Porter, Francis Scott Fitzgerald, auteur de la nouvelle intitulée Un diamant gros comme le Ritz, ou Ernest Hemingway – assidûment présent, surtout au bar – ont permis de tourner la page. Tout comme Gene Kelly avec le film Un Américain à Paris, réalisé en partie dans l’hôtel. Si, aujourd’hui encore, les clients du Ritz sont presque toujours des habitués (fidèles, pour certains, au point de renoncer à venir à Paris le temps que les travaux s’achèvent), le palace – qui gagnera enfin à sa réouverture cette appellation officielle si convoitée – rouvrira ses portes dans un contexte de concurrence exacerbée. C’est une grande première dans la capitale. “Entre 2008 et 2018, le nombre de chambres dans les palaces aura augmenté de 63 % pour atteindre une capacité de 1 860” (contre 1 150), compte Gwenola Donet, directrice France de JLL Hotels and Hospitality. “Ce n’est pas indolore, commente-t-elle. D’autant que la demande n’aura pas augmenté dans les mêmes proportions”, pronostique-t-elle. 2014 marquait l’ouverture en grande pompe du Peninsula – dernier-né des palaces parisiens – et, la même année, le Plaza Athénée terminait son gigantesque lifting.

 

La fréquentation a subi un sérieux trou d’air avant de repartir à la hausse, selon les établissements, à partir d’avril 2015. “C’était l’enfer”, concède François Delahaye, directeur général du Plaza Athénée, “mais, comme à l’époque des attentats du 11 septembre à New York, quatre mois après, les hôtels étaient à nouveau bondés.” Paris reste une destination de rêve pour les touristes. Au point de rendre Barack Obama jaloux, lui qui avait promis, en janvier 2012, à Orlando : “Nous allons prendre à la France sa première place dans le tourisme mondial…” Certes les grandes expositions, les événements comme la FIAC, le Salon du Bourget, Roland-Garros, mais aussi la mode, la gastronomie et surtout la ville en elle-même sont des atouts considérables. Les directeurs de ces hôtels mythiques distillent pourtant, après un quart d’heure de conversation courtoise, une longue litanie de plaintes. Tous se sentent les mal-aimés des hommes politiques, de droite comme de gauche. “L’ancien maire de Paris, Bertrand Delanoë, m’a clairement dit : ‘Vos clients, ils ne votent pas…’”, raconte le patron du Plaza Athénée, très amer vis-à-vis du mépris que la classe politique affiche à l’encontre du tourisme. Il s’agace du fait que rien n’ait été engagé contre “la concurrence déloyale d’Airbnb alors que les pouvoirs publics ont mis en place des taxes de séjour plus fortes pour les hôtels parisiens.

 

Les politiciens ont également tendance à critiquer, plus ou moins ouvertement, le fait que les palaces parisiens soient désormais entre des mains étrangères. En effet, sur les douze établissements qui peuvent se targuer de ce prestigieux label, un seul – le Fouquet’s, sur les Champs-Élysées –, appartient au groupe français de casinos Barrière. Le Bristol est détenu depuis 1978 par le groupe allemand Oetker, tandis que le Park Hyatt, à deux pas de la place Vendôme, est dans le giron du géant américain Hyatt. Sept sont détenus par des capitaux moyen-orientaux et trois par des Asiatiques : Le Meurice et le Plaza Athénée appartiennent au sultanat de Brunei, via son groupe Dorchester Collection. Le Four Seasons George V est la propriété du prince saoudien Al-Walid ben Talal et géré par le groupe canadien Four Seasons. En travaux depuis avril 2013, le Crillon a, quant à lui, été racheté par le fils du roi d’Arabie saoudite, le prince Mitab ben Abdalah ben Abd al-Aziz, tandis que le Royal Monceau – Raffles Paris est la propriété du fonds Katara Hospitality, qui l’a totalement rénové et réouvert au public en 2010. Comme The Peninsula, situé dans l’ancien hôtel Majestic. Le Ritz est l’un des rares qui ait très peu changé de mains puisque Mohamed al-Fayed reste aujourd’hui le second propriétaire de l’hôtel après la famille du fondateur, César Ritz. Le Marriott des Champs-Élysées et le Mandarin Oriental battent pavillon hongkongais, tandis que le Shangri-La, ouvert depuis 2010, appartient à l’homme d’affaires malaisien Robert Huok Hoch Nien.

 

Mais finalement, ce qu'il faut retenir, comme le susurre le beau Tancredi à son oncle Garibaldi dans Le Guépard de Tomasi di Lampedusa : Il faut que tout change pour que rien ne change  et c’est exactement l’esprit qui préside à la rénovation du Ritz.

 

 

Retrouvez notre visite guidée du nouveau Ritz ainsi que le film hommage de Zoe Cassavetes avec Ana Girardot​.

 

Retrouvez cet article dans son intégralité dans le Numéro Homme Force automne-hiver 2015.

 

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Par Nicole Vulser

Serge Gainsbourg, coutumier des bars de l’hôtel, posant avec un portier en 1991.

Courstesy ARNAL/Gamma-Rapho/Getty Images.

La terrasse Vendôme a, de tout temps, attiré les élégantes. 

Courtesy Ritz Paris.

Un mixologue de l’hôtel.

Courtesy Ritz Paris.

Un des bars de l'hôtel.

Courtesy Ritz Paris.

Le Ritz Paris a financé la restauration des 425 plaques de bronze et de la statue de Napoléon composant la Colonne Vendôme, pour un montant estimé à 1,45 million d’euros.

Courtesy Ritz Paris.

Charles Ritz, fils du fondateur de l’hôtel, sur l’un des balcons de la façade, en 1973. Il est alors président de l’établissement.

Courtesy Robert Doisneau/Gamma-Rapho/Getty Images.

 

 

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