Le 9 mars dernier, le gouvernement italien ordonnait le confinement de sa population. Seulement quelques jours après, de nombreux pays suivirent, en Europe mais également dans le monde entier. Pour beaucoup d’individus et de secteurs professionnels, cette période d’enfermement et, parfois, d’inactivité fut l’occasion de repenser ses modes de communication, de consommation, de production ou encore de création. Alessandro Michele est de ceux-là. Dès les premières semaines de confinement, le directeur artistique de la maison Gucci entamait un journal pour formuler par écrit ses réflexions sur le monde d’aujourd’hui et les crises qui le traversent. Au-delà du simple constat pessimiste sur l’impact délétère de l’être humain sur la nature, ces “Notes from silence” contiennent également un ensemble de décisions prises par le créateur italien concernant l’avenir de son activité et de celle de Gucci. La plus marquante est certainement l’annonce d’un rythme de production ralenti et déterminé par ses propres délais aléatoires, impliquant pour la maison de sortir du calendrier officiel de la mode. Désormais, Gucci présentera seulement deux collections par an en se détachant des régimes traditionnels automne-hiver, printemps-été, prefall et croisière.

 

Si la décision peut sembler révolutionnaire pour une maison de cette ampleur, elle est aussi un nouveau coup de maître pour Alessandro Michele : dès 2016, alors à la direction artistique de Gucci depuis seulement un an, le créateur annonçait déjà sortir de la binarité homme-femme imposée par les calendriers du prêt-à-porter pour présenter des collections mixtes. Publié il y a deux jours sur le compte Instagram de la maison Gucci, le récent journal de l’Italien s’affirme donc avant tout comme un manifeste à l’égard d’une mode éco-responsable et autonome, adoptant à nouveau une cadence plus raisonnable pour le bien de tous ses acteurs : “Je réalise pleinement que cette capacité [de la mode] à raconter ne peut pas être contrainte par la tyrannie de la vitesse. (…) C’est pourquoi j’ai décidé de construire une nouvelle trajectoire, loin des échéances que l’industrie a consolidées et, avant tout, loin d’une rentabilité excessive qui n’a aujourd’hui plus aucune raison d’être”, écrit le créateur. À une heure où les prochaines Fashion Weeks de Paris, Londres et Milan seront – pour la première fois – exclusivement digitales, et où la maison Saint Laurent a également déclaré se retirer officiellement du calendrier de la semaine de la mode parisienne, cette annonce préfigure sans nul doute un tournant inédit dans l’histoire de la mode. 

 

Quant au nouveau calendrier des collections Gucci, si rien de concret n’a encore été annoncé pour l’instant, Alessandro Michele qualifie déjà les prochaines saisons de “chapitres irréguliers, joyeux et absolument libres, qui seront écrits en mêlant les règles et les genres, se nourriront de nouveaux espaces, codes linguistiques et plateformes de communication”. Le créateur ne perd rien de son verbe en comparant d’ailleurs aux différents genres de la musique classique : “dans la constellation de ma trajectoire créative, il y aura des symphonies, rhapsodies, des madrigaux, nocturnes, ouvertures, concerts et menuets.” Une mise en bouche poétique – mais non moins puissante – des futures propositions de la maison italienne, dont nous découvrirons prochainement les formes inédites.