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21 Qui est Anna October, créatrice ukrainienne qui vient en aide aux créatifs de son pays ?

Qui est Anna October, créatrice ukrainienne qui vient en aide aux créatifs de son pays ?

Mode

Exilée à Paris à cause de la guerre, la créatrice ukrainienne Anna October mène de front la conception de sa prochaine collection et la gestion d’une plateforme digitale vouée à aider les créatifs de la mode de son pays.

  • Anna October, pre-fall 2022.

    Anna October, pre-fall 2022. Anna October, pre-fall 2022.
  • Anna October, automne-hiver 2022.

    Anna October, automne-hiver 2022. Anna October, automne-hiver 2022.
  • Anna October, pre-fall 2022.

    Anna October, pre-fall 2022. Anna October, pre-fall 2022.

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Quand elle est arrivée à Paris le 3 mars dernier, la guerre faisait rage depuis une semaine dans son pays. Après avoir fui en voiture dans des conditions extrêmes, la créatrice de mode Anna October s’est installée dans la capitale française. Impossible, pour la plupart d’entre nous, d’imaginer la vie d’une personne absorbée dans son quotidien, et réveillée un triste matin par le vrombissement des bombes dans sa ville. À peine ses bagages minimaux posés, et le sentiment de sécurité revenu, la créatrice s’est d’abord demandé, avec un sang-froid et une détermination absolues, ce qu’elle pouvait faire pour aider son pays. “Nous avions trois kilomètres de tissu dans nos entrepôts, et j’ai tout de suite fait un post sur Instagram pour dire que je voulais les donner. Les cotons sont allés couvrir les besoins médicaux, et l’armée a utilisé les soies pour fabriquer des filets façon camouflage”.

 

Très vite vient également l’idée, développée avec sa meilleure amie Julie Pelipas, ancienne directrice de Vogue Ukraine devenue elle aussi designer de mode, de lancer une plateforme digitale permettant d’aider d’autres créatifs ukrainiens dans le besoin. C’est ainsi que les deux jeunes femmes ont lancé Bettter.Community. “La plateforme est l’initiative de Julie, poursuit Anna October. L’idée est d’aider la communauté de la mode ukrainienne, dont certains se sont réfugiés en Europe occidentale, et d’autres sont restés au pays. Nous avons sélectionné les marques et les créatifs (maquilleurs, stylistes, photographes, graphistes, vidéographes…) qui étaient déjà en activité, et dont le travail est empêché par la guerre. Il s’agit de répondre à des besoins extrêmement concrets, en utilisant les réseaux dont nous disposons. Je dirige la division des créateurs de mode, et certains ont besoin de vendre les stocks de leurs collections, donc nous les aidons à les exporter hors d’Ukraine. J'essaie aussi de trouver pour eux un showroom pour la saison prochaine”. 

Anna October, pre-fall 2022.

Aux membres de la communauté mode qui se demanderaient quel soutien apporter au peuple ukrainien, Anna October répond de regarder le travail des créatifs représentés sur la plateforme, et en fonction des besoins, de les considérer pour une commande. “Ils veulent travailler, tout simplement”, poursuit-elle. Depuis Paris, elle est en train de concevoir sa prochaine collection, et pense à ses amis, dont certains sont aujourd’hui devenus des soldats, et qui ne peuvent donc pas en faire autant. Sur le site, il est également possible de faire une donation mais, malgré l’élan de générosité exceptionnel suscité en Europe par la guerre, celles-ci se font rares. “Certaines des personnes présentées sur la plateforme n’ont plus rien, leurs appartements ont été détruits par des bombes. Il s’agit simplement de les aider à couvrir les besoins basiques de leur vie quotidienne. Nous appelons aussi, par ailleurs, à ce qu’on nous donne des stocks inutilisés de tissus, pour que les créateurs de mode puissent travailler. Certaines marques employaient plusieurs dizaines de personnes, et n’ont reçu aucune aide financière”.

 

Ironiquement, la collection automne-hiver 2022-2023 d’Anna October était une lettre d’amour à Paris, sa ville de cœur, où elle n’aurait jamais imaginé devoir s’exiler dans des circonstances dramatiques. Inspirée par une soirée magique qu’elle avait vécue dans la capitale où, croisant une nuit par hasard un groupe d’amateurs de tango, elle s’était retrouvée à danser avec eux sur la place Vendôme, elle fait la part belle à la sensualité féminine qui participe de l’ADN de son label, avec des petites robes noires, des coupes au tombé ultra-précis sur le corps, et une inspiration lingerie. “Je voudrais que les femmes pensent à Anna October quand elles planifient un date, que ce soit avec des amies ou avec leur fiancé”. Alors que la collection était présentée à Paris pendant la fashion week de mars, Anna était déjà fort occupée à aider ses collègues via la plateforme. La bonne nouvelle de sa réception positive auprès des acheteurs, et d’un premier point de vente parisien (les Galeries Lafayette), a, dit-elle, “réconforté un peu les personnes de mon équipe, dont certaines étaient réfugiées dans les montagnes ukrainiennes ou dans la forêt”.

Anna October, automne-hiver 2022.

La créatrice se lance aujourd’hui dans la fabrication de sa collection pour la saison prochaine qui sera, dit-elle, entièrement fabriquée en Ukraine, la production étant relocalisée à cause de la guerre entre Kiev, et Uzhgorod  et Khmelnitsky (dans l’ouest du pays). “J’aime l’attitude très rigoureuse vis-à-vis de la qualité, que je trouve dans mon pays, explique-t-elle. Par exemple, nos mailles sont toutes faites à la main, par un réseau de femmes réparties sur l’ensemble du territoire”.

 

Evidemment, cette collection très spéciale ne pourra que faire allusion à la situation unique vécue en ce moment par les femmes ukrainiennes. Puisant son inspiration autour d’elle, ou dans des situations vécues (comme celle du tango à Paris), plutôt que dans des mythes inaccessibles, Anna October s’est toujours efforcée de célébrer la féminité sous ses diverses facettes. “Aujourd’hui, je vois le courage des Ukrainiennes, dont certaines ont même décidé de prendre les armes, ainsi que l’amour et la solidarité féminines que génère cette situation. Dans ma prochaine collection, je célébrerai également la sensualité, car je crois que c’est un pouvoir que possèdent les femmes. Je ne suis pas du tout en train de dire que nous avons une obligation de séduire, d’être belles en toutes circonstances. Mais je pense qu’on se bat mieux, quel que soit son combat, si on se sent bien dans sa peau et dans son corps. Avec le choc de la guerre, on peut se sentir comme étrangère à son propre corps, et je pense déjà à l’après-guerre, à ce moment où il faudra renouer avec nous-mêmes, avec nos sensations”.

 

Anna October 

Plateforme Bettter.Community,

Pour soutenir les créatifs ukrainiens, envoyer un message à community.fashion@bettter.us