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Balenciaga expose des robes d'archives méconnues

MODE

Chaque année, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, Balenciaga ouvre l’intimité de ses archives à la curiosité du grand public. Ce week-end du 16 au 17 septembre, la maison française expose une trentaine de pièces inédites et méconnues, issues de la garde-robe de sa prestigieuse clientèle, de Grace Kelly à Ingrid Bergman en passant par Mademoiselle Renée.

La robe d’Ingrid Bergman pour Anastasia par Cristóbal Balenciaga

 

Muse du cinéma hollywoodien au milieu du 20e siècle, le visage d’Ingrid Bergman envoute encore tous les mordus du septième art. Chaque objet ou vêtement lui ayant appartenu se transforme en pièce de musée, collectionnée et exposée dans le monde entier. Pourtant, une de plus belles robes de l'actrice suédoise dormait depuis de nombreuses années dans les archives de Balenciaga : conçu par le couturier espagnol à l’été 1956, cet ensemble en satin crème brodé de perles roses et vertes sera porté par Ingrid Bergman dans le film Anastasia d’Anatole Litvak. L’actrice, récompensée de l’Oscar de la meilleure actrice, signe avec ce rôle son grand retour à Hollywood et l’une de ses plus belles apparitions à l’écran, grâce au savoir-faire de Cristóbal Balenciaga, qui en soigne chaque détail. En témoigne son mannequin morphologique, reproduit par le service du Patrimoine de la maison et exposé à côté, sur lequel apparaissent des épaulettes ajoutées sur la poitrine d’Ingrid Bergman afin de reproduire sa silhouette galbée, ainsi que des bandes de ouatine sur les hanches et le dos. Un travail d’orfèvre, mis à nu aux côtés de son résultat final.

Les mannequins morphologiques de l'exposition Figures de styles par Balenciaga © Annik Wetter

Mademoiselle Renée, directrice de Balenciaga et icône de style

 

Directrice de la maison Balenciaga de 1947 jusqu’à sa fermeture en 1968, Mademoiselle Renée fait partie de ces icônes méconnues du grand public mais chérie par des passionnés de mode – en particulier de Balenciaga. Si elle marque les esprits de son temps par sa rigueur et son organisation légendaire (elle sera considérée comme « la femme la mieux organisée de la capitale »), cette dernière ne transige pas non plus lorsqu’il s’agit de concevoir sa garde-robe, bien évidemment remplie de créations de la maison française. Robe élégantes, ensembles sobres et tirés à quatre épingles… Sa collection, conservée dans les archives Balenciaga, est aussi riche que diverse mais n’est jamais exposée car ses vêtements ne correspondent pas aux corps normés. Un tort auquel cette exposition remédie ainsi, exposant quelques uns de ses plus beaux modèles aux côtés de ses mannequins morphologiques, représentatifs du travail sur les volumes fait par Cristóbal Balenciaga. Afin de redessiner les silhouettes, ce dernier ajoute notamment sur ce tailleur une paire d’épaulettes afin d'arrondir les omoplates, ainsi que sur les hanches pour créer du relief ou encore sur le dos, pour redresser l’ensemble.

Le modèle de la robe portée par Grace Kelly en 1966 dans l'exposition Figures de styles par Balenciaga © Annik Wetter

Grace Kelly : muse Balenciaga d’hier et d’aujourd’hui

 

Pour Balenciaga, son passé est aussi important que son présent. Créé en 2001, le fonds d’archives de la maison collectionne, selon une politique d’acquisition supervisée par Demna lui-même, toutes les pièces disponibles sur le marché (dont de nombreuses sont également acquises par le riche fonds d'Azzedine Alaïa) de la première période d’ouverture entre 1917 et 1968 comme depuis sa réouverture en 1986. Car ce dernier puise dans le riche héritage de Balenciaga de nombreuses inspirations, à l’image de cette délicate robe en velours portée par Grace Kelly en 1966, qu’il reproduit pour son défilé haute couture présenté à Paris en juillet dernier. Il en reprend la coupe, conçue par Cristóbal Balenciaga et adaptée sur mesure à la silhouette de l’actrice et princesse de Monaco : épaulettes sur le dos, les flancs et la poitrine pour soutenir le corset, jupon évasé afin d’allonger la traine… Une pièce cousue de références au passé, qu’il prolonge jusqu’au choix de la mannequin pour le défilé, Danielle Slavik, qui portait déjà la robe en 1966 et qui fut l’une des muses du couturier espagnol. Un modèle iconique, qui encapsule à lui seul l’histoire de Balenciaga et l’importance de son patrimoine d’hier comme de demain : après chaque défilé, les vêtements créés par Demna sont directement envoyés aux archives de la maison, dont le fonds est aujourd'hui si grand qu’il pourrait remplir un stade de France…

 

“Figures de styles”par Balenciaga, Journées Européennes du Patrimoine du 16 au 17 septembre 2023 au siège Kering, Paris 7e.

Images : © Jean Luc Perreard