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15 Octobre

Le jour où Versace a rendu hommage à Freddie Mercury

 

Le 30 novembre, à Moulins, s’ouvre l’exposition “Couturiers de la danse”, elle revient sur un siècle de collaborations entre la danse et la haute couture. Numéro vous présente les plus marquantes. Aujourd’hui : Gianni Versace pour “Le Presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat” de Maurice Béjart, interprétée pour la première fois en France en 1997 au théâtre de Chaillot. Du 31 octobre au 3 novembre, la compagnie Béjart Ballet Lausanne reprend la pièce au Palais des Sports de Paris. 

Par Chloé Sarraméa

"Le Presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat” (2016) de Maurice Béjart. Costumes de Henri Davila, design de Gianni Versace. © BBL – Ilia Chkolnik

À sa mort prématurée un jour de juillet 1997, Gianni Versace est un couturier mondialement connu pour son esthétique glamour, over-sexy et colorée. Ses créations au style clinquant, ornées de symboles de têtes de Méduse dorées, clins d'œil à l’opulence de la culture italienne, connaissent un succès retentissant. Tout au long de sa carrière, le couturier calabrais brille aussi dans le monde du ballet : il imagine les costumes et les scénographies de spectacles des plus grands chorégraphes.

 

Dès ses débuts, Gianni Versace se passionne pour la danse. Après avoir fondé sa maison en 1978, il travaille pour la Scala, grand théâtre d’opéra à Milan. Pour cette haute institution de la culture italienne, Gianni Versace dessine les costumes de ballets historiques : les danseurs portent des vêtements lourds, des pièces au style antique ou inspirées du XVIIIe siècle. Leur réalisation est un véritable défi pour le couturier puisqu'ils le contraignent à s'éloigner de sa technique habituelle consistant à draper directement le tissu sur les mannequins.  

 

“Dyonisos” (1985) de Maurice Béjart © BBL

Versace et Béjart, une collaboration historique

 

Gianni Versace approche des 40 ans quand il collabore pour la première fois avec Maurice Béjart. En 1984, le couturier italien frappe à la porte du chorégraphe qui a introduit la danse moderne en France il y a déjà dix ans. Ensemble, ils imaginent un premier ballet : Dionysos. Pour habiller les danseurs de cette pièce mythologique, Gianni Versace imagine des pantalons rouges plutôt amples, privilégiant l’aisance des interprètes. Simplement drapées sur les jambes des danseurs – bouffantes sur les cuisses et moulantes au niveau des mollets – les pièces de Versace étonnent par leur sobriété. Pourtant habitué à s’inspirer des mythes de la Grèce antique pour des créations tape-à-l’œil, Versace revisite le mythe du dieu du vin et des excès dans une forme épurée et minimaliste.

 

Fort de sa première collaboration, le tandem Béjart-Versace se retrouve pour travailler sur plusieurs ballets : Malraux ou la métamorphose des dieux (1986), Chéreau-Mishima-Peron (1988), Pyramide (1990)… au total douze pièces du chorégraphe seront habillées par le créateur italien. Leur dernier coup de maître survient un an avant la mort du couturier : Le Presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat est présentée à Lausanne pour la première fois en 1996. Véritable performance scénique, la pièce est reprise quelques temps après au théâtre de Chaillot où les danseurs sont accompagnés d’Elton John et du groupe de rock anglais Queen.

“Le Presbytère…” © Gianni Versace

“Le Presbytère…” © Gianni Versace

En 1991, le sida fait des ravages. Cette année-là, la maladie emporte le leader de Queen, Freddie Mercury, et Jorge Donn, danseur mythique de la compagnie Béjart. Résonnant comme un hommage à ces deux artistes décédés à 45 ans, Le Presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat est aussi, selon Maurice Béjart, “un ballet sur les gens qui sont morts jeunes”. Cette fois, Gianni Versace travaille surtout avec du blanc, mais aussi du noir et du rouge, la couleur du sang.

 

Les costumes de ce “ballet rock” résonnent comme un écho à la musique de Queen : les danseurs portent des Perfecto en cuir, des capes et des collants colorés. Pour Maurice Béjart, cette pièce-hommage est aussi un “cadeau” pour les deux artistes : un prétexte à se retrouver, à échanger et à partager. Le Presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat est finalement l'occasion “d'oser”, ce sera la dernière. 

 

 

"Le Presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat” (2012) de Maurice Béjart. Costumes de Henri Davila, design de Gianni Versace. © BBL – Ilia Chkolnik

"Le Presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat” (2012) de Maurice Béjart. Costumes de Henri Davila, design de Gianni Versace. © BBL – Ilia Chkolnik

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