La mode et les textiles ont bercé son enfance. Pourtant, Bethany Williams s’est longtemps interdit d’embrasser une carrière de créatrice. “J’étais consciente de la quantité de déchets et de la pollution que crée l’industrie textile”, explique la jeune Britannique. C’est donc vers les beaux arts qu’elle s’est d’abord orientée, avant de céder à son amour des vêtements, en présentant une première collection dans le cadre de son diplôme. Un premier pas qui l’amènera naturellement au London College of Fashion, où en 2016, sa collection de fin d’études fait déjà grand bruit, repérée par la presse mode anglaise et internationale : il s’agit déjà d’un véritable statement de la part de la très jeune femme, qui se déclare alors inspirée par le philosophe Jacques Rancière, et désireuse de promouvoir un changement sociétal grâce à la mode.

 

Dès cette première collection, son système de production lie le recyclage et les bienfaits sociaux : pour agir contre la faim qui tenaille les plus démunis en Grande Bretagne, Bethany Williams conçoit un circuit d’échange entre une banque alimentaire anglaise, la Vauxhall Food Bank, et la chaîne de supermarchés Tesco, troquant des fruits et légumes frais contre des stocks d’invendus textiles. Avec ces stocks de vêtements, la jeune femme construit sa première collection, en matériaux 100% recyclés. “Par la suite, j’ai aussi fabriqué de nouveaux matériaux en travaillant avec tous les déchets d’un centre de réhabilitation sociale qui produit du vin, des fromages, des textiles, et même des objets électriques, explique la jeune créatrice. Je travaille sur chaque collection en collaboration avec une organisation caritative, en reversant 20 % des profits à cet organisme.”

 

 

‘La grande différence avec les générations précédentes,

qui ne juraient que par la croissance permanente,

c’est que je ne vois pas vraiment de nécessité à augmenter mon volume de production. ”

 

 

 

Une démarche unique liant les préoccupations sociales et le respect de l’environnement, qui a su séduire le jury du prix LVMH, dont Bethany Williams est cette année une des dix finalistes. On imagine dès lors la question qu’ont dû poser les membres du jury à l’aspirante lauréate : comment créer un business model viable sur la base de collections 100% faites main par des artisans, à partir de matériaux entièrement recyclés et ce, sans que la nécessité de générer un profit ne nuise jamais à son engagement? “J’ai déjà un grand nombre de points de vente, mon modèle est aujourd’hui viable, poursuit la jeune femme. La grande différence avec les générations précédentes, qui ne juraient que par la croissance permanente, c’est que je ne vois pas vraiment de nécessité à augmenter mon volume de production. Il y a d’autres moyens de générer du profit, sans pour autant produire davantage de pièces.”

 

Avec cette seule réflexion, Bethany Williams cristallise tout l’esprit d’une nouvelle génération de créateurs qui ne se laisse pas séduire par tous les archétypes et les stéréotypes de la réussite sociale, préférant ne pas perdre son âme et rester au plus près de ses convictions profondes. “C’est effectivement en partie une manière de penser générationnelle, conclut-elle. Et ce pour une bonne raison : la fastfashion n’existe que depuis une vingtaine d’années, la génération de ma mère et celle de ma grand-mère ne sont pas nées avec ce système tentaculaire de production rapide, qui a causé des dommages considérables à la planète. Pour moi, il est impossible de faire de la mode sans penser aux effets de la production : il faut absolument qu’il y ait un second niveau. Au-delà de l’esthétique, il faut faire du bien aux gens et à l’environnement. D’ailleurs, si je gagne un des deux prix LVMH, je monterai ma propre manufacture en Angleterre et je monterai un programme de formation, afin de créer des emplois dans mon pays.”

 

www.bethany-williams.com