Fidèle à cet état d’esprit, Vetements contextualise ses collections en choisissant soigneusement les lieux de ses défilés. Sa collection automne-hiver 2015, présenté au club gay Le Dépôt, célèbre pour ses backrooms scabreuses, avaient autant choqué que le défilé de Margiela dans un squat parisien en 1989. La saison suivante, c’est au sein du restaurant chinois Le Président à Belleville, que l’industrie venait découvrir les nouvelles créations du collectif finaliste du LVMH Prize en 2015 : la moitié des invités (dont Kanye West et son crew) se retrouvaient assis à même le sol. Pour l’automne-hiver 2016, au sein de la cathédrale américaine de l’avenue George-V, Lotta Volkova, membre du collectif et désormais styliste superstar, inaugure le show vêtue d’une robe de communiante à la longueur indécente, tandis que des pièces résolument punk avec en tête de liste des sweatshirts ornés d’un pentacle créent le scandale. 

 

Présentée aux Galeries Lafayette pendant la Semaine de la couture en juillet 2016 (plutôt qu’à la Fashion Week en septembre), la collection printemps-été 2017 défraye une voie de plus la chronique avec des pièces conçues en cobranding avec des labels choisis chacun pour leur spécialité : Brioni, Schott, Levis, Comme des Garçons, Reebok, Canada Goose, Dr. Martens et Juicy Couture. Chaque création prend évidemment la forme d’un hommage fantasque. Non content de repousser les limites de la mode et du style, Vetements se joue ici de l’appropriation et de la copie. Si cette idée a émergé faute de temps pour concevoir la collection, elle vient asseoir l’hégémonie de la collaboration dans notre décennie. 

 

En janvier 2017, au sein du hall du Centre Pompidou, Vetements offrait un panorama mode des archétypes sociaux (collection automne-hiver 2017) : working girl, jeune fille de Saint-Germain-des-Prés, bourgeoise en tailleur, punk, gothique ou encore nerd. Entre-temps, le créateur, fatigué, s’était réfugié sous l’injonction de son frère Guram Gvasalia, à Zurich. Le défilé annulé, la collection printemps-été 2018 était présentée sous forme d’une exposition photo où des citoyens zurichois portaient des pièces rééditées avec des variations. Ensuite, les puces de Saint-Ouen, le Muséum d’histoire naturelle, le McDonald's des Champs-Élysées furent les théâtres successifs des défilés Vetements, qui, bien que moins sujets à la polémique, n’en demeuraient pas moins des évènements incontournables des fashion weeks.

 

Toujours basé à Zurich, le label Vetements va continuer d’exister, mais désormais privé de l'une de ses plus importantes têtes pensantes.