07 Janvier

Comment les tissus ont façonné le monde (et la mode)

 

Avec l’exposition “Fabric in Fashion”, le FIT Museum (Fashion Institute of Technologie) de New York met en lumière la place des textiles dans l’histoire de la mode… et du monde : entre innovations techniques les plus créatives et poid prépondérant dans la mondialisation ou l’esclavage.

Par Estelle Laurent

Ensemble trench-coat en laine avec capuche en jersey de laine, hiver 1985, France, Azzedine Alaïa, crédit Eileen Costa

 

Cape du soir en soie gazar vers 1962, France, Balenciaga, crédit Eileen Costa 

Le visiteur pourra découvrir plus de soixante-cinq vêtements et plus de trente textiles différents au sein de Fabric in Fashion, vaste exposition du FIT Museum à New York. L’occasion de se pencher sur le rôle des textiles dans la création et… la géopolique. Au programme : coton, laine, soie ou plus récemment les matières synthétiques soit les quatre fibres les plus répandues dans la mode féminine – mais aussi une cape du soir en soie “Gazar” de Balenciaga (matière iconique de la maison, aussi raide que l’aluminium, qui permet la création de formes architecturales), un trench-coat en laine avec capuche en jersey de laine Azzedine Alaïa, ou un ensemble à volants synthétiques métallisés Issey Miyake… Organisée par Elizabeth Way, cette rétrospective qui s’interroge également sur les motivations sociales qui font évoluer la mode (fruit du l’interaction du design et des associations culturelles du tissu) est à découvrir jusqu’au 4 mai 2019.

 

La soie à l’origine de la mondialisation

 

Historiquement la soie fut importée de Chine vers l’Europe par le biais de la “silk road“, puis tissée à la main en Italie, France et Angleterre. Cet ancien réseau de routes commerciales qui commença à partir du IIe siècle av. J.-C marque les débuts de la globalisation du commerce international. Par exemple, des brocarts (étoffe de soie rehaussée de dessins brochés d’or et d’argent) et des damas (soie façonnée avec des fils de même couleur et dont l'enchevêtrement représente un dessin) et autres tissus de soie arrivaient chaque jour sur le continent européen. Cette matière fut une véritable source d’inspiration pour le design asiatique dans la mode occidentale. La preuve avec cette magnifique robe en organza de soie avec motif tissé de brins floraux datant de 1825.

 

Robe de soirée en faille de soie, vers 1955,1. Elsa Schiaparelli, crédit Eileen Costa

Le coton, responsable de l’esclavage

 

Le coton, lui, ne fut véritablement utilisé en Occident qu’à partir du XVIIIe siècle. Venu d’Inde, cette matière tissée main et brodée d’argent (voir la robe ronde en « mousseline argentée » de coton blanc brodée de fil argenté et manches en taffetas de soie, datant de 1795-1800) s’est popularisée sous l’impulsion du développement de nouvelles technologies de production lors de la Révolution Industrielle au Royaume-Uni. Point noir de l’histoire, la demande britannique en coton brut a considérablement accru l’esclavage dans les états sudistes américains.

 

Robe ronde en “mousseline argentée” de coton blanc brodée de fil argenté et manches en taffetas de soie, datant de 1795-1800.

Pas de costume sur mesure sans laine industrielle

 

Ses propriétés, sa malléabilité permet une quantité de silhouettes infinies… comme cette robe et manteau en laine à double face bleu Mila Schön. La laine, qui est également l’un des premiers textiles à être produit industriellement, est à l’origine de la création du costume sur mesure. Exclusivement réservé au vestiaire masculin jusqu’au XIXème siècle, celui-ci est considéré comme l’une des plus grandes contributions occidentale dans le monde de la mode. Le costume français par exemple, qui a connut son apogée au XVIIIe siècle, est à l’origine d'une mode dont le rayonnement international reste intact.

 

Les fibres synthétiques, nouveau terrain d’expérimentation des créateurs

 

Les fibres synthétiques comme le nylon ou le polyester ne sont entrées dans la garde robe des femmes occidentales qu’au début du XXème siècle. Cette matière contemporaine permet aux créateurs d’essayer de nouveaux procédés technologiques comme les fibres thermo réactives ou thermo plastiques. Véritables alchimistes de la matière, les directeurs artistiques travaillent aujourd’hui en étroite collaboration avec les laboratoires de recherche et profitent des avancées de la science pour répondre aux nouvelles attentes du consommateur (aujourd’hui la fibre synthétique se veut souple et respirante, elle épouse le corps telle une seconde peau, permettant ainsi une liberté de mouvement) comme aux désirs les plus fous en terme de création, à l’image d’une robe moulée en fibres synthétiques Pierre Cardin, ou de cet ensemble avec cape en synthétique métallisé Issey Miyake.

 

 

Fabric in Fashion, jusqu’au 4 mai, FIT Museum, New York.

 

Robe et manteau en laine à double face Mila Schön, 1968, Italie.

Ensemble avec cape à volants synthétiques métalliques, vers 1982, Japon, Issey Miyake, photo Eileen Costa.

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