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15 Mai

Comment la notion de genre a explosé les codes de la mode

 

Marlène Dietrich, David Bowie, Jaden Smith, Janelle Monáe… des hommes en robe et des femmes en pantalon. Jusqu’au 25 août 2019, l’exposition Gender Bending Fashion, au musée des Beaux-Arts de Boston, revient sur l’explosion du genre dans le milieu de la mode

Par Juliette Cardinale

Pochette de l‘album “The Man Who Sold the World“, 1970, David Bowie. © Museum of Fine Arts, Boston.

Jaden Smith en égérie féminine pour Louis Vuitton, le rappeur Young Thug en robe Alessandro Trincone sur la pochette de l’album Jeffery Les stars font du bruit en rejetant la vision binaire du genre - homme ou femme - et expriment leurs identités floues à travers leurs vêtements. Mis en avant ces dernières années, ce phénomène est loin d’être nouveau. Jusqu’au 25 août, l’exposition Gender Bending Fashion au musée des Beaux-Arts de Boston revient sur un siècle de mode et de créateurs qui bousculent ou ont bousculé les genres. De la garçonne des années 20 au costume rouge signé Christian Siriano porté par Janelle Monáe à l’after party des Oscars 2018, plus de 60 pièces sont exposées.

 

D’abord, qu’est-ce que le Gender Bending ? Une forme d’activisme social qui détourne l’image genrée de certains vêtements ou motifs. Fini le bleu pour les garçons et le rose pour les filles. Le pantalon pour lui, la jupe pour elle. Le Gender Bending crée des tenues délibérément à l’encontre de ces clichés ou met en place des collections unisexes. Les créateurs Rad Hourani (le premier créateur à présenter une collection Haute Couture unisexe à Paris en 2012) et Rudi Gernreich (qui bénéficie d’ailleurs d’une rétrospective au Skirball Cultural Center à Los Angeles) comptent parmi les différentes personnalités présentées lors de l’exposition. Selon les époques et les sociétés, l’expression du genre à travers les vêtements a radicalement changé. Les hommes romains portaient des toges, la tenue masculine traditionnelle en écosse est le kilt et les avocats (profession essentiellement masculine jusqu‘à 1900 en France) sont en robes.

“Woman’s evening pants ensemble,” automne 1935–36, Jeanne Lanvin. Donation Lucy T. Aldrich. Photo : Museum of Fine Arts, Boston.

Collection "Annodami”, printemps-été 2017, Alessandro Trincone. Photo : Gioconda & August. Mannequin : Andrea Antonelli. © Museum of Fine Arts, Boston

 

L’interdiction du port du pantalon pour les femmes en France n’est officiellement abolie qu’en 2013 mais en pratique, les femmes n’ont pas attendu cette loi pour repousser les limites des conventions. Dans les années 20, la mode garçonne bat son plein. Les coupes de cheveux et les robes se raccourcissent. Coco Chanel introduit le blazer à boutons dorés dans ses collections de 1926 et le tailleur jupe se démocratise. En 1929, Virginia Woolf écrit un roman, Orlando, dans lequel le personnage principal traverse les siècles et change de sexe, femme puis homme, et femme à nouveau. Tilda Swinton interprète le rôle titre lors d’une adaptation cinématographique en 1992. Autre figure emblématique de l’époque, Marlene Dietrich, star internationale des années 30. Du cinéma au music hall, l’actrice est restée dans les mémoires pour ses rôles et son esthétique. Très subversive pour l’époque, elle déclare “je suis, dans mon cœur, un gentleman” et porte des costumes masculins…

 

Costumes, pantalons, vestes militaires, “powersuits”… La femme s’est appropriée la garde robe masculine mais qu’en est-il des hommes ? Dans les années 60 les musiciens s’emparent d’éléments féminins pour rajeunir leurs tenues. Jimi Hendrix porte des chaussures à talons et des blouses colorées. Mick Jagger arbore une robe chemise blanche de Mr Fish lors d’un concert à Hyde Park en 1969. David Bowie est, pour sa part, un maître du look androgyne. Ni homme, ni femme, il bouscule les genres avec les tenues de son alter ego Ziggy Stardust. Tant de stars qui représentent la “Peacock Revolution” : couleurs vives, motifs psychédéliques et coupes habituellement réservés aux femmes sont incorporés dans les tenues masculines.

“Blazer and kilt,” 2012, Comme des Garcons. Photo : Museum of Fine Arts, Boston. Acheté avec des fonds du Fashion Council. © Museum of Fine Arts, Boston.

“Unisex Couture Look #3”, Paris automne-hiver 2012, Rad Hourani. Acheté avec des fonds du Fashion Council. © Rad Hourani et Museum of Fine Arts, Boston.

 

L’exposition remet ainsi ces tenues subversives dans leurs contextes socio-politiques. Souvent, elles émanent de cultures jeunes s’opposant à la société dans laquelle elles évoluent. Les garçonnes veulent l’émancipation des femmes et les jeunes des années 60 rejettent le conformisme d’après-guerre. Égalité des genres, combat contre le racisme, lutte pour les droits LGBT+… les moments de militantisme pour des changements sociaux se retrouvent dans la mode.

 

Gender Bending Fashion propose de découvrir cette riche histoire à travers trois espaces. D’abord, Disrupt, qui met en avant la dichotomie entre l’homme en costume et la femme en jupe et la façon dont elle a été renversée. Ensuite vient Blur, où les limites entre le masculin et le féminin se troublent et enfin Transcend, partie dans laquelle les designers contemporains cherchent à reformuler le débat sur la mode et le genre entièrement. Une partie digitale permet aussi de découvrir l’univers de dix bostoniens qui mettent en pratique ces idéaux, photographiés par Ally Schmaling.

 

Découvre l’exposition Gender Bending Fashion jusqu’au 25 août 2019 au Musée des Beaux-Arts de Boston (Museum of Fine Arts, Boston).

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