Janvier 2019, fashion week masculine. Soudain, les réseaux sociaux s’affolent, et même la presse de mode s’en mêle. Offset, l’un des trois Migos, vient de faire ce qu’on appelle un fashion statement : alors que la grande messe de la mode commence à peine, il arbore “l’air de rien” un pantalon d’une marque parisienne encore tout à fait inconnue : Gunther. Le raffut n’est pas simplement causé par le choix, pointu, d’une maison plutôt confidentielle, mais par le fit du pantalon lui-même. Baggy, gris et noir, taillé dans une laine souple et hivernale, fermé par une corde noire… une vraie pièce mode. Toujours précurseur, avec son groupe qui a imposé mondialement un nouveau flow et une nouvelle donne, Offset serait-il en train d’envoyer un message codé? Les débats commencent dès lors à faire rage au sujet de la fin (ou non) de l’ère des skinny jeans dans le milieu urbain et du rap — souvenons-nous de ce tweet de Kanye West qui en revendiquait la paternité : “I made it so we can wear skinny jeans” – amen.

 

Cet énième emballement dont les réseaux sociaux sont coutumiers permet au nom de la très jeune marque Gunther d’être – enfin –, sur toutes les lèvres. Fondée en 2018 par Naomi Gunther, qui a grandi à Paris avant d’étudier la mode à l’école Parsons, à New York, Gunther s’inspire de la diversité de Paris, de ses rues et de son savoir-faire extraordinaire, mais aussi de l’énergie new-yorkaise. Comme d’autres jeunes femmes, telles que Grace Wales Bonner à Londres, Naomi Gunther a décidé de se consacrer à la mode masculine. Ses silhouettes bien de son temps revisitent les classiques de la garde-robe des hommes avec une sensibilité contemporaine et urbaine, mixant les grosses mailles faites main par des femmes parisiennes, avec des pièces émanant de la culture streetwear, revisitées dans des matières luxueuses. Aux coupes étriquées qui castrent la liberté de mouvement, Naomi Gunther préfère des formes oversized, telle que celle du pantalon qui a déchaîné les passions sur les réseaux sociaux.

 

Après le coup de projecteur de janvier dernier, la très jeune marque poursuit sur sa lancée et affirme encore davantage ses affinités avec la culture urbaine, avec une vidéo exclusive qui met en scène Diablo, le vainqueur du concours parisien de danse hip-hop “Juste debout”. Véritable concentré de jeunes talents, ce film est réalisé par Valentin Plisson, sur une musique du Rennais Chris Dogzout avec Sai T. Sur une trap instrumentale acérée, dans un décor de béton épuré, le prodige de la danse arbore des pièces de la première collection de Gunther Paris, et démontre, via ses contorsions virtuoses, à quel point elles sont résolument confortables et conçues pour la vie d’aujourd’hui.