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“J’aime la séduction immédiate et joyeuse de Chloé, portée par une attitude, non un logo.“ Rencontre avec Clare Waight Keller

 

Directrice de la création de Chloé depuis 2011, Clare Waight Keller, inspirée par sa passion de la musique pop et par son identité britannique, insuffle un côté boyish et libre qui exalte la légèreté emblématique du style de la maison.

Clare Waight Keller, directrice de la création de Chloé photographiée par Théo Wenner.

Numéro : Une chose m’intrigue dans votre parcours : pourquoi, lors de vos études de mode, vous être spécialisée dans le travail de la maille, qui ne semble pas le secteur le plus glamour pour une très jeune femme?

Clare Waight Keller : À 16 ans, j’ai décidé de suivre des études d’art et de design. Mon cursus englobait les beaux-arts, la sculpture, la peinture, mais je conservais toujours au fond de moi le désir de devenir créatrice de mode. J’ai donc suivi un bachelor’s degree de design de mode, puis j’ai opté pour un master spécialisé dans le travail de la maille parce que, depuis l’enfance, j’ai toujours tricoté. J’aime l’aspect technique 
de la maille, et aussi le fait de créer un vêtement entier à partir d’un fil.

 

Qu’est-ce qui vous a en premier lieu attirée vers la mode? Était-ce la façon dont votre mère s’habillait?

Ma mère portait beaucoup d’imprimés floraux, et toujours des robes ou des jupes. Jusqu’à mes 20 ans, je ne l’ai jamais vue en pantalon. Mais je pense que c’est surtout dans son envie de m’enseigner des choses qu’elle a exercé une énorme influence sur moi. Elle m’a appris le tricot, la broderie, le “patronage”, la couture. Et elle était très perfectionniste. Lorsque je cousais, j’allais la voir pour lui montrer mon ouvrage, toute fière, en lui disant : “C’est bien, n’est-ce pas ?” Et elle me faisait recommencer. Elle voyait que j’avais un œil et un esprit créatif, et elle voulait m’inculquer une certaine rigueur pour que je puisse développer mes qualités.

 

 

J’ai opté pour un master spécialisé dans le travail de la maille parce que, depuis l’enfance, j’ai toujours tricoté. J’aime l’aspect technique 
de la maille.

Défilé Chloé automne-hiver 2016 par Clare Waight Keller

Le style de Chloé est riche de broderies et de dentelles, parfois même de techniques artisanales anciennes. Avez-vous immédiatement ressenti une affinité
avec cet aspect de la maison ?


Absolument. J’ai toujours adoré le travail de la broderie et de la dentelle. Ma grand-mère y était très sensible, et quand j’allais chez elle, elle
 me montrait des pièces en me racontant la provenance de 
la dentelle, et attirait mon attention sur sa beauté.

 

Vous avez travaillé chez Gucci auprès de Tom Ford, à l’époque où la maison donnait le “la” de la mode. Comment avez-vous vécu cette expérience ?


J’ai commencé chez Gucci en l’an 2000, quand la maison connaissait un succès détonant. Nous étions une petite équipe et travaillions étroitement avec Tom. Il avait déjà repensé toute l’identité de la maison, l’avait “nettoyée” radicalement. C’était vraiment très intéressant d’être immergée dans ce moment. Il a créé un esprit qui se traduisait parfaitement à chaque niveau, qui traversait toute la maison, depuis les produits les plus exclusifs jusqu’aux plus accessibles.

 

J’ai toujours beaucoup aimée la maison Chloé, je collectionnais ses blouses, et j’avais suivi avec attention la transition importante amorcée avec l’arrivée de Stella McCartney et de Phoebe Philo.

Défilé Chloé automne-hiver 2016 par Clare Waight Keller

Vous avez ensuite eu l’occasion d’appliquer ces enseignements lorsque vous êtes arrivée à la direction artistique de Pringle of Scotland, où vous avez travaillé sur le repositionnement de la marque.


C’était en effet pour moi un challenge particulièrement intéressant parce que la maison est très petite. Tout était évidemment très différent de Gucci : c’était une marque à héritage, et le cachemire, ce n’est pas exactement “sexy” [rires]. Il fallait donc vraiment imaginer une histoire autour du produit. J’ai décidé de revenir aux racines écossaises : tant d’artistes fabuleux sont écossais. Je me suis dit que Tilda Swinton et d’autres artistes pouvaient vraiment porter une autre vision de la marque, en incarnant la créativité écossaise, j’ai donc choisi Tilda comme muse d’une de mes campagnes, et j’ai construit mes collections de façon à respecter l’héritage de Pringle of Scotland. J’ai beaucoup appris pendant ces années où je participais à chaque aspect de la marque. J’ai mieux compris le lien entre la partie créative et le business.

 

Et quelle était votre perception de Chloé lorsque vous avez pris la direction artistique ?


C’est une marque que j’ai toujours beaucoup aimée, je collectionnais ses blouses, et j’avais suivi avec attention la transition importante amorcée avec l’arrivée de Stella McCartney et de Phoebe Philo. Mais je ne savais pas exactement quoi attendre d’une marque parisienne. Lorsque j’ai commencé, j’ai essayé de sonder mes équipes à ce sujet, mais on m’a répondu que ma question n’avait pas vraiment de sens, parce que Paris ne se compare qu’à Paris [rires]. Là où j’avais travaillé auparavant, tout le monde commentait les shows pendant la période des défilésmais pour les maisons parisiennes, seule Paris compte. Il s’agit de se mesurer à la tradition de cette ville, une des plus importantes du monde en matière de mode, avec le 
plus haut niveau de savoir-faire. C’est l’attitude qu’il convient d’adopter, car Paris incarne le plus haut degré d’exigence.

 

Le code le plus frappant de la maison est d’ailleurs le sens du mouvement : les robes fluides, les cheveux au vent.

Défilé Chloé printemps-été 2017 par Clare Waight Keller

À Paris, Chloé occupe une place particulière car la maison est née en tant que marque de prêt-à-porter, et non de haute couture.

C’est pourquoi Chloé était pour moi une parfaite introduction à Paris. J’aime la séduction immédiate et joyeuse de la maison. Elle n’est pas portée par un logo, mais par une attitude. Dans un sens, elle est donc très démocratique. Elle se fonde sur une allure assez intemporelle, quelque chose de très subtil. Il ne s’agit pas de faire un fashion statement, mais de trouver des vêtements qui vont accompagner la cliente. Le code le plus frappant de la maison est d’ailleurs le sens du mouvement : les robes fluides, les cheveux au vent. Ensuite, on peut facilement déterminer certaines pièces comme iconiques de Chloé : une robe fluide, une cape, une compensée, une combinaison.

 

Le style de la maison est très ancré dans la bohème des années 70, est-ce un avantage ou un handicap ?

Le style Chloé des années 70, interprété littéralement aujourd’hui, serait un cliché. Mais en y regardant de plus près, tous les créateurs qui se sont succédé à la direction artistique se sont référés plutôt à l’attitude si libre des seventies.

 

Je me souviens d’avoir eu peur des punks lorsque j’avais 10 ans : ils avaient des cheveux hérissés en piquants, des épingles de nourrice partout.

Défilé Chloé automne-hiver 2016 par Clare Waight Keller

Le style extrêmement féminin de la maison requiert lui aussi un sens du dosage pour ne pas sombrer dans le côté mièvre. Comment trouvez-vous un équilibre ?

Pour éviter que la féminité soit trop sucrée ou trop nostalgique, j’insuffle une partie de mon style britannique, un côté plus boyish et plus sportif. Pour l’été 2016, j’ai fait défiler les hauts en dentelle avec des pantalons de jogging, pour créer une image plus contemporaine, ancrée dans le style de la rue d’aujourd’hui.

 

En tant que Britannique ayant grandi dans les années 70, à quel point avez-vous été influencée par la musique ?

Pendant mon enfance, c’était une part énorme de ma culture, car les goûts musicaux de chacun influençaient énormément la façon dont on s’habillait. Dans les années 70, les clans des fans de disco, de pop folk et de punk avaient chacun leur allure. Je me souviens d’avoir eu peur des punks lorsque j’avais 10 ans : ils avaient des cheveux hérissés en piquants, des épingles de nourrice partout, et ils attendaient tranquillement le bus comme tout le monde [rires]. Même si ces clans ont disparu, pour moi, la mode reste très liée à la musique. C’est la musique qui crée une émotion, lors d’un défilé, et qui indique le mood de la collection. C’est pourquoi je conçois moi-même les bandes-son. Je commence à composer les playlists quatre ou cinq jours avant le défilé, en essayant de trouver la bonne énergie.

 

Vous avez d’ailleurs composé des playlists pour la plateforme Apple Music.

C’était sa toute première collaboration avec une marque de mode ! Je voulais proposer quelque chose qui soit personnel, mais aussi lié à ma façon de faire de la mode. J’ai donc compilé les bandes-son des défilés avec certains morceaux de ma jeunesse, et d’autres plus contemporains. L’émotion intense que suscite la musique, cette impulsion qui vous saisit, c’est ce que j’aimerais créer à travers mes vêtements.

 

www.chloe.com

 

Propos recueillis par Delphine Roche.

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