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“Je me sens proche de la jeune garde artistique de New York ou de Los Angeles.” David Obadia, créateur d’Harmony nominé à l’ANDAM

 

Nominé à l’ANDAM pour le prix des Premières Collections, le jeune label Harmony a imposé en quelques mois son vestiaire minimaliste alliant matières luxueuses et coupes impeccables.

David Obadia, connu de l’univers streetwear comme assistant de Stéphane Ashpool de Pigalle et cofondateur du très florissant label Brooklyn We Go Hard, rêvait d’un vêtement où volume, matière et couleur fusionneraient dans un équilibre parfait. S’attachant à cette idée de beauté et de confort, il imagine ce qui deviendra en 2014 sa nouvelle marque : Harmony.

 

Ce désir du vestiaire idéal, doublé d’un remarquable sens du marketing, propulse rapidement le jeune créateur autodidacte aux portes du succès. Inspirées tant par l’art moderne et contemporain que par la littérature, le cinéma, la danse ou la musique, ses collections dégagent un radicalisme qui n’est pas sans rappeler la mode belge des années 90.

 

Nominé à l’ANDAM pour le prix des Premières Collections, David Obadia affirme une vivacité et une sensibilité qui en font l’un des créateurs les plus prometteurs de sa génération.

La collection printemps-été 2016 s'inspire du film franco-italien Plein Soleil avec Maurice Ronet et Alain Delon.

 

 

 

Numéro : Vous aviez une marque streetwear pour hommes et vous proposez aujourd’hui des collections mixtes et une mode contemporaine, pourquoi ce changement ?

David Obadia : Plus le temps passait et moins je me reconnaissais dans Brooklyn We Go Hard, et je souhaitais proposer une garde-robe plus mode et plus mature. J’ai créé BWGH après avoir assisté Stéphane Ashpool, fondateur de Pigalle, et j’admirais l’énergie qui se dégage de l’univers streetwear. Cependant, une marque n’évolue pas aussi vite que son créateur, et plutôt que de modifier le concept de BWGH, j’ai choisi d’en proposer un nouveau davantage en adéquation avec ma vision de la mode. Quand j’ai commencé à réfléchir au concept, j’étais avec une fille qui m’inspirait beaucoup et j’avais envie de créer des vêtements pour elle. Harmony devait être une marque pour hommes mais aussi pour femmes.

 

 

Lors du lancement d’Harmony en 2014, l’identité de la marque était déjà bien établie, aviez-vous beaucoup réfléchi au concept ?

L’un de mes objectifs avec Harmony est d’habiller un maximum de gens et, dès le départ, je voulais imposer une identité forte et reconnaissable, une collection large en gamme et une offre juste en termes de rapport qualité-prix. Je défends une mode très stricte, voire froide, bien qu’également sensuelle, inspirée par des designers comme Jil Sander ou Helmut Lang. J’ai pensé Harmony comme une marque de prêt-à-porter qualitative, mais également globale. Il était donc essentiel que, dès la première collection, elle dégage une identité forte qui marque les esprits et pose des bases solides pour une esthétique qui évoluerait par la suite.  

 

Qu’entendez-vous par une marque globale ?

Je voudrais que mes clients adhèrent complètement à l’état d’esprit Harmony, que cette marque ne soit pas un simple label de vêtements, mais qu’elle devienne un lifestyle. En partant du vêtement, Armani ou Ralph Lauren ont étendu leur univers à l’art de vivre, et j’aimerais qu’il en soit de même pour Harmony.

 

Pensez-vous que votre communauté sur les réseaux sociaux ait aidé au lancement d’Harmony ?

Cette communauté est un avantage extraordinaire. Dès que je publiais une photo, il y avait un retour important, et ça a sûrement aidé la marque lors de son lancement. Cependant, cette communauté est essentiellement masculine, alors que je souhaitais placer la femme au cœur de ce projet. J’en ai donc développé une nouvelle, sans négliger les anciens aficionados.

 

Quelles sont vos inspirations pour définir vos silhouettes minimalistes ?

L’attitude parisienne, avec ce côté faussement négligé, une certaine arrogance et une élégance innée, est réellement au cœur de mes collections. Par ailleurs, l’art contemporain a toujours fait partie de ma vie, et aujourd’hui je cherche à donner une vision artistique aux vêtements. Je passe beaucoup de temps dans des galeries, et la couleur ou la texture d’une peinture m’inspirent souvent. Je les retranscris ensuite par touches dans les collections. Chez Harmony, chaque détail compte.

La collection automne-hiver 2016-2017 Amour Anarchie, réinterprète la chanson culte de Léo Ferré.

 

 

 

Vous souhaitez toujours promouvoir des artistes comme c’était le cas avec BWGH ?

Effectivement, c’est toujours très important pour moi. Une marque se doit d’être un vecteur de communication pour la création. Je me sens proche de la jeune garde artistique de New York ou de Los Angeles qui traite les couleurs de façon très intense, et je soutiens notamment le travail de Landon Metz, Israel Lund ou Lucien Smith. Par ailleurs, dans notre boutique, nous présentons à la vente des ouvrages d’artistes que l’on apprécie et que l’on soutient. Harmony travaille d’ailleurs sur un projet de promotion d’artistes assez novateur compte tenu de notre positionnement.

 

Aujourd’hui, l’industrie du prêt-à-porter féminin est saturée de propositions, comment faites-vous pour vous différencier ?

La force d’Harmony est de proposer un vestiaire minimal avec des matières extrêmement luxueuses, des coupes impeccables et un prix juste. Je veux que mes collections soient belles et simples, mais pas simplistes. Je retire tous les détails superflus du vêtement pour ne garder que sa forme la plus épurée : fabriqué dans un beau cachemire double face ou un crêpe à envers satin, avec un bon volume, un pantalon est juste magnifique. Le travail des couleurs est également essentiel. Généralement, nous développons une gamme très large de couleurs, construite autour du noir carbone ou du bleu nuit, à laquelle nous ajoutons une couleur très pop ou acidulée pour illuminer la collection.

Vous n’avez pas peur que ce positionnement prix galvaude l’image luxe de la marque ?

J’aime créer le  vêtement de la manière la plus artistique possible, mais, derrière, il y a une réalité commerciale : il faut que le client achète. Je me suis rendu compte que lorsque je faisais des pièces très chères, elles ne se vendaient pas. Même si dans l’inconscient des gens de la mode le positionnement prix fait baisser l’image de la marque, je considère que proposer un produit au prix juste, avec la meilleure qualité possible, est primordial.

 

www.harmony.com

 

Propos recueillis par Léa Zetlaoui

La première collection Harmony automne-hiver 2014, avec les danseurs Daniel Norgran-Jensen et Mia Helje du Ballet Royal de Suède
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