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Alber Elbaz quitte la direction artistique de Lanvin

 

Alors qu'Alber Elbaz quitte la direction artistique de Lanvin, Numéro revient sur sa récente interview avec le talentueux créateur.

À travers ses dessins facétieux, ses campagnes publicitaires débordantes d’humour et ses créations qui subliment les femmes, Alber Elbaz, qui vient d'annoncer qu'il quitte la direction artistique de Lanvin, a toujours fait rimer talent et intelligence. Numéro revient sur l'interview du créateur réalisée en mars 2015 où celui-ci exprime sa vision de son métier, avec l’esprit et la poésie qui le caractérisent.

Numéro : Vos dessins humoristiques sont devenus une véritable signature, immédiatement reconnaissable. Quelle valeur le dessin a-t-il dans votre processus de travail ?
Alber Elbaz : Je commence toujours avec le dessin. D’abord un mot, ensuite un dessin, puis le tissu. Le dessin est une manière de passer de l’abstrait à la réalité, c’est un moment très intéressant. On a une idée, ensuite on la couche sur du papier, puis cela devient de la 3D. C’est une sorte de passage, comme un accouchement.

 

Dans les volumes à la fois purs et très construits de vos vêtements, comme dans les lumières et les maquillages de vos défilés, parfois presque durs ou austères, se lit l’intention de souligner la force des femmes en allant à l’essentiel.

Plus on ajoute de détails inutiles, plus la femme devient un objet. Les femmes ne sont pas des objets. On doit juste leur donner le confort, on doit leur offrir du beau et leur donner le choix, leur permettre de se trouver à travers les vêtements. Nous sommes dans un monde très visuel et, bien sûr, nous devons poster des photos et des vidéos sur Instagram à peine le défilé terminé, nous devons travailler notre image, mais ce n’est pas le plus important. L’image n’est que la porte du palais, ce n’est pas le palais.

 

Autrefois la haute couture habillait les femmes pour tous les moments de leur vie, du matin au soir. Aujourd’hui ce sont souvent des vêtements du soir spectaculaires, presque chimériques, et le discours sur la haute couture se focalise sur le travail, sur leur préciosité. Est-ce important pour vous d’inventer une beauté, une féminité, une élégance avec des tissus nouveaux, confortables, faciles à vivre?

Le confort est une préoccupation pour moi, peut-être parce que je suis oversize et que je ne suis donc jamais à l’aise avec mon corps. Je cherche le confort, et comme je ne le trouve pas, je veux le donner aux autres. Je dis toujours que le manque est la mère de toute création. Quand on a tout, on ne peut pas être créatif. Quand on a beaucoup d’argent, on peut tout acheter, et on n’est pas obligé d’être créatif. La création n’arrive pas avec le pouvoir et les moyens financiers. Je pense que les meilleurs dîners sont ceux qui commencent avec le sel, l’eau, la levure et la farine. Pas toujours avec le caviar.

 

Vous ne vous surexposez pas et, de ce fait, vous avez une place un peu à part dans le monde de la mode. Ce point de vue vous permet-il de voir les choses différemment?

C’est un point de vue qui me protège. Un point de vue qui me permet de pouvoir revenir le lendemain. Qui me laisse m’échapper de ce grand palais, pour pouvoir m’équilibrer et avoir envie de revenir. Lorsqu’on vit un rêve, en effet, il se dilue et devient une réalité. C’est important alors de pouvoir s’éloigner, d’être un outsider. Bien sûr, nous proposons des précollections, je suis bien obligé de me conformer au calendrier de l’industrie, mais nous réalisons aussi des défilés, et dans les défilés, je peux m’exprimer à travers des histoires.

 

Le rêve de la haute couture s’incarne à travers des codes ultra-féminins, des volants, des broderies. Vous avez épousé ce rêve, ces codes, cette frivolité assumée, comme une donnée culturelle que vous réinventez avec intelligence et ironie.

J’essaie d’embrasser tous ces codes de la haute couture, les volants, les brillances, tous ces codes ultra-féminins, pour les retravailler. Je compare parfois le travail d’un créateur à celui d’un criminel sur une scène de crime : il faut enlever toutes les évidences [en anglais, evidence a le sens de “preuve”]. Je peux proposer des volants, mais je vais les réaliser en Néoprène. Ce qui est intéressant, c’est de trouver une alchimie. On prend deux choses et, à partir d’elles, on en crée une troisième. Et c’est là qu’on peut faire avancer la mode. Prendre des codes très conformistes et ne pas les casser, ne pas les révolutionner, mais vivre les choses comme elles sont et les faire évoluer un peu en direction de demain. Cela demande énormément d’énergie intellectuelle, car notre industrie exige d’être smart. Quand je fais passer des entretiens de recrutement, je demande trois choses aux candidats. Ils doivent être intelligents, pas méchants et avoir du talent. Mais le talent seul ne suffit pas.

 

Propos recueillis par Delphine Roche, photos Pierre Even.

 

 

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