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Entretien exclusif avec
Rick Owens, créateur
à l'univers fascinant

 

L'auteur de défilés aux allures de véritables performances artistiques évoque dans le Numéro de juin-juillet ses liens étroits avec les arts. Extraits.

Portrait de Rick Owens par Danielle Levitt.

Numéro : Votre mobilier est exposé en ce moment avec les œuvres de Carol Rama au musée d’Art moderne de la Ville de Paris, quelle est la genèse de ce projet ?

 

Rick Owens : Depuis que nous avons lancé notre mobilier, nous recevons de plus en plus de propositions de la part des musées. Une vingtaine de pièces sont exposées avec les œuvres de Carol Rama, et le mélange est spectaculaire. Pour être tout à fait honnête, c’est l’affaire de Michèle [Lamy, son épouse et associée]. Je me serais contenté de produire le mobilier pour nous, mais Michèle nourrit une véritable passion pour le processus de fabrication, pour le dialogue avec les artisans, pour l’échange. Elle est plus étroitement liée au monde de l’art qu’à celui de la mode. Elle parcourt le monde en connectant les gens sur des projets, elle aime créer des synergies. Sans elle, tout cela n’aurait jamais vu le jour car j’ai un mode de pensée plus américain et plus masculin : j’aime trouver le chemin le plus court d’un point A à un point B. Le musée d’Art moderne nous a donc contactés pour nous demander de participer à l’exposition, et le résultat est assez saisissant. Nous avons commencé avec un grand banc noir. Michèle m’a envoyé une photo de l’installation, car je n’étais pas présent, et je lui ai répondu : “Oh ! regarde ! Tu es en train de pénétrer le musée avec une grande bite noire !

 

Votre mobilier est désormais fréquemment présenté lors des grandes foires de design et d’art. Quelle perception avez-vous de cet univers plus cynique et impitoyable, probablement, que celui de la mode ? Avez-vous rêvé de devenir artiste avant de vous tourner vers la mode ?

 

[Rires.] Vous avez raison, je présume que l’univers de l’art est bien pire que celui de la mode… Mon désir initial était pourtant de devenir artiste.

 

Un artiste intense peignant avec son sang et son sperme ?

 

Pas vraiment. Je voulais être un artiste respecté pour sa légitimité intellectuelle et sa vision héroïque de l’art. Et j’étais intimidé, car je ne pensais pas pouvoir atteindre une telle rigueur intellectuelle. Mais plus tard, lorsque j’ai commencé la mode, j’ai compris que j’avais surestimé le monde de l’art. Je ne le connais pas très bien, et qui suis-je pour le critiquer ? Je devrais probablement fermer ma putain de gueule… Mais j’ai l’impression qu’après Andy Warhol, l’ironie est devenue une obligation, et que l’art a commencé à se regarder le nombril, à proposer des œuvres dont le seul sujet était le processus de la création artistique. L’art me semble aujourd’hui le produit d’un calcul, de manœuvres pour se connecter aux bonnes personnes, bien plus que la mode. Mais c’est justement ce qui est fascinant dans cet univers : il est glamour, sinistre et cupide.

 

Propos recueillis par Delphine Roche

 

 Retrouvez cet article dans son intégralité dans le Numéro 164, disponible actuellement en kiosque et sur iPad.

 

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