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Trois questions à... Simon Porte Jacquemus

 

À l'issue de son défilé automne-hiver 2016-2017, Numéro a rencontré le lauréat du Prix spécial LVMH 2015, Simon Porte Jacquemus. Le créateur se confie sur sa collection "La Reconstruction".

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Lundi soir, premier jour de la Fashion Week parisienne, Simon Porte Jacquemus présentait un défilé automne-hiver plus construit, plus travaillé. Ses vêtements revisitaient le masculin-féminin en le transportant dans son univers fantasque. Formes exagérées, comme enflées, tirant vers la géométrie pure… Silhouettes aplaties tels des vêtements pour figurines en carton… Asymétries, hybridations, citation de la traditionnelle nappe à carreaux des brasseries à la façon de ready-made…  les thèmes jusqu’ici explorés par  Simon Porte Jacquemus se trouvaient concentrés et redéfinis en un langage personnel. Au premier rang, Demna Gvasalia et Lotta Volkova, du label Vetements, étaient venus soutenir leur ami et du même coup témoigner de la synergie créative qui agite aujourd’hui la jeune garde parisienne. Entretien en backstage du défilé.

Numéro : Cette collection semble montrer que vous avez franchi un cap : les vêtements sont plus élaborés et votre humour devient une forme d’ironie plus mature.

Simon Porte Jacquemus : Je voulais mixer dans cette collection des vêtements d’homme et de femme iconiques, et les transporter dans mon monde en exagérant leur forme et en jouant avec le rond ou le carré. Je mélange également plusieurs époques, le “space age” des sixties, les années 90…  Je propose aussi des chaussures à talons pour la première fois. C’était difficile au début de me détacher des chaussures plates que j’affectionne.

 

L’humour que vous démontrez dans chacun de vos défilés se fait lui aussi plus mature : c’est une ironie plus sombre, plus mélancolique.

Le titre de cette collection, “La Reconstruction”, évoque l’énergie qui naît parfois d’un accident, quand il faut réussir à s’affirmer, à trouver une nouvelle force. Il en est de même pour moi : je passe ici à une autre période de ma création. Les couleurs sont toujours présentes, mais la tonalité d’ensemble est plus sombre [au sens littéral : pour le début et la fin du défilé, la salle entière était plongée dans un noir total].

 

La bande-son constituée uniquement de débuts de chansons, appuie une dimension performative et conceptuelle plus élaborée.

Oui, il était important pour moi de trouver un équivalent aux vêtements découpés. Ce collage musical fait écho à l’inspiration “fripes” de la collection. Il y a des looks très Barbès, presque des looks de prostituées, avec cette femme qui porte des cuissardes désassorties, avec un talon d’un couleur et un d’une autre, une botte courte et une autre plus haute. J’aime jouer sur le mauvais goût. C’est aussi un mélange de références à l’histoire de la mode : je voulais réaliser une collection très couture, j’ai regardé beaucoup de détails, comme des manches des années 50.

 

Retrouvez les backstages du défilé Jacquemus automne-hiver 2016-2017.

 

Par Delphine Roche.

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