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Rencontre avec Sarah Burton, directrice artistique d'Alexander McQueen

 

Alors que la maison Alexander McQueen, en pleine expansion, ouvre à Paris son plus grand flagship au monde, Numéro s’est entretenu avec sa directrice artistique qui a su pérenniser avec brio la vision de l’inoubliable fondateur de cette marque déjà culte.

Photos Liz Collins

Numéro : Vous avez fait vos premiers pas chez Alexander McQueen très tôt, lors d’un stage, alors que vous étiez encore étudiante au Central Saint Martins. Quelle image aviez-vous alors de la maison ?

Sarah Burton : La maison était encore très jeune, mais elle générait beaucoup de bruit et d’excitation, c’était le royaume de la créativité et de la passion authentiques. Le travail de Lee était très novateur, il ne ressemblait à aucun autre.

Un de mes professeurs était un de ses amis proches, il m’a proposé d’effectuer un stage. C’était avant la nomination de Lee (le vrai prénom d’Alexander McQueen) à la tête de Givenchy, la maison n’avait pas d’argent, les quartiers généraux étaient situés dans une cave. J’ai eu beaucoup de chance car je suis restée, et j’ai grandi avec lui.

 

Lorsque vous avez été nommée à la direction artistique de la maison, qu’aviez-vous en tête ?

C’était une décision très difficile à prendre, car je venais tout juste de perdre une personne à laquelle je tenais beaucoup. Au début, je me suis dit que j’allais conserver son  magnifique héritage intact. Je me savais capable d’apporter ma contribution aux histoires qu’il racontait à travers ses collections, mais je ne savais pas si j’étais en mesure de raconter des histoires par moi-même. Je n’étais pas sûre de pouvoir être cette force motrice dans la maison. Ses collections étaient si personnelles, si brillantes, elles parlaient vraiment de sa vision de la vie, de la société. Mon approche est différente car je parle plutôt de vêtements.

 

Parmi vos thèmes récurrents figurent les fleurs, thème victorien par excellence, puisque la rose et le lys étaient les métaphores employées à cette époque pour décrire la dualité de la femme, séductrice ou pure.

Les fleurs représentent le cycle de la vie et de la mort,  la renaissance de la vie après la mort, chaque saison. J’ai grandi à la campagne, et je connais bien la dualité de la nature, très belle et très dure. Ma collection automne-hiver traitait de la beauté et de la décrépitude. Je voulais parler du fait que les femmes peuvent être dans leur jeunesse de parfaites beautés, mais une autre beauté apparaît avec l’âge. Cela vaut aussi pour les vêtements de la maison, qui ont toujours été intemporels. Ce sont des objets qu’il faut garder et chérir. 

 

La marque Alexander McQueen a longtemps été considérée comme une marque “émergente” dans le giron du Gucci Group. Aujourd’hui elle a atteint sa maturité, l’ouverture de la boutique parisienne est-elle une étape importante pour vous ?

C’est important, car à travers une boutique, on définit  réellement l’image de sa marque. C’est très stimulant, et particulièrement parce qu’il s’agit de Paris. Je voulais vraiment ouvrir une boutique dans la ville où nous défilons, et il fallait que cette boutique soit un statement, elle ne pouvait pas être anecdotique. Nous avons longtemps cherché l’emplacement parfait, et le flagship store de la rue Saint-Honoré  est le plus grand que nous ayons ouvert à l’heure actuelle. C’est une pression supplémentaire car l’architecture parisienne est si belle qu’elle impose un challenge. Mais nous sommes une maison fondée sur les vêtements, pas sur les accessoires ni sur les célébrités. Lee a posé les fondations d’un univers sans pareil, il n’existe pas d’autre label ayant émergé si fortement en l’espace de vingt-cinq ans, à notre époque où l’on tend à miser sur des noms à fort patrimoine.  Je suis heureuse d’ouvrir cette boutique pour parler encore davantage aux personnes qui vouent un véritable culte, une authentique passion à la maison Alexander McQueen. C’est cette passion dont attestait l’incroyable succès public de notre rétrospective Savage Beauty, qui a ému des millions de visiteurs à New York, puis à Londres.

 

Retrouvez cette interview dans son intégralité dans le Numéro Dark de septembre 2015, disponible actuellement en kiosque et sur iPad.

 

 

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Propos recueillis par Delphine Roche

 

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