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Qui est Vejas Kruszewski, le prodige autodidacte lauréat du prix spécial LVMH ?

 

Vejas Kruszewski s’est vu remettre le prix spécial LVMH 2016. Numéro a rencontré le jeune prodige autodidacte.

Vejas Kruszewski par Cédric Delsaux

 

À 19 ans, l’autodidacte Vejas Kruszewski s’est vu attribuer le prix spécial du jury LVMH, doté de 150 000 euros. Son vestiaire déconstruit la notion de genre et revisite le style urbain contemporain : des classiques tels que le bomber ou le jean sont réinventés à partir d’un détail (Zip, surpiqûre) qui envahit le vêtement. Une vision très novatrice qu’il élabore depuis Toronto, en se fondant uniquement sur des magazines, des tutoriels trouvés sur YouTube, et un stage de couture dans une entreprise locale. Ce style fait déjà le bonheur des concept stores de Carol Lim et d’Humberto Leon, Opening Ceremony, où ses pièces connaissent un véritable succès. Numéro a rencontré le jeune talent.

 

Vejas, automne-hiver 2016-2017

 

Numéro : Quand avez-vous lancé votre label ?

Vejas Kruszewski : Nous avons défilé pour la première fois en février 2015.

 

Quelle est l’idée directrice de votre travail ?

Mon idée est de reprendre les pièces familières de nos garde-robes et de les twister, d’en proposer une version étrange. Ou bien j’invente une pièce entière autour d’un détail. J’expérimente. J’explore tout ce qui peut être fait avec le vêtement.

 

Avez-vous commencé votre marque pour vous habiller vous-même ?

Au départ, oui. C’est pour cette raison que j’ai commencé avec des pièces masculines. Ensuite sont venues des pièces pour femmes

Vejas, automne-hiver 2016-2017

 

À tout juste 19 ans, vous êtes le plus jeune candidat au prix LVMH 2016. Selon vous, votre génération possède-t-elle une conscience de la mode plus aiguisée ?

Il me semble, oui. Aujourd’hui, c’est très à la mode de s’intéresser à la mode. Et nous avons accès à une myriade d’informations disponibles online qui permettent de s’informer sur le fonctionnement de l’industrie.

 

Les créateurs d’antan inventaient des histoires romanesques à propos de leurs inspirations. Votre génération, plus pragmatique, parle plutôt en termes de pièces et de généalogie du vêtement…

Effectivement, il n’y a plus de grande histoire, juste des références qu’on mixe. Plus personne n’est un puriste inspiré. Nous prélevons des idées et des formes ici et là. Le style est devenu une affaire de collage et d’évolution du vêtement.

 

Quels sont les créateurs qui vous servent de références ?

J’aime beaucoup Phoebe Philo, et Nicolas Ghesquière à l’époque où il était chez Balenciaga. Je suis aussi un fan de J.W. Anderson, car il apporte vraiment de la nouveauté, contrairement à d’autres qui se contentent de recycler des idées du passé.

Vejas, automne-hiver 2016-2017 

 

Quels sont les créateurs qui vous servent de références ?

J’aime beaucoup Phoebe Philo, et Nicolas Ghesquière à l’époque où il était chez Balenciaga. Je suis aussi un fan de J.W. Anderson, car il apporte vraiment de la nouveauté, contrairement à d’autres qui se contentent de recycler des idées du passé.

 

Comment définiriez-vous, justement, l’apport de votre génération ?

Je pense qu’avec toutes ces images à notre disposition, nous arrivons à prédire et à dessiner collectivement l’évolution du style, de façon très consciente et maîtrisée. Nous sommes beaucoup plus stratégiques et réalistes que la génération des années 90, qui se lançait dans des shows extravagants sans budget, en comptant sur la participation bénévole d’amis mannequins, stylistes, coiffeurs… Entre-temps, tout s’est beaucoup professionnalisé

Vejas, automne-hiver 2016-2017 

 

 

Quel est votre business model ?

Aujourd’hui, on débat beaucoup de la pertinence du calendrier des défilés. Les acheteurs disposent de budgets beaucoup plus importants pour les pré-collections, qui ont pris le dessus sur les collections saisonnières. C’est pourquoi je pense présenter mes vêtements plutôt à ce moment-là. C’est ce que j’ai fait l’an dernier à Paris, et cela a très bien fonctionné.

 

Quelle importance revêtent pour vous Instagram et les réseaux sociaux ?

Ils sont une extension naturelle de mon travail, la façon logique et évidente de le présenter. Les réseaux sociaux permettent de parler directement au consommateur.

 

Vous vivez à Toronto. Drake, le rappeur superstar originaire et résident de cette ville vous apporte-t-il son soutien ?

Tout à fait. Drake nous a beaucoup soutenus, et nous sommes très fiers de l’habiller pour ses tournées. Mais la concurrence n’est pas féroce ! L’industrie de la mode, au Canada, reste très limitée.

 

vejaskruszewski.com

 

Propos recueillis par Delphine Roche

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