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07 Mai

Biennale de Venise : Kris Lemsalu, l’artiste chamane venue d’Estonie

 

L’artiste estonienne Kris Lemsalu représente l’Estonie à la Biennale de Venise. Sa pratique reflète le même bricolage de références et de matériaux que celui qui irrigue son personnage polymorphe, interrespèce, transgenre et punk.

Par Ingrid Luquet-Gad

L’artiste Kris Lemsalu représente l’Estonie à la Biennale de Venise.

Il serait trop facile d’épiloguer sur Kris Lemsalu, artiste chamane venue des forêts profondes estoniennes. Personne ne peut nier la force incantatoire d’une pratique infusée d’obscures et fascinantes énergies. Et il n’y a qu’à la regarder. Créature aux sourcils lourdement ponctués de virgules noires, elle a le teint de porcelaine d’une poupée russe tandis que son rouge à lèvres se fait invariablement la malle sur la moitié du visage. Fantasque et insaisissable, elle disparaît dans un tourbillon de gaze fleurie d’où dépasse à peine une paire de baskets fluo, se fait une seconde peau d’un costume en nylon couleur chair d’où émergent mille et une protubérances qui font d’elle une nouvelle Vénus paléolithique, ou alors se promène le plus naturellement du monde affublée d’un chapeau-gants de ménage dont les doigts palpitent doucement à la manière d’une anémone de mer. En son absence, ses œuvres font tout aussi forte impression. Sa pratique reflète le même bricolage de références et de matériaux que celui qui irrigue son personnage polymorphe, interrespèce, transgenre et punk.

 

Kris Lemsalu, née en 1985 en Estonie, se forme en céramique à l’Estonian Academy of Arts de Tallinn et en design à la Danmarks Designskole de Copenhague. De ce parcours au plus proche de la fonctionnalité, elle tire une approche presque “politique” de ses œuvres, centrées autour de l’intégration plus harmonieuse de l’individu à son milieu. Dans ses sculptures, les parties en céramique finement ciselées et les drapés cousus à la main se mêlent à tous les rebuts que la société de consommation a laissés derrière elle : CD, fleurs artificielles, baskets et bottes en plastique, ballons, portes d’automobile, piécettes – la liste pourrait se prolonger à l’infini. Kris Lemsalu en tire des saynètes hantées par la présence passée d’un corps.

 

 

“Gently Down The Stream” (2017), Kris Lemsalu. Vue de l’exposition à la Fondation Cartier.

Dans Gently Down the Stream (2017), une barque à moitié recouverte de végétation gît sur un lit de ballons, deux paires de baskets pendant par-dessus bord. L’image est poétique, mais elle annonce surtout la catastrophe écologique imminente. L’humain s’est déjà absenté, ou alors il a muté, il a fait corps avec la nature, les animaux et les déchets synthétiques qui désormais se mêlent irréversiblement. Ici et là, un accessoire dérisoire rappelle sa présence évanouie, comme les squelettes de mains qui habitent des chemises repassées de frais (Angels Gone Missing, 2017). Ou alors, il ne reste qu’une pâle sirène de l’apocalypse, hoodie de céramique dotée de longues jambes bringuebalantes, perchée sur la coque d’une embarcation échouée (So Let Us Melt And Make Noise, 2017). Choisie pour représenter l’Estonie à la Biennale de Venise, Kris Lemsalu révélera à partir de mai son projet collaboratif Funtain. Une installation qui, promet-elle, délaissera les thèmes de mort et de fin du monde pour inviter à pousser les portes d’un monde “réel et enchanté”.

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