“Si cela fait quelques saisons que nous voulons voir un nouveau défilé d’Helmut, c’est la parfaite manière de voir sa collection, et elle gagne du temps. On ne court pas à droite à gauche pour voir un défilé agglutiné pendant trois heures. Et ce temps est ce que l’on veut sauver”, confiait au New York Times Kal Ruttenstein, vice-président des magasins Bloomingdale’s, à la suite de cette présentation innovante du mois d’avril 1998. En effet, si le défilé d’Helmut Lang ôtait aux spectateurs l’expérience réelle du moment et l’appréhension directe et matérielle des pièces, il était alors annonciateur de mutations majeures dans l’industrie de la mode. Nul ne pouvait encore imaginer qu’à partir des années 2000, les labels et maisons communiqueraient de plus en plus par le numérique, dévoilant progressivement tous les visuels de leurs collections en ligne jusqu’au tout premier défilé retransmis en direct par Alexander McQueen en 2009.

Aujourd’hui, alors que les prochaines Fashion Weeks de Londres, Milan et Paris seront toutes intégralement digitales en conséquence de la pandémie de Covid-19, cette innovation sonne encore davantage, vingt-deux ans plus tard, comme un tournant majeur autant qu’une démarche risquée mais ô combien visionnaire du créateur autrichien, qui a quitté la direction artistique de sa propre maison en 2005. Les prochains mois nous diront si les labels contemporains sauront honorer cet héritage.