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“Je ne me sens pas en phase avec le cliché de la Parisienne.” Rencontre avec Christelle Kocher du label Koché, finaliste du prix LVMH

 

Finaliste du prix LVMH avec son label Koché, la Française Christelle Kocher mixe les savoir-faire haute couture et le streetwear dans une mode très générationnelle et électrisante. Rencontre.

Numéro : Quel a été votre parcours dans la mode ?

 

Christelle Kocher : J’ai étudié à la Central Saint Martins, puis j’ai travaillé chez Giorgio Armani à Milan et chez Martine Sitbon jusqu’à la fermeture de sa marque. Je suis ensuite rentrée chez Chloé, puis j’ai rejoint l’équipe de Dries Van Noten à Anvers. Virginie Viard [directrice de studio chez Chanel] m’a alors proposé de ressusciter le plumassier Lemarié [l’une des Maisons d’Art Chanel, prestigieux artisans d’art français]. J’ai donc accepté le poste de directrice artistique de la maison, et cette rencontre avec l’héritage de la couture et avec la tradition française a été déterminante. En parallèle, j’ai commencé à travailler avec Tomas Maier chez Bottega Veneta, où les savoir-faire artisanaux sont également très importants. J’ai donc appris énormément, et surtout, je me suis passionnée pour le talent des artisans. En 2014, j’ai cessé de collaborer avec Bottega Veneta pour lancer ma propre marque, tout en poursuivant mon travail à la tête de Lemarié.

 

Comment définiriez-vous l’ADN de Koché, votre label qui allie l’héritage de la couture et le streetwear ? 

 

Je suis justement partie de l’idée de marier les savoir-faire artisanaux avec un style plus casual, plus contemporain, plus frais. Les pièces les plus exclusives, telles que mes manteaux en plume doublés de jersey, sont fabriquées par les Maisons d’Art Lemarié, Lesage et Goossens, mais il est important pour moi de proposer également des vêtements plus accessibles. Le point de départ, c’est de faire quelque chose de personnel, qui me ressemble. J’ai grandi en banlieue parisienne en faisant beaucoup de sport, je portais souvent des joggings. Puis j’ai découvert le luxe, et j’ai été émerveillée par toute cette beauté. Mais je voyage beaucoup, mon mode de vie est très urbain, j’ai besoin de vêtements confortables. J’en achète beaucoup chez Nike, que je mixe avec des vestes Chanel ou Bottega Veneta… 

Votre style n’a rien à voir avec la vision traditionnelle de la Parisienne. Trouvez-vous l’image type de la fille rive gauche, en trench, jupe et talons aiguilles, un peu datée ?

 

Effectivement, ce n’est pas mon propos. Je ne me sens pas en phase avec ce cliché de la Parisienne, car aujourd’hui, avec les réseaux sociaux et le Web, nous voyons la mode du monde entier, et nous pouvons l’acheter via les sites de e-commerce. J’ai habité en Italie, à Anvers, à Londres, j’ai passé beaucoup de temps à New York à l’époque où je travaillais pour Bottega Veneta, ma perspective dépasse de loin le cadre franco-français. Quant à ma vision de Paris, je l’exprime à travers les défilés que j’ai présentés dans des lieux qui incarnent la rencontre de plusieurs groupes sociaux : aux Halles, puis au passage du Prado. Ce sont des événements ouverts aux passants, je tiens à ce qu’ils soient démocratiques, électriques et joyeux.

Vous êtes finaliste du prix LVMH, quel sera votre projet si vous en êtes lauréate ?

 

Ce prix me permettrait d’ouvrir rapidement un site de vente en ligne, de développer toute l’offre unisexe de ma marque (mailles, tee-shirts, etc.), de même que les bijoux et les accessoires. Mais le seul fait de présenter mon travail à Karl Lagerfeld et à Phoebe Philo est en soi une récompense.

 

www.koche.fr

 

Propos recueillis par Delphine Roche

 

Retrouvez nos interview des finalistes du LVMH Prize:

Retrouvez l'interview de Glenn Martens.

Retrouvez l'interview de Brandon Maxwell.

Retrouvez l'interview de Matthew M. Williams du label Alyx.

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