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Numéro
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Martin Margiela : 3 looks iconiques en vente chez Sotheby's

Mode

En octobre 2019, la maison Sotheby's Paris mettait en vente plus de 200 pièces signées par le créateur belge Martin Margiela dont le propriétaire gardait l'anonymat. Du 3 au 9 mars 2021, la deuxième partie de cette collection est mise en vente en ligne par la maison, proposant un nouveau lot de près de 200 créations iconiques s'étalant de 1990 à 2009. Focus sur trois total looks phares reflétant tout à fait la mode avant-gardiste et conceptuelle de leur auteur.

© Marina Faust

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Douze ans après son départ de sa propre maison, Martin Margiela ne cesse de susciter la fascination. Toujours resté dans l’ombre et l’anonymat depuis ses débuts en 1989, le créateur belge a vu se composer peu à peu autour de lui un véritable culte, rassemblant de nombreux aficionados de sa mode conceptuelle et avant-gardiste. Si aujourd’hui les rênes artistiques de sa maison sont entre les mains du non moins célèbre John Galliano, le travail de son prédecesseur ne cesse d’être célébré par des publications, des rétrospectives comme au MoMU à Anvers en 2018, au Palais Galliera et au MAD à Paris en 2019, mais aussi des documentaires. Mais ces dernières années ont vu également l’émergence d’un autre acteur dans la transmission de son héritage : les maisons de vente.

 

Après une première vente aux enchères de grande ampleur par Artcurial début 2019, ce fut au tour de la maison Sotheby’s Paris de proposer en octobre de cette même année une partie d’une immense collection consacrée au créateur dont le propriétaire a tenu à rester anonyme. Du 3 au 9 mars 2021, la deuxième moitié de cette collection est à son tour mise en vente en ligne par Sotheby’s : près de 200 lots datés de 1990 à 2009 y couvrent la quasi étendue de sa carrière, jusqu’à son départ de sa propre maison. Parmi eux, on trouve de nombreux vêtements et accessoires de prêt-à-porter mais également une quarantaine de pièces artisanales, produites en très peu d’exemplaires et donc très recherchées sur le marché, où se lisent sa démarche expérimentale haute couture et notamment son fameux travail d’upcycling. Plusieurs créations permettent également de reconstituer dans leur intégralité des ensembles tels qu’ils furent présentés à l’époque de leur défilé, comme ces trois looks emblématiques du travail du créateur belge sur lesquels Numéro a choisi de s’arrêter.

Martin Margiela, collection automne-hiver 1999-2000. Manteau duvet, pull shetland feutré déformé écru, et jupe en doublure avec triangle appliqué sur l'avant. Estimation : 4 000 € - 6 000 € ©Sotheby’s / ArtDigital Studio

1. Manteau-édredon, doublure et maille déformée (collection automne-hiver 1999-2000)

 

 

Détourner l’existant est sans doute ce que Martin Margiela a su faire de mieux. À ce titre, son manteau-édredon en est une illustration particulièrement pertinente : pièce maîtresse de sa collection automne-hiver 1999-2000, ce pardessus a été créé en reprenant une véritable couette blanc écru rembourrée de plumes par le fabricant italien Featherlight, dont on aperçoit d’ailleurs distinctement l’étiquette sur le pan gauche – volonté assumée du créateur de rappeler son origine. Afin de l’ajuster au corps, Martin Margiela y a ajouté deux manches amovibles maintenues par des zips et a créé également plusieurs housses pour la recouvrir, dont une en PVC imperméable transparent. Ici, Sotheby’s reconstitue l’ensemble sur lequel le manteau était porté lors de sa présentation à l’époque : un pull en laine beige avec des coudes déformés au tricot, grande démonstration de l’attention accordée par le Belge au travail de la maille, et une jupe longue en matière doublure noire, qui prouve quant à elle sa volonté récurrente de montrer l’envers des vêtements.

© Marina Faust

Martin Margiela, collection printemps-été 1996. Cardigan long en jersey gris imprimé trompe-l'œil d'un manteau en shetland, top trompe-l'œil maille en jersey rayonne et viscose, jupe trompe-l'œil sépia en mousseline. Estimation : 3 500 € - 5 000 € ©Sotheby’s / ArtDigital Studio

2. Les vêtements trompe-l'œil (collection printemps-été 1996)

 

 

En 1995, Martin Margiela demande à quatre de ses amis photographes – Marina Faust, Anders Edström, Ronald Stoops, Tatsuya Kitayama – de collaborer à sa collection printemps-été 1996 en immortalisant 12 vêtements vintage, avec le soin d’insister sur leurs détails et leurs contrastes. Dans un second temps, le créateur belge imprime ces clichés sur toutes les pièces de son nouveau vestiaire, coupées dans des matières fines et synthétiques, afin d’y provoquer un effet trompe-l’œil. Sur cette silhouette dont Sotheby’s propose les trois pièces originales d'un des looks, la texture d’un manteau en laine Shetland apparaît en noir et blanc sur une veste fluide dont les manches révèlent les zones vierges laissées par l’impression, le tricotage d’un pull s’invite en gros plan sur un haut fluide en rayonné viscose, tandis qu’une jupe en tweed des années 40 se transfère en tons sépia sur une véritable jupe en jersey. Considérée aujourd’hui comme l’une de ses plus emblématiques collections, cette dernière incitera Martin Margiela à renouveler le procédé plus tard, comme lorsqu’il imprimera sur vêtement l’image des portes de son atelier du neuvième arrondissement parisien.

Martin Margiela, collection automne-hiver 1999-2000. Robe longue cache-cœur en laine et lurex noir, longs gants Tabi en cuir noir et chaussures basses Tabi en cuir noir à talons. Estimation : 2 000 € - 3 000 € ©Sotheby’s / ArtDigital Studio

3. La robe détachable et les gants tabi (collection automne-hiver 1999-2000)

 


Au-delà du manteau-édredon, la collection automne-hiver 1999-2000 de Martin Margiela renferme son lot de trésors. C’est le cas de cette robe cache-cœur en maille et lurex bleu marine, qui révèle une structure ingénieuse : séparée en deux parties, un simple panneau pour le haut et un rectangle pour le bas, la pièce s’enveloppe autour du corps et s’y maintient à l’aide de discrets bolducs qui offrent à la personne qui la porte une certaine liberté d’enfilage. Cet ensemble clôturant le défilé de la collection s’assortit d'une paire de longs gants moulants en cuir noir qui, au lieu d’épouser la forme des cinq doigts de la main, isolent le pouce à la manière d'une moufle. Le procédé est bien évidemment un écho direct de Martin Margiela à ses fameuses chaussures tabi, dévoilées dès sa première collection en 1989, où les orteils sont séparés en deux comme des sabots de mouton sur le modèle des souliers japonais du même nom. À la fin du défilé automne-hiver 1999-2000, la mannequin vêtue de ces gants ouvre sa main pour révéler un petit papier, déroulant la phrase “You will be fortunate in everything you put your hands to” (“Vous aurez de la chance dans tout ce que vous entreprendrez”) entre deux smileys. Clin d’œil aux prédiction contenues dans les biscuits chinois, la citation annonce une entrée dans le XXIe siècle emplie d’optimisme.

 

 

“Martin Margiela : Hors Normes II”, vente présentée du 3 au 9 mars 2021 en ligne par la maison Sotheby's Paris.