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Mode durable : comment Kenneth Izé élève l'artisanat en objet de luxe ?

Fashion

Dans le sillage de la légendaire Vivienne Westwood, une jeune génération de créateurs réinvente la mode à l’aune de valeurs écologiques et éthiques, en valorisant l’artisanat, l’upcycling ou de nouvelles méthodes de production raisonnée. Coup de projecteur sur l’un de ces nouveaux acteurs : le Nigérian Kenneth Izé.

Kenneth Izé, Autumn/Winter 2019

Confronté à la crise, à l’urgence, l’être humain se livre souvent à un examen de conscience, réévaluant ses choix et ses valeurs. Ce qui apparaît alors soudain au grand jour relève d’une sorte de nœud névrotique, où les problématiques se croisent sans pouvoir s’exclure mutuellement… La question de la consommation des ressources menant naturellement à celle de leur production, la crise climatique actuelle jette une lumière crue sur le monopole de la définition de la valeur (économique, culturelle, morale) longtemps détenu par les puissances occidentales impérialistes. C’est ainsi que l’apparition, dans le paysage de la mode, de voix issues des pays longtemps (et encore) maintenus dans une position de dominés, remet en question ce que nous tenions pour évident et acquis.

 

Ainsi, pour le Nigérian Kenneth Izé, le luxe n’est pas nécessairement tel que nous avons appris à l’identifier.Le fait de soutenir l’artisanat, nigérian ou autre, est une des définitions possibles du luxe, explique-t-il. Car je pense qu’il possède, en son fondement même, un lien étroit avec certains principes éthiques et certaines pratiques de développement durable. Donc, si l’on s’en réfère à cette définition, mon label pourrait être considéré comme une marque de luxe aspirationnel. Par le passé, on a peut-être qualifié de ‘luxe’, trop facilement, tout ce qui était basé sur la consommation de biens rares et chers… au risque que le mot perde de son sens.

Kenneth Izé, Autumn/Winter 2019

Kenneth Izé, Autumn/Winter 2019

Ayant grandi entre le Nigéria et l’Autriche, le jeune designer a nourri son regard et construit son point de vue à travers cette double culture. Plus tard, c’est à l’université des arts appliqués de Vienne, sous la direction conjuguée de Hussein Chalayan et de Bernhard Willhelm, qu’il a initié sa formation. Sur ses premières émotions esthétiques, liées notamment au souvenir du geste de sa mère élégante, drapant autour d’elle ses foulards colorés, se greffe alors un solide apprentissage des techniques de la couture, et de l’histoire de la mode. C’est là, également, qu’il rencontre Axel Berner-Eyde, devenu aujourd’hui son associé. Avant même la fin de ses études germe la décision ferme de fonder son propre label sur la mise en valeur des techniques nigérianes traditionnelles de tissage. “J’ai redécouvert, au moment où j’élaborais une collection pour mon diplôme, les techniques utilisées pour fabriquer le tissu aso oke [tissu tissé à la main par les Yoruba, peuple de l’Afrique de l’Ouest]. Aujourd’hui, nous essayons de trouver chaque saison une nouvelle façon d’utiliser ces tissages. Nous avons, par exemple, introduit la saison dernière un tissu plissé. Nous travaillons directement avec les artisans, dans une étroite

 

www.kennethize.net

 

 

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