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16

Qui est Parris Goebel, chorégraphe de Jennifer Lopez et nouveau visage de Nike?

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Aujourd’hui, Nike lance sa première campagne sur le terrain de la danse, “Own the Floor”, avec une partenaire de choix : la chorégraphe et artiste Parris Goebel, reine du hip-hop, collaboratrice de Rihanna, Justin Bieber ou J-Lo et surtout, inspiratrice de valeurs positives et d’empowerment. 

Portée par YouTube, Instagram, TikTok, des millions de festivals et concours IRL, et par de nombreuses émissions télévisées, la danse n’a jamais eu une telle présence à l’échelle mondiale. Echappant aux instances de légitimation culturelle, elle se propage sur les réseaux à travers les vidéos de professionnels, de dance crews aux chorégraphies millimétrées, et de millions d’amateurs inventant et reconfigurant sans cesse de nouvelles “subcultures”. Dans ce paysage post-Internet, une jeune déesse fait figure de leader. Née à Manurewa, en Nouvelle-Zélande, cette reine du hip-hop âgée de tout juste 30 ans, compte parmi les figures les plus influentes de la danse et de la pop culture contemporaines. C’est donc naturellement vers elle que Nike s’est tournée, lorsqu’elle a décidé de s’engager plus fortement sur le terrain de la danse. Leur rapprochement révèle un nouveau regard posé sur l’importance de la danse en tant que discipline sportive, et vectrice culturelle de messages positifs comme l’inclusivité, l’empowerment féminin et la body positivity.

 

En signant Parris Goebel parmi ses athlètes partenaires, Nike positionne donc officiellement la danse comme un sport. Un art certes expressif et signifiant, mais ancré dans la réalité des corps – un tabou encore récemment dénoncé par Benjamin Millepied, lorsqu’il était Directeur de la danse du Ballet de l’Opéra de Paris. Avec la campagne vidéo et photo “Own the Floor”, découpée en quatre chapitres (“Dance Declaration,” “My Story,” “My Style,” and “My Movement”) diffusés sur les comptes Instagram de Nike Women et de Parris Goebel ( @nikewomen et @parrisgoebel), l’équipementier adulé dans le monde entier offre une caisse de résonnance aux messages de la chorégraphe et artiste néo-zélandaise qui n’en finit pas de prouver son influence. “Je peux dire beaucoup plus de choses en dansant qu’avec des mots, explique-t-elle. La danse est une façon magnifique de s’exprimer, et tout le monde peut le faire, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon. C’est un langage universel de joie et d’amour. Quand je bouge, c’est comme une expérience transcendante, quelque chose s’empare de moi, qui me dépasse. Et quand on regarde une personne qui danse, on voit son âme, elle partage avec nous quelque chose d’extrêmement personnel.  C’est très pur, très inspirant, peu importe qu’on danse avec joie, ou avec mélancolie, mû par quelque chose de plus sombre.”

Dans le premier volet de cette campagne avec Nike, Parris évoque la résilience qui permet au danseur de dépasser la douleur, la fatigue, pour se laisser happer par la puissance et la beauté du mouvement. Depuis ses débuts en Nouvelle Zélande, l’histoire personnelle de cette artiste est en effet celle d’une acharnée, qui ne se laisse arrêter par aucun obstacle. Très jeune, elle commence chez elle à imiter les mouvements des danseurs qu’elle voyait dans les clips. A l’adolescence, elle crée un collectif de danseuses hip-hop entièrement féminin, ReQuest, qui gagnera plusieurs médailles d’or aux championnats du monde de danse hip-hop. Pour créer un véritable mouvement, et permettre à d’autres jeunes filles, comme elle, de s’adonner sans limite à leur passion, elle fonde sa propre école de danse, The Palace, à Auckland, à l’âge de… 17 ans. “Quand j’étais jeune, je ne me rendais pas compte à quel point le fait de venir de la Nouvelle-Zélande, un endroit si loin de l’industrie de l’entertainment, me rendait unique, nous raconte-t-elle. Mais cela a vraiment forgé mon éthique et ma façon d’entrer en relation avec les gens, de travailler avec eux. Dans certaines communautés, souvent, on vous juge si vous êtes trop ambitieux, si vous rêvez trop grand. J’ai donc créé cette école où les danseurs peuvent travailler très tard, très dur, sans être jugés”. 

 

Dès son enfance, alors qu’elle suit des cours de modern jazz où sa mère l’a inscrite, Parris s’insurge déjà contre la rigidité et les dogmes que ses professeurs lui transmettent. C’est pour s’en libérer qu’elle s’oriente vers le hip-hop, où l’expression personnelle est encouragée : “J’ai immédiatement adoré l’énergie, la vibe, la liberté du hip-hop. Il n’y a pas de façon juste ou mauvaise de danser, il s’agit vraiment d’assumer son propre style”. Le groupe de danseuses hip-hop 100% féminine qu’elle crée se fédère ainsi autour d’un nouvel ethos : dépasser les clivages entre le masculin et le féminin. Pour mesurer la portée de cet acte, il faut savoir que la danse hip-hop, dans son expression commerciale, reste encore souvent très genrée, les hommes s’exprimant dans la rapidité saccadée voire dans l’agressivité, tandis que les femmes développent une gestuelle sensuelle, voire ouvertement sexualisée. Très jeune, Parris Goebel s’insurge contre ce diktat en s’appropriant les pas des danseurs masculins, qu’elle marie avec ceux des danseuses pour obtenir un style non-genré. Et alors même qu’elle remporte plusieurs médailles d’or aux championnats du monde de hip-hop avec son crew entièrement féminin, la jeune danseuse ultra talentueuse se heurte à des reproches concernant son apparence pas assez « commerciale ». “Mais j’ai compris que c’était justement cela, mon superpouvoir, poursuit-elle. En cela, j’ai été très inspirée par Missy Elliott, qui a vraiment changé le game. En termes de musique, de direction artistique de ses vidéos, de look, elle ne faisait rien comme les autres rappeuses. Je me suis dit que si elle pouvait le faire, je pouvais moi aussi briser les stéréotypes, être moi-même, et que les gens m’aimeraient telle que je suis.” 

C’est en la découvrant sur Internet que J-Lo l’appelle pour chorégraphier sa tournée mondiale de 2012 – c’est d’ailleurs Parris qui a chorégraphié la performance de Jennifer Lopez lors du SuperBowl en 2020. En 2015, tout bascule pour elle avec le tube planétaire de Justin Bieber, Sorry. Alors que l’artiste lui laisse 24 heures pour en imaginer la chorégraphie, Parris, véritable femme-orchestre, met en scène, interprète, filme et monte dans la nuit une vidéo qui fera date : dans un studio entièrement blanc, elle danse avec ses amies dans des tenues très colorées, avec des lunettes de soleil et des rouges à lèvres vifs. Leurs mouvements synchronisés créent des lignes graphiques, qui se brisent ensuite pour révéler l’individualité de chacune. Stupéfait par la créativité et la précision de cette vidéo, Justin Bieber en fera le clip officiel de sa chanson, qui deviendra, malgré l’absence à l’image de la star elle-même, une des vidéos les plus vues de toute l’histoire – à l’heure actuelle, plus de 3,4 milliards de vues sur YouTube. “Je crois que c’était un moment important pour la danse, qui a profondément changé la façon dont les artistes utilisent les danseurs”, commente sobrement Parris. 

 

Aujourd’hui elle participe à un autre moment-charnière, qui lie l’industrie de la mode et celle de la musique, en chorégraphiant les défilés-spectacles de Rihanna pour sa ligne de lingerie Fenty Savage. Véritables shows mêlant des cohortes de danseurs, de top models, et des stars de la pop music, les défilés mettent à l’honneur la beauté dans toute sa diversité, et célèbrent l’acceptation de soi, les corps et le mouvement. Lors de la dernière édition de ce show exceptionnel, un vrai court métrage diffusé en exclusivité sur Amazon Prime, le casting étourdissant incluait Nas, Ricky Martin, Vanessa Hudgens, Cindy Crawford, Precious Lee, Soo Joo Park, ou encore Emily Ratajkowski. Aux côtés de Rihanna depuis le début de cette aventure, Parris Goebel se félicite d’impulser une nouvelle dynamique positive qui apporte un véritable changement : “ Tous ceux qui participent à cette aventure veulent contrer les normes, faire changer les regards. Nous voulons inciter les gens à s’aimer. C’est formidable de voir les messages que nous recevons, comme ‘Grâce à vous, dorénavant, je me sens assez sûre de moi pour porter un bikini à la plage’. Si je peux juste faire cela, dans ma vie et dans ma carrière, alors c’est suffisant. Je veux encourager les gens à être forts, audacieux, à cesser de s’excuser d’exister. Nous grandissons tous dans une société qui nous dit que nous devons nous sentir honteux d’être nous-mêmes et de nous aimer tels que nous sommes. Je refuse cela, je suis comme je suis, c’est à prendre ou à laisser. 

 

Ce sont cette audace et cette force, ce courage qui caractérisent les athlètes, qui unit Parris aujourd’hui à Nike. Des souvenirs de longues nuits passées à répéter, de ses muscles épuisés par le travail incessant, elle en possède des centaines. “Nous sommes des athlètes, bien sûr, même s’il n’existe pas d’entraînement-type pour un danseur, il faut trouver ce qui correspond à votre corps et à votre style personnel. Le chemin de chaque danseur est unique, c’est ce qui le rend beau. Mais je peux vous assurer qu’à la fin de la journée, mon corps est aussi douloureux que celui d’un basketteur !” Danseuse, chorégraphe, directrice créative de vidéos, artiste multifacettes refusant d’être enfermée dans une catégorie, celle qui à l’âge précoce de 27 ans publiait son autobiographie, Young Queen : The Story of a Girl Who Conquered the World, pour narrer son parcours déjà édifiant, voit dans sa collaboration avec Nike une occasion de célébrer l’amour et la joie à travers la danse. Mais aussi, la concrétisation logique d’une devise qu’elle partage avec l’équipementier, et qui l’a inspirée depuis son enfance : « J’ai ouvert une école de danse, appris à mixer de la musique, à réaliser et à monter des vidéos, parce que je considère que la meilleure façon d’obtenir ce que l’on veut, c’est de savoir le faire soi-même. Donc je me reconnais parfaitement dans la devise de Nike. Je veux dire… just do it, right ?”