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Numéro
27

Thierry Mugler au Musée des Arts Décoratifs : rencontre avec le créateur de légende

Mode

L’immense créateur Thierry Mugler s’est inspiré de son passé de danseur pour impulser dans la mode l’idée novatrice de défilés-spectacles inoubliables. Tour à tour designer, photographe, metteur en scène, ce visionnaire a collaboré avec les esprits les plus créatifs de son époque. Des années  70 aux années  2000, de Jerry Hall à Pat Cleveland et Iman, son imaginaire foisonnant a transformé ses muses mythiques en super-héroïnes éternelles. Dans cette série de photos exclusive de ses pièces d’archives, réalisée par Colin Solal Cardo, Numéro rend ici hommage au couturier devenu aujourd’hui une légende, couturier qui sera également au cœur d'une rétrospective au Musée des Arts Décoratifs à partir du 30 septembre prochain.

  • Collection "Cirque d'Hiver", 1995

  • Collection haute couture "Les Méduses", 1999

  • Collection "L'Hiver des Anges", 1984

  • Collection haute couture "Les Insectes", 1997

  • Collection "Cirque d'Hiver", 1995

  • Collection "Les Cow-Boys", 1992

  • Collection "Les Cow-Boys", 1992

  • Collection "Les Cow-Boys", 1992. Escarpins, CHRISTIAN LOUBOUTIN.

  • Collection haute couture "Les Insectes", 1997

  • De gauche à droite : collection haute couture "Ritz", 1992. Collection "Été Africain", 1988. Collection "L'Hiver des Anges", 1984. Collection "L'Hiver des Anges", 1984. Collection haute couture "Les Tranchés", 1999

  • Collection haute couture "Les Insectes", 1997

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Numéro  : Quelle a été la genèse de cette exposition, initiée par le musée des Beaux-Arts de Montréal et qui arrive au MAD cet automne ?

 

Manfred Thierry Mugler  : Le point de départ a été ma rencontre avec Nathalie Bondil [ex-directrice et conservatrice en chef du musée des Beaux-Arts de Montréal] qui m’a proposé de faire non pas une rétrospective, mais quelque chose que j’ai toujours voulu faire : une exposition qui soit aussi une création. Nous avons donc décidé de faire cet opéra ensemble.

 

Thierry-Maxime Loriot  [commissaire de l'exposition] : Le défi était colossal, mais fascinant, car peu d’archives avaient été exposées, voire photographiées, suite aux défilés. Il y avait un mythe autour des créations de Mugler, car personne n’y avait eu accès. En deux ans de recherches, j’ai été fasciné de découvrir le travail d’un artiste complet qui percevait la mode comme un moyen d’expression qui embellissait le quotidien des gens, mais en touche-à-tout, chose unique encore à ce jour pour un couturier, créateur, parfumeur, photographe, metteur en scène et réalisateur.

 

Manfred, la mode était en effet pour vous une partie d’un spectacle total. L’exposition prétend-elle démontrer cet aspect ?

 

Manfred Thierry Mugler  : La mode permet de raconter des histoires, tout comme un spectacle ou des photographies. La mode est un art unique, proche de l’humain, en mouvement, en 3D, silencieux mais très éloquent. Je suis un metteur en scène, je vois la mode de haut, de loin, je prends en compte tout le contexte. C’est pour ça que j’ai mis la mode en musique, en scène, en action, en saynètes.

 

Thierry-Maxime, mettez-vous un point d’honneur à souligner l’homme de spectacle et de danse qu’est Manfred Thierry Mugler, afin de mieux faire comprendre sa créativité très personnelle ?

 

Thierry-Maxime Loriot : Manfred Thierry Mugler a toujours été inspiré par la scène. Il voulait rendre l’être humain plus glorieux, plus fort, lui donner la liberté d’être qui il souhaite. Alors que le grunge et le minimalisme dominaient, il habillait les femmes en latex et leur faisait porter des talons de 12 cm. Ses tailleurs stricts aux épaules de super-héroïnes et à la taille corsetée habillent une femme sublimée, puissante et sensuelle. Il a souffert d’avoir été pointé du doigt à l’époque, d’être incompris. Mais sa vision prophétique de la mode a été finalement reconnue, car elle a inspiré plusieurs couturiers actuels. En fait, il était totalement en avance sur son temps ! On l’a souvent qualifié, un peu vite, de futuriste, parce qu’il expérimentait des techniques ou des matériaux avant-gardistes comme le verre, le Plexiglas, mais aussi des matières qui ne sont pas considérées comme “nobles” tels le PVC, le vinyle, le latex, la fausse fourrure, le chrome… le tout élaboré dans ses ateliers-laboratoires.

 

Manfred, grâce à votre façon de considérer la mode comme un art du spectacle, vous avez révélé vos mannequins et muses en véritables performeuses.

 

Manfred Thierry Mugler  : J’ai été très inspiré par les superwomen, héroïnes et combattantes qui ont défilé pour moi et qui incarnaient mes personnages. Certaines étaient déjà des bêtes de scène. Il n’y avait pas vraiment de répétitions, mais je leur faisais écouter la musique du défilé, qui, plusieurs fois, changeait brusquement de ton. Ensuite, j’ajoutais des jingles, des corbeaux, des cloches, et tout à coup les filles, par exemple, se mettaient à marcher au ralenti. J’ai eu beaucoup de chance de rencontrer Jerry Hall, Cyd Charisse ou encore Pat Cleveland, qui était une vraie poétesse de l’interprétation. J’étais médusé par l’assurance des femmes comme Katoucha, Dauphine de Jerphanion ou Violeta Sanchez. C’étaient des virtuoses de cet art du catwalk : marcher est une chose bien plus extraordinaire qu’on ne croit, surtout quand on est sur des talons hauts et aveuglé par des flashs…

 

Vous avez intégralement créé votre parfum Angel, qui est resté un best-seller de la parfumerie. Comment expliquez-vous cette longévité exceptionnelle ?

 

Manfred Thierry Mugler  : Je pense avoir inventé une catégorie qui n’existait pas : les gourmands. J’ai voulu trouver une sensation commune à une grande diversité de personnes. J’ai pensé à l’enfance, à la tendresse, à l’amour et à la sensualité. J’ai souhaité des essences de chocolat, de barbe à papa. Le flacon était une vraie performance de cristallerie, qui a été refusée par de nombreux fabricants. Nous étions en pleine vague de parfums assez cheap et “rigolos”, j’ai pris le contre-pied en recherchant une fragrance et un flacon de grande qualité. Puis je me suis dit qu’une telle qualité ne pouvait pas se jeter et que les flacons devaient pouvoir se ressourcer. C’était totalement en décalage avec les usages de l’époque, et totalement en adéquation avec les préoccupations actuelles. Angel est entièrement ma création, depuis le jus, le flacon, jusqu’aux photos qui l’accompagnent. Nous avons aussi fait un lancement à contre-courant : nous avons envoyé le parfum, un bouquet de fleurs et un mot écrit de ma main à des femmes qui habitaient dans les plus grandes villes de France. L’idée était qu’elles se l’approprient et fassent fonctionner le bouche-à-oreille. Nous avons ainsi créé une vraie relation avec les clientes, et les campagnes ne sont venues que plus tard. Sur ce désir de mettre en œuvre une relation, nous étions aussi précurseurs des préoccupations actuelles.

 

Exposition Thierry Mugler, Couturissime. Du 30 septembre 2021 au 24 avril 2022 au Musée des Arts Décoratifs, madparis.fr.

 

 

RETROUVEZ LA VIDÉO DES COULISSES DE LA SÉRIE DE PHOTOS DES PIÈCES D'ARCHIVES DE THIERRY MUGLER 

Collection "Cirque d'Hiver", 1995
Collection haute couture "Les Méduses", 1999
Collection "L'Hiver des Anges", 1984
Collection haute couture "Les Insectes", 1997
Collection "Cirque d'Hiver", 1995
Collection "Les Cow-Boys", 1992
Collection "Les Cow-Boys", 1992
Collection "Les Cow-Boys", 1992. Escarpins, CHRISTIAN LOUBOUTIN.
Collection haute couture "Les Insectes", 1997
De gauche à droite : collection haute couture "Ritz", 1992. Collection "Été Africain", 1988. Collection "L'Hiver des Anges", 1984. Collection "L'Hiver des Anges", 1984. Collection haute couture "Les Tranchés", 1999
Collection haute couture "Les Insectes", 1997

Toutes les créations présentées dans cette série sont issues des collections MUGLER ARCHIVES. Mannequins : Sokhna Cisse chez Select Model. Anna Herrera chez Supreme MGMT. Raya Martigny et Dustin Muchuvitz chez Women360. Ella Snyder chez Oui Management. Coiffure : Yumiko Hikage chez Agence Saint Germain. Maquillage : Fanny chez Artlist. Manucure : Lora de Sousa. Set design : Manon Everhard. Assistants réalisation : Nine Henny et Alexandre Martin. Vidéaste : James Coote. Retouche : Antoine Bernard chez A-Studio. Production : Frenzy Picture. Agent photographe : Afif Baroudi.