280

Entretien avec l'irrésistible Vincent Cassel

 

Dans sa génération, y a-t-il un acteur français plus convoité? La question peut toujours se discuter, mais Vincent Cassel, bientôt 49 ans, se place tout en haut de la liste pas si fournie des stars masculines charismatiques made in France.

Il y a d’abord sa filmographie, qui parle pour lui. D’Audiard à Steven Soderbergh en passant par David Cronenberg, ce Parisien pur jus a su dépasser l’image d’un homme de bande – celle formée par Mathieu Kassovitz, Jan Kounen et Gaspar Noé dans la première partie de sa carrière – pour s’inventer un destin plus large, plus étonnant. Même des échecs il s’est relevé avec une certaine flamboyance qui le caractérise. Dans Mon roi, le film de Maïwenn, il incarne un homme du milieu de la mode, à la fois séduisant et effrayant, qui traverse avec sa compagne (jouée par Emmanuelle Bercot) tous les tonnerres. Un terrain d’expression idéal pour cet acteur instinctif, souvent animal, capable de dénicher une part humaine dans la violence, de faire aimer les bandits et les désaxés. Sa carrière se joue aujourd’hui à travers le monde. Le jour de notre entretien, juste avant qu’il ne parte retrouver Matt Damon et la caméra de Paul Greengrass pour jouer dans le cinquième volet des aventures de Jason Bourne, il nous a prévenu : “Je vais continuer à tourner à l’étranger : Italie, Espagne, Australie, Brésil, où j’habite. J’y ai tourné deux films. Je suis un acteur potentiellement brésilien, je parle portugais. Je fréquente ce pays depuis trente ans, je serais un con si je ne maîtrisais pas la langue !” Bienvenue dans un monde à tout Cassel. 

Photos Peter Lindbergh

Veste en shearling et pull en cachemire, DIOR HOMME

Polo en gabardine de laine et coton, PRADA

Homme : Mon roi raconte une histoire de rapports de force et d’emprise. Votre personnage exerce un contrôle sur la femme qu’il séduit.

Vincent Cassel : Excusez-moi, mais je n’ai jamais abordé ce rôle comme celui d’un prédateur à l’esprit tortueux qui aurait trouvé une pauvre donzelle pour lui faire subir tous les martyres. J’ai plutôt vécu ce film comme une histoire d’amour.

J’ai essayé de rester à hauteur normale par rapport à mon personnage, sans imaginer un pervers narcissique. Les rapports amoureux sont toujours un peu violents quand la

passion entre en jeu. Il y a une certaine dureté verbale, psychologique, parce que les gens traversent un moment intense de leur vie.

 

Après la projection au dernier Festival de Cannes, Twitter était plein de références à cette notion de “pervers narcissique”, comme si le film était un dossier sociétal.

Des femmes ont dit cela, n’est-ce pas ? Certaines finissent par dire que les hommes sont des pervers narcissiques quand elles ont l’impression d’avoir été roulées. […] Il ne faut pas oublier que toute l’histoire du film est racontée du point de vue d’une femme qui prend des anxiolytiques et commence à perdre un peu le contrôle d’elle-même. J’ai toujours eu l’impression que Mon roi montre une version distordue de la réalité.

 

Vous venez de tourner avec Xavier Dolan. C’était comment?

Marion Cotillard, Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Léa Seydoux et moi, cela donne un beau casting français. Je ne devais pas en faire partie, mais un comédien a quitté le film pour accepter un rôle que j’avais refusé – c’est drôle. Je dois dire que je ne le remercierai jamais assez. Juste la fin du monde [à voir probablement au Festival de Cannes 2016] raconte une histoire de famille, mais comme une tragédie grecque. Xavier Dolan savait exactement ce qu’il avait envie de tourner. Il avait droit à un budget et à un temps donnés, et il maîtrisait le format de son film à l’avance. Il a une réflexion, une logique interne. Certains metteurs en scène ont une aptitude, un talent et un poids qui s’imposent tout de suite. Sergio Leone, par exemple, sur son premier film, ne devait pas avoir l’air d’un réalisateur de pornos [rires] !

 

Avez-vous l’impression de raconter quelque chose de vous au fil de vos personnages? Souvent, mes rôles m’ouvrent une porte sur moi-même, sur un aspect de ma personnalité que je n’avais jamais envisagé. Je laisse cette porte ouverte, je ne la referme pas une fois le film terminé. Je sais que c’est là. Il doit y avoir une certaine logique, une couleur, une saveur, si on place mes films les uns après les autres. Quand j’y pense, il y en a très peu que je peux montrer à mes enfants. Je leur ai dit qu’ils verraient plus tard que leur papa est un peu bizarre !

 

Ces portes dont vous parlez, sur quoi ouvrent-elles?

Parfois, juste sur un rire. Je me rappelle que pour Sheitan et pour L’Instinct de mort, le film de Jean-François Richet, j’avais des rires un peu particuliers. Des rires un peu gras. Je ne sais pas pourquoi. Maintenant, ils me reviennent dans la vie. Grâce au cinéma, je me découvre toujours. Il y a toute une partie de moi, un “Manimal” dont je deviens conscient et qui resurgit.

 

 

Retrouvez cette interview dans son intégralité dans le Numéro Homme automne-hiver 2015, disponible actuellement en kiosque et sur iPad.

 

→ Abonnez-vous au magazine Numéro

→ Abonnez-vous à l'application iPad Numéro

 

Propos recueilli par Olivier Joyard.

Kiddy Smile : “Pour moi le voguing était une danse efféminée, je n’avais pas conscience de sa force politique.”
998

Kiddy Smile : “Pour moi le voguing était une danse efféminée, je n’avais pas conscience de sa force politique.”

Musique Ceux qui ne connaissaient pas Kiddy Smile ont eu vent de son existence lors de la Fête de la musique de l’Élysée en 2018. Héraut de la cause LGBT et figure de proue de la scène voguing parisienne, le DJ et producteur a créé le buzz avec un simple tee-shirt revendiquant sa conscience politique. Rencontre. Ceux qui ne connaissaient pas Kiddy Smile ont eu vent de son existence lors de la Fête de la musique de l’Élysée en 2018. Héraut de la cause LGBT et figure de proue de la scène voguing parisienne, le DJ et producteur a créé le buzz avec un simple tee-shirt revendiquant sa conscience politique. Rencontre.

Rencontre avec Mati Diop, révélation majeure du Festival de Cannes 2019
763

Rencontre avec Mati Diop, révélation majeure du Festival de Cannes 2019

Ils font 2019 A 36 ans, Mati Diop est la première révélation majeure de ce Cannes 2019. La jeune franco-sénégalaise, nièce du grand cinéaste Djibril Diop Mambéty à qui elle avait rendu hommage dans son documentaire Mille Soleils (2013), est une ancienne étudiante de l’école du Fresnoy à Tourcoing et du laboratoire de création artistique du Palais de Tokyo. A 36 ans, Mati Diop est la première révélation majeure de ce Cannes 2019. La jeune franco-sénégalaise, nièce du grand cinéaste Djibril Diop Mambéty à qui elle avait rendu hommage dans son documentaire Mille Soleils (2013), est une ancienne étudiante de l’école du Fresnoy à Tourcoing et du laboratoire de création artistique du Palais de Tokyo.

Rencontre avec Kim Jones, créateur du nouvel homme Dior
889

Rencontre avec Kim Jones, créateur du nouvel homme Dior

Mode En l’espace de seulement trois défilés, Kim Jones, nouveau directeur artistique des collections homme pour Dior, a affirmé une vision qui dépasse les genres et les catégories. Le créateur qui s’était fait un nom chez Louis Vuitton en introduisant le streetwear dans le luxe, allant jusqu’à collaborer avec la marque Supreme, se distingue par son talent hors du commun et sa capacité à dialoguer avec les fameux millennials. Rencontre. En l’espace de seulement trois défilés, Kim Jones, nouveau directeur artistique des collections homme pour Dior, a affirmé une vision qui dépasse les genres et les catégories. Le créateur qui s’était fait un nom chez Louis Vuitton en introduisant le streetwear dans le luxe, allant jusqu’à collaborer avec la marque Supreme, se distingue par son talent hors du commun et sa capacité à dialoguer avec les fameux millennials. Rencontre.

Phoebe Waller-Bridge, la scénariste la plus insolente d’Hollywood
687

Phoebe Waller-Bridge, la scénariste la plus insolente d’Hollywood

Série Avec son humour grinçant et ses héroïnes féminines à mille lieues des clichés, l’auteure de Killing Eve et de Fleabag insuffle une liberté teintée d’impertinence dans l’univers des séries. Son personnage décalé de Fleabag, dont elle est aussi l’interprète, est de retour pour une deuxième saison. Avec son humour grinçant et ses héroïnes féminines à mille lieues des clichés, l’auteure de Killing Eve et de Fleabag insuffle une liberté teintée d’impertinence dans l’univers des séries. Son personnage décalé de Fleabag, dont elle est aussi l’interprète, est de retour pour une deuxième saison.

Rencontre avec Adwoa Aboah, mannequin star engagée pour la cause des femmes
921

Rencontre avec Adwoa Aboah, mannequin star engagée pour la cause des femmes

Mode À l’âge de 26 ans, la mannequin Adwoa Aboah a déjà reçu toutes les louanges et toutes les récompenses de l’industrie de la mode et des médias. Numéro donne la parole à cette icône, une femme engagée dont la voix porte.  À l’âge de 26 ans, la mannequin Adwoa Aboah a déjà reçu toutes les louanges et toutes les récompenses de l’industrie de la mode et des médias. Numéro donne la parole à cette icône, une femme engagée dont la voix porte. 

Alessandro Michele: confessions d’un gourou de la mode à la tête de Gucci
976

Alessandro Michele: confessions d’un gourou de la mode à la tête de Gucci

Mode Depuis son arrivée à la tête de Gucci en 2015, la maison affiche une santé insolente. Entre ses silhouettes post-genre maximalistes, sa passion érudite pour l’histoire de l’art et son talent inouï pour susurrer à l’oreille des millennials, Alessandro Michele est aujourd’hui perçu comme un véritable gourou de la mode, dont chaque décision est saluée par une salve de soupirs énamourés. C’est sur ses saintes terres, à Rome, que nous sommes allés rencontrer cette idole contemporaine, pour tenter de percer le mystère de sa création. Depuis son arrivée à la tête de Gucci en 2015, la maison affiche une santé insolente. Entre ses silhouettes post-genre maximalistes, sa passion érudite pour l’histoire de l’art et son talent inouï pour susurrer à l’oreille des millennials, Alessandro Michele est aujourd’hui perçu comme un véritable gourou de la mode, dont chaque décision est saluée par une salve de soupirs énamourés. C’est sur ses saintes terres, à Rome, que nous sommes allés rencontrer cette idole contemporaine, pour tenter de percer le mystère de sa création.