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04 Février

“Célébrer un beau cul n’est pas un crime” l’interview culte d’André 3000

 

Derrière les noms de scène Cupid Valentino, Chamelio Salamander, Ice Cold, Johnny Vulture, Love Pusher, 3 Stacks ou encore André 3000 se cache André Benjamin, leader du groupe hip-hop Outkast. Lors du lancement de sa ligne de mode masculine Benjamin Bixby, il expliquait à Numéro pourquoi il ne faut jamais traiter un homme, un vrai, de métrosexuel.

Propos recueillis par Philip Utz

Numéro: Grandir en Géorgie, bercé par la droite chrétienne de l’Amérique profonde, n’est-ce pas le pire des cauchemars ?

André Benjamin: J’ai reçu une éducation chrétienne stricte, mes parents et moi étions membres d’une paroisse baptiste sudiste. Puis avec l’âge, je me suis rapproché de Dieu tout en m’éloignant de l’Eglise. Aujourd’hui, j’ai conservé la foi sans pour autant me soumettre à de tels marchands de salades.

 

Est-ce en bon chrétien que vous boudez le style “bling-bling” qu’adoptent pourtant bon nombre de vos congénères ? 

Lorsque j’ai signé mon premier contrat avec une maison de disques à l’âge de 17 ans, j’ai dévalisé les bijouteries d’Atlanta pour me couvrir de bagouzes, de chaînes et autres boucles de ceinture strassées. J’étais une quincaillerie ambulante, ce que les gens appellent un “boogy” : un péquenot qui se la joue nabab. Je suis même allé jusqu’à me faire refaire les dents en or dix-huit carats. Les nanas du quartier se sont alors toutes mises à me balancer des vannes du genre : “Mec, où as-tu dégotté un si petit pare-chocs ?” J’ai donc fini par me débarrasser de tout ce qui brillait et je l’ai balancé dans la première bouche d’égout venue.

 

 

“La pire faute de goût pour un homme ? Porter une robe”

 

 

Les filles ne trouvent-elles pas suspects les hommes qui font trop attention à ce qu’ils portent ?

Certaines trouvent déconcertants les hommes trop apprêtés, d’autres voient là un signe extérieur de richesse au contraire bien alléchant. Ce qui me consterne, c’est qu’il est aujourd’hui impossible de soigner son hygiène personnelle sans être pointé du doigt, ridiculisé. Pire encore, traité de métrosexuel. Comme si le fait de se limer les ongles et de repasser ses chemises remettait en cause la virilité des hommes. Dieu sait que si un jour j’étais une nana, j’aimerais autant que le mec qui me tripote ait les mains un minimum propres.

OutKast – “Hey Ya!”

Portez-vous de la fourrure ? 

Cela m’arrive.

 

Pourquoi diable alors êtes-vous végétarien ? 

Pour des raisons de bien-être personnel. Je me sens beaucoup plus en forme depuis que je ne touche plus à la chair animale.

 

En vous sacrant le “végétarien le plus sexy de la planète”, les militants anti-fourrure de PETA se doutaient-ils une seule seconde que vous rongiez vos carottes vêtu d’une étole de chinchilla ? 

À dire vrai, je suis aussi surpris que vous qu’ils m’aient décerné ce prix.

 

Quelle est la pire faute de goût pour un homme ? 

Porter une robe.

 

 

“Je ne pense pas que ce soit un crime que de célébrer un beau cul bien rebondi, ou un joli buste bombé. Tout le monde n’a pas la chance d’en avoir à la maison.”

 

 

Pourquoi avoir signé votre ligne de vêtements du nom de Benjamin Bixby ? 

C’était une façon pour moi de ne pas me mettre trop en avant.

 

Pourquoi avoir choisi le nom Bixby ? 

C’est une longue histoire. Pour la faire courte, Ashton Kutcher m’a coincé sur son émission de télé Punk’d, en demandant au groupe Mercedes de me prêter une voiture Maybach pour le week-end. Naturellement, je suis parti en boîte avec, jusqu’à ce que mon manager vienne m’arracher à la piste pour m’avertir qu’il y avait un problème avec la voiture. Quelques minutes plus tard, je retrouve l’épave de la Maybach retournée et encastrée dans la vitrine d’une boutique. Sur ce surgit un représentant de chez Mercedes, constat en main, exigeant que je rembourse la caisse. Je n’avais absolument pas deviné le coup monté, et je n’avais aucune envie de payer la note, alors je lui ai spontanément donné une fausse identité, je lui ai répondu que je m’appelais Bixby. Le nom m’est resté.

Outkast - “M.s Jackson”

Cupid Valentino, Chamelio Salamander, Ice Cold, Johnny Vulture, Love Pusher, 3 Stacks... pourquoi cumulez-vous les noms de scène ? 

Différents personnages, différentes aventures, différents états d’esprit. C’est une façon ludique pour moi de changer de peau, de brouiller les pistes.

 

 

Pourquoi préconisiez vous le port d’une arme à Seven, votre fils, lorsqu’il n’avait que 11 ans ? 

Foutaises ! Une journaliste m’a une fois demandé si je sortais toujours à Los Angeles accompagné de gardes du corps. Je lui ai répondu que non, mais que je gardais néanmoins toujours un revolver dans ma boîte à gants. J’ai eu le malheur d’ajouter que je souhaitais que mon fils fasse la même chose dans un futur proche, pour mieux se prémunir contre les risques encourus par les enfants de stars. Suite à l’interview, mes propos – largement déformés – ont fait les gros titres de tous les journaux. Jusqu’à vous encore aujourd’hui.

 

 

Quitte à vous réincarner en femme, préféreriez-vous vous réveiller dans la peau de Sarah Palin ou de Donatella Versace ? 

Ni l’une ni l’autre. Plutôt mourir que de revenir dans la peau d’une femme. Elles ont la vie trop dure, et tellement plus d’obstacles à surmonter, de défis à relever que nous les hommes. Pour les femmes, tout se joue sur la réputation : elles sont constamment obligées de soigner leur apparence et de tenir leur langue pour se faire respecter.

 

 

Dans votre tube Hey Ya!, vous leur demandez pourtant de “secouer leur derrière comme des images prises en Polaroid”... Serait-ce là un manifeste post-féministe ? 

La misogynie ambiante du milieu R’n’B est ni plus ni moins un reflet du monde dans lequel on vit. Personnellement, je ne pense pas que ce soit un crime que de célébrer un beau cul bien rebondi, ou un joli buste bombé. Tout le monde n’a pas la chance d’en avoir à la maison.

 

[Archives Numéro 99, 2008]

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