Dans son dernier clip, Baldwin, Jamila Woods nous emmène au Poudlard de la “black magic”. Des ados afro-américains traversent en courant les murs d’une école abandonnée du sud de Chicago, comme Harry Potter et Ron Wesley traversent le mur de la voie 9 ¾ dans le célèbre roman de J.K. Rowling. Au programme : cours de tresse enchantée, wax (imprimé coloré africain) et chandeliers volants. Sur les murs, les emblèmes Frida Kahlo et James Baldwin s’animent dans des tableaux telle La Grosse Dame du dortoir de la maison Gryffondor. Bienvenue dans le monde ensorcelé de Jamila Woods.

 

Douzième morceau de son opus Legacy! Legacy!, sorti en mai, le titre Baldwin, dont le clip a été réalisé par Vincent Martell (comme les vidéos de Zora et Giovanni) est un hommage à James Baldwin, auteur afro-américain new-yorkais des années 50-60. Inspiré d’une lettre pleine d’espoir envoyée par Baldwin à son neveu, cette chanson plaide en faveur d’une plus grande reconnaissance de la “black littérature” et de la culture afro-américaine en général. Le refrain “readin'the books you ain't read” (lisant les livres que tu n’as pas lu) témoigne bien des sentiments de la jeune chanteuse qui décrit, dans une interview, son école imaginaire comme : “une oasis d'apprentissage et d'éducation radicale pour les jeunes noirs.”

 

Reprochant au système éducatif américain la faible prise en compte de l’histoire difficile des noires dans le pays, les deux dernières minutes du clip laissent libre court aux adolescents, filmés en Super 8, pour s'exprimer. À quoi ressemble l’école de leurs rêves ? Le premier rêve d’un système plus encourageant. Le deuxième voudrait que le bien-être soit davantage pris en compte. Quant à la jeune fille, elle explique que seule, elle doit apprendre la culture et l’histoire de ses ancêtres, celle-ci n’étant pas abordée dans son école. Betsy DeVos (secrétaire à l'Éducation des États-Unis) n’a qu’à bien se tenir, Jamila Woods semble déterminé à continuer sa délicieuse critique du système américain.