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Beyoncé : 3 choses à savoir sur son nouvel album, Renaissance

Musique

Six ans après son dernier album solo, Lemonade, Beyoncé sort un nouveau disque, Renaissance, qui réinvente entièrement son univers en puisant dans la culture club et en rendant hommage aux communautés queer. Tour d'horizon d'une œuvre hédoniste, politique et aventureuse déjà majeure. 

@ Mason Poole / Beyonce.com @ Mason Poole / Beyonce.com
@ Mason Poole / Beyonce.com

1. Un puissant hommage à la culture club

 

Tandis que Rihanna semble avoir oublié son premier métier, sa rivale de toujours opère son grand retour. Si on ne tient pas compte de la bande son The Lion King: The Gift (2019), le véritable dernier album de Beyoncé remonte à 2016. Il s’agissait de Lemonade, un disque politique, féministe et puissant qui n’a pas pris une ride. Autant dire que depuis, il s’est passé beaucoup de choses en R’n’B, pop et hip-hop. Doja Cat, Dua Lipa, Megan Thee Stallion et Cardi B se sont imposées dans la pop culture, enchaînant les hits et les clips aventureux. L’enjeu de la sortie de son septième album studio, Renaissance, ce vendredi, est donc de taille pour l’égérie Tiffany & Co. et collaboratrice d’Adidas. Il s'agit de reprendre sa couronne et de mériter de nouveau son surnom : Queen B. Et pour se faire, Beyoncé a décidé de se réinventer totalement. Epaulée par la crème des producteurs électroniques (A.G. Cook, Honey Dijon, Green Velvet, Skrillex) et des artistes aussi précieuses que Grace Jones, 070 Shake et Tems, elle s'érige en diva house très "soulful" sur des rythmes électroniques parfois complexes et expérimentaux. Comme le Honestly, Nevermind de Drake, centré sur la house, Renaissance, qui est le premier acte d'une trilogie, rend un vibrant hommage à la culture club et au pouvoir de la nuit comme exutoire salvateur aux tracas du jour. Il y a bien sûr l'irrésistible Break My Soul, qui sample l'inusable hymne house de Robin S., Show Me Love, mais tout le reste de l'album de Beyoncé est également tourné vers le dancefloor. On y entend du disco (Cuff It, sur lequel jouent Nile Rodgers de Chic et la musicienne proche de Prince Sheila E., et Summer Renaissance, qui sample le I Feel Love de Donna Summer), du funk (Plastic Off the SofaVirgo’s Groove) ou encore de la techno (Thique). Autant de vibrations hédonistes qui font du bien après deux ans de pandémie et des mois de fermetures des boîtes de nuit. 

2. Une ode aux communautés queer

 

Beyoncé avait prévenu, dans un post Instagram, avoir voulu créer, avec ce disque, une safe place, "un endroit pour être libre de tout perfectionnisme et de toute réflexion excessive. Un endroit pour crier, se libérer, ressentir la liberté. C’était un beau voyage d’exploration. J’espère que vous trouverez de la joie dans cette musique. J’espère qu’elle vous donnera envie de vous déhancher. Ha ! Et qu'elle vous aidera à vous sentir aussi unique, forte et sexy que vous l’êtes." Se sentir libre d'être celui ou celle que l'on veut, mais aussi d'aimer qui l'on veut, loin des conventions et des préjugés, une fois les lumières éteintes... C'est toute l'essence du mouvement disco, mais aussi, de Renaissance, qui multiplie les références aux communautés queer (qui sont à l'origine de la techno et de la house que la chanteuse célèbre en grande pompe), à la scène ballroom et à l'oncle de Beyoncé, Johnny, décédé de complications liées au sida. La star avait déjà décrit Johnny comme "l'homme gay le plus fabuleux que j'ai jamais rencontré" lors de la cérémonie des GLAAD Media Awards, en 2019. Elle lui dédicace désormais Renaissance dans le livret qui accompagne l'album, le présentant comme sa “godmother" ("marraine"). Elle écrit : “Il a été la première personne à m'avoir exposée à la musique et à la culture qui ont servi d'inspiration pour ce disque." Dans les crédits de l'album, on trouve aussi la productrice et DJ transgenre Honey Dijon, l'auteure-compositrice-interprète queer Syd ou encore Big Freedia, rappeuse gay flamboyante de la Nouvelle-Orléans. Un pas important en terme de représentation compte tenu du rayonnement ultra mainstream de Beyoncé.

3. Une odyssée musicale aussi sexy que politique

 

Qu'elle rappe ou qu'elle chante, la voix de Queen Bey a rarement été aussi suave. Et les textes de Renaissance sont souvent très osés, à l'image de cette phrase sexplicite tirée d'Alien Superstar : “Keep him addicted, lies on his lips, I lick it." Mais Beyoncé n'a pas seulement comme intention de faire se déhancher et s'accoupler la planète entière sur des chansons ultra sexy, décomplexées et fun. Les paroles anticapitalistes de Break My Soul l'ont imposée comme la prêtresse de "la grande démission", un mouvement social apparu au début de la pandémie aux États-Unis et dont TikTok s'est fait le témoin privilégié. De nombreux salariés américains, déçus par le manque de sens de leur travail, se sont mis à démissionner en masse. Sur ce tube, la chanteuse invite à travailler moins, voire à quitter son job, ce qui aurait motivé un grand nombre de ses fans à déposer leur démission sur le bureau de leur patron, selon des témoignages publiés sur Twitter. Un autre morceau extrait de Renaissance s'intitule America has a Problem, ce qui peut se comprendre comme une allusion aux violences policières et au racisme qui sévissent dans le pays même si le titre fait référence au morceau samplé sur la chanson, Cocaine du rappeur américain Kilo Ali, qui parle plus de drogues que de thématiques de société. Face à un contexte difficile (guerre en Ukraine, pandémie, maintien des injustices sociales et raciales, recul des droits des femmes...), Beyoncé trône, sur la pochette de Renaissance, sur un cheval lumineux et en corset métallique, comme la reine et la guerrière qu'on attendait tous. Une héroïne libre, flamboyante et fière qui nous invite le monde à communier sur sa house cathartique, au son de sa voix surpuissante. Même si on n'arrête pas de travailler, comme nous y enjoint Break My Soul, il sera difficile dans les jours qui suivent de faire autre chose que de danser sur ces hymnes consolateurs.

 

Renaissance (2022) de Beyoncé, disponible sur toutes les plateformes.