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Beyoncé dévoile deux titres inédits de son nouvel album country Renaissance Act II

MUSIQUE

Deux ans après son dernier album solo, Renaissance, Beyoncé annonce sur Instagram son nouveau disque, Renaissance : Act II, qui sortira le 29 mars 2024. La chanteuse a aussi partagé deux chansons inédites étonnantes, les très country Texas Hold ’Em et 16 Carriages.

  • La pochette du single Texas Hold ‘Em de Beyoncé.

    La pochette du single Texas Hold ‘Em de Beyoncé. La pochette du single Texas Hold ‘Em de Beyoncé.
  • La pochette du single 16 Carriages de Beyoncé.

    La pochette du single 16 Carriages de Beyoncé. La pochette du single 16 Carriages de Beyoncé.

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Tandis que Rihanna semble avoir oublié son premier métier, sa grande rivale continue sa route. Deux ans après son dernier album solo, Renaissance, Beyoncé a annoncé sur Instagram et lors d'une publicité durant le Super Bowl, le 11 février 2024, son nouveau disque, Renaissance Act II. De quoi faire de l'ombre au chanteur Usher qui assurait le show de la mi-temps...

 

Renaissance Act II, le nouvel album country et politique de Beyoncé prévu pour mars 2024

 

L'opus (le deuxième acte d'une trilogie) sortira le 29 mars 2024 et la chanteuse a aussi partagé deux morceaux inédits étonnants aux accents country sur YouTube, Texas Hold ’Em (une référence à Paris, Texas de Wim Wenders) et 16 Carriages. Plus minimalistes et moins house que les titres de Renaissance, les chansons - inspirées par ses racines texanes - laissent présager un album plus rock.

 

Beyoncé avait laissé des indices à propos de ce tournant esthétique en apparaissant récemment sur Instagram avec des looks western et en public (aux Grammy Awards 2024) en cow-boy chic vêtue de Louis Vuitton par Pharrell Williams.

 

Sur le réseau social X, le rappeur Lil Nas X a plaisanté suite à l'annonce de l'album de Beyoncé : 'Elle finira par me rendre mon chapeau de cow-boy." La musique country a souvent été hostile envers les artistes noirs avant que Lil Nas X sorte le tube Old Town Road (2018) mariant pop, hip-hop et country et rende mainstream l'image d'un cow-boy noir queer. Alors que le titre caracolait en tête des charts, le Billboard avait supprimé la chanson du classement country prétendant qu'elle ne comportait pas assez d'éléments typiques du genre musical. Une décision qui avait créé le scandale et avait été taxée de racisme.

 

La réappropriation des codes de la culture Far West par Beyoncé - qui avait déjà flirté avec la country avec son titre Daddy Lessons en 2016 - s'annonce donc des plus politiques. Elle s'inscrit dans la volonté de réinstaller la figure du cow-boy, qui a toujours existé même si, dans l'inconscient collectif, le cow-boy est un homme blanc.

 

L'année sera par ailleurs très country puisque Lana Del Rey sortira en 2024 Lasso, un album célébrant également ce genre musical cher à Dolly Parton et Taylor Swift. Ce virage country de la part de Queen Bey pourrait s'avérer très stratégique afin d'avancer sur le terrain (couvert d'or) de Taylor Swift, qui a une fois encore triomphé aux derniers Grammy Awards. Parmi les votants pour les récompenses attribuées par l'institution musicale américaine, se trouveraient de nombreux fans de country.

Beyoncé - 16 CARRIAGES (2024).

Beyoncé - TEXAS HOLD 'EM (2024).

Renaissance de Beyoncé : un puissant hommage à la culture club déjà culte
 

Si on ne tient pas compte de la bande son The Lion King: The Gift (2019), le véritable dernier album de Beyoncé remontait, avant Renaissance, à 2016. Il s’agissait de Lemonade, un disque politique, féministe et puissant qui n’a pas pris une ride. Autant dire que depuis, il s’est passé beaucoup de choses en R’n’B, pop et hip-hop. Doja Cat, Dua Lipa, Megan Thee Stallion et Cardi B se sont imposées dans la pop culture, enchaînant les hits et les clips aventureux.

 

L’enjeu de la sortie de son septième album studio, Renaissance, était donc de taille pour l’égérie Tiffany & Co. et collaboratrice d’Adidas. Il s'agissait de reprendre sa couronne et de mériter de nouveau son surnom : Queen B. Et pour se faire, Beyoncé a décidé de se réinventer totalement. Epaulée par la crème des producteurs électroniques (A.G. Cook, Honey Dijon, Green Velvet, Skrillex) et des artistes aussi précieuses que Grace Jones, 070 Shake et Tems, elle s'érige en diva house très "soulful" sur des rythmes électroniques parfois complexes et expérimentaux. 

 

Comme le Honestly, Nevermind de Drake, centré sur la house, Renaissance, rend un vibrant hommage à la culture club et au pouvoir de la nuit comme exutoire salvateur aux tracas du jour. Il y a bien sûr l'irrésistible Break My Soul, qui sample l'inusable hymne house de Robin S., Show Me Love, mais tout le reste de l'album de Beyoncé est également tourné vers le dancefloor. On y entend du disco (Cuff It, sur lequel jouent Nile Rodgers de Chic et la musicienne proche de Prince Sheila E., et Summer Renaissance, qui sample le I Feel Love de Donna Summer), du funk (Plastic Off the SofaVirgo’s Groove) ou encore de la techno (Thique). Autant de vibrations hédonistes qui font du bien après deux ans de pandémie et des mois de fermetures des boîtes de nuit. 

Une ode aux communautés queer et à l'oncle de la chanteuse, Johnny

 

Beyoncé avait prévenu, dans un post Instagram, avoir voulu créer, avec ce disque, une safe place, "un endroit pour être libre de tout perfectionnisme et de toute réflexion excessive. Un endroit pour crier, se libérer, ressentir la liberté. C’était un beau voyage d’exploration. J’espère que vous trouverez de la joie dans cette musique. J’espère qu’elle vous donnera envie de vous déhancher. Ha ! Et qu'elle vous aidera à vous sentir aussi unique, forte et sexy que vous l’êtes." Se sentir libre d'être celui ou celle que l'on veut, mais aussi d'aimer qui l'on veut, loin des conventions et des préjugés, une fois les lumières éteintes... C'est toute l'essence du mouvement disco, mais aussi, de Renaissance, qui multiplie les références aux communautés queer (qui sont à l'origine de la techno et de la house que la chanteuse célèbre en grande pompe), à la scène ballroom et à l'oncle de Beyoncé, Johnny, décédé de complications liées au sida.

 

La star avait déjà décrit Johnny comme "l'homme gay le plus fabuleux que j'ai jamais rencontré" lors de la cérémonie des GLAAD Media Awards, en 2019. Elle lui dédicace désormais Renaissance dans le livret qui accompagne l'album, le présentant comme sa “godmother" ("marraine"). Elle écrit : “Il a été la première personne à m'avoir exposée à la musique et à la culture qui ont servi d'inspiration pour ce disque." Dans les crédits de l'album, on trouve aussi la productrice et DJ transgenre Honey Dijon, l'auteure-compositrice-interprète queer Syd ou encore Big Freedia, rappeuse gay flamboyante de la Nouvelle-Orléans. Un pas important en terme de représentation compte tenu du rayonnement ultra mainstream de Beyoncé.

Une odyssée musicale aussi sexy que politique

 

Qu'elle rappe ou qu'elle chante, la voix de Queen Bey a rarement été aussi suave. Et les textes de Renaissance sont souvent très osés, à l'image de cette phrase sexplicite tirée d'Alien Superstar : “Keep him addicted, lies on his lips, I lick it." Mais Beyoncé n'a pas seulement comme intention de faire se déhancher et s'accoupler la planète entière sur des chansons ultra sexy, décomplexées et fun. Les paroles anticapitalistes de Break My Soul l'ont imposée comme la prêtresse de "la grande démission", un mouvement social apparu au début de la pandémie aux États-Unis et dont TikTok s'est fait le témoin privilégié. De nombreux salariés américains, déçus par le manque de sens de leur travail, se sont mis à démissionner en masse. Sur ce tube, la chanteuse invite à travailler moins, voire à quitter son job, ce qui aurait motivé un grand nombre de ses fans à déposer leur démission sur le bureau de leur patron, selon des témoignages publiés sur Twitter.

 

Un autre morceau extrait de Renaissance s'intitule America has a Problem, ce qui peut se comprendre comme une allusion aux violences policières et au racisme qui sévissent dans le pays même si le titre fait référence au morceau samplé sur la chanson, Cocaine du rappeur américain Kilo Ali, qui parle plus de drogues que de thématiques de société.

 

Face à un contexte difficile (guerre en Ukraine, pandémie, maintien des injustices sociales et raciales, recul des droits des femmes...), Beyoncé trône, sur la pochette de Renaissance, sur un cheval lumineux et en corset métallique, comme la reine et la guerrière qu'on attendait tous. Une héroïne libre, flamboyante et fière qui nous invite le monde à communier sur sa house cathartique, au son de sa voix surpuissante. Même si on n'arrête pas de travailler, comme nous y enjoint Break My Soul, il a été difficile dans les jours qui ont suivi la sortie de Renaissance de faire autre chose que de danser sur ces hymnes consolateurs. En sera-t-il de même pour Renaissance : Act II en mars 2024 ?

 

Renaissance (2022) de Beyoncé, disponible. Renaissance : Act II (2024) de Beyoncé, disponible le 29 mars 2024.

Beyoncé par Mason Poole pour Renaissance Act I / Beyonce.com. Beyoncé par Mason Poole pour Renaissance Act I / Beyonce.com.
Beyoncé par Mason Poole pour Renaissance Act I / Beyonce.com.