20 Février

Billie Eilish, nouvelle reine de la pop arty

 

Billie Eilish n’a que 17 ans, mais on la compare déjà à Nirvana. La compositrice américaine ne dévoilera son premier album qu’en mars, pourtant, son clip glauque “Bury a Friend” subjugue Internet depuis sa mise en ligne. Armée d’une esthétique lugubre, cette bonne élève en pleine rébellion donne un nouveau souffle creepy à la pop .

 

Par Yasmine Lahrichi

Billie Eilish - bury a friend

 

Rarement un clip de musique n’avait autant ressemblé à une scène de film d’horreur. Dans Bury A Friend, vidéo à la limite du sadisme, des mains aux gants noirs saisissent Billie Eilish pour lui perforer le dos avec une douzaine de seringues. Errant dans des couloirs semblables à l’hôtel Overlook du Shining de Kubrick, l’artiste se présente au monde sous son plus mauvais jour : une jeune fille possédée par un esprit maléfique dont le corps se met à léviter. Inquiétant et radical, ce morceau est servis par des sons mats et des silences assourdissants. D’autant que la voix trafiquée de Billie Eilish accentue l’étrangeté de la mélodie qui s’élève dans un crescendo phénoménal pour, finalement, s’arrêter net. Tandis qu’un beat austère imite les battements d’un cœur intoxiqué, le jeune fille chante la mort. Une introspection sordide qui interroge la destruction progressive des relations humaines.

 

Après une période faste pour la pop, tenante du feel good, nul n’aurait prédit qu’une tornade du nom de Billie Eilish s’abattrait sur la scène musicale. À seulement 17 ans, son parcours sans faute est celui d’un enfant prodige. Car l’Américaine a toujours évolué dans l’univers artistique – de la danse à la musique –, aux côtés de son frère aîné, producteur. À l’âge de 14 ans, elle compose son premier titre Ocean Eyes. Elle poursuit à un rythme incessant : un premier EP en 2016, une collaboration avec Khalid (Lovely), et un premier album prévu pour le mois de mars, When We All Fall Asleep, Where Do We Go?.

Pour l’instant, elle incarne à elle seule les tentations les plus glauques auxquelles succombe toute une génération.

Billie Eilish est-elle un cas isolé ? Pour l’instant, elle incarne à elle seule les tentations les plus glauques auxquelles succombe toute une génération . Et l’artiste Dave Grohl compare déjà ses créations dépressives à celles de Nirvana. Son tour de force: briser intégralement les frontières du genre pop. En quelques mois, Billie Eilish a apporté une touche brute et désenchantée à l’imagerie pop contemporaine. Un laps de temps suffisant pour ringardiser les profusions de couleurs d’une Ariana Grande ou d’une Katy Perry. 

 

En quelques mois, Billie Eilish a apporté une touche brute et désenchantée à l’imagerie pop contemporaine.

Dans la lignée de Patti Smith et Sky Ferreira, Eilish porte l’étendard d’une rébellion féminine mélancolique. Dans son titre When The Party’s Over, elle décrit par exemple le black-out que chacun affronte après une rupture douloureuse. Scrupuleuse, elle évite tout lyrisme superficiel et décrit sa détresse sans profusion. Évidemment, Billie Eilish n’est pas la première chanteuse à déverser cette pop sad, néanmoins, elle en maîtrise parfaitement les codes et s’écarte des sonorités new wave des Smiths ou de Joy Division tout en conservant leur essence glauque.

 

Une révolution musicale ? Billie Eilish livre un univers monochrome, directement inspiré de films d’horreur et s’adresse à la génération Z – dont elle fait partie –, qui ne se reconnait plus dans la musique “populaire”. Dans un langage quasi psychanalytique, la jeune interprète s’adresse à une jeunesse qui semble fermement refuser la dictature du bonheur…

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