Tout au long de sa fascinante carrière, Björk s’est affirmée comme une habituée des transformations : personnage de dessin animé, ours en 3D, robot, cocon ou insecte ailé, aucune créature ne semble résister à la chanteuse, qui aime à se réincarner dans tous ses clips, toujours très aboutis. Pour chacun de ses neufs albums, elle fait naître un nouveau personnage, une nouvelle histoire et un nouveau décor dont elle plante les fondations à travers sa musique, ses visuels et ses costumes. Dans son dernier opus Utopia, sorti en novembre 2017, Björk nous conviait dans sa propre vision du paradis, un monde fantastique et féministe peuplé de femmes-fleurs flûtistes, d’oiseaux magiques et de plantes tropicales. Le 6 mai dernier, elle débutait sa résidence d’un mois au Shed, nouveau hub à la pointe de la culture et de la technologie en plein cœur de Manhattan : la chanteuse y présente Cornucopia, “son spectacle le plus élaboré jusqu’alors” selon ses mots, rythmé par les sons de son dernier album ainsi que d’autres titres, plus anciens, réarrangés en vue de s’intégrer à ce nouveau tableau. Pour illustrer ce spectacle ambitieux, Björk a fait appel à l’artiste numérique allemand Tobias Gremmler qui a réalisé l’ensemble des visuels.

 

À l'occasion du premier concert de Cornucopia, le public a donc pu découvrir le nouveau clip de la chanteuse, réalisé pour la chanson Tabula Rasa. Dans ce titre s’adressant à sa propre fille, Björk prend l’exemple de son couple détruit pour inciter les femmes à s’élever, à faire table rase du passé pour mieux “briser les chaînes nouées par leurs pères”. Cet hymne féministe a particulièrement inspiré Tobias Gremmler, qui y met en scène Björk comme créature hybride, se modelant sous nos yeux en fleurs et en montagnes ondulantes : “La transformation visuelle de Björk en ces fleurs proches des faunes et en paysages montagneux incarne le concept d’une coexistence harmonieuse entre la nature et l’humain qui s’établit sur l’empathie”, explique le vidéaste. Cette nouvelle incarnation de Björk file la métaphore du faune, déjà amorcée dans l’album par son premier clip The Gate, qui accompagne les nombreuses flûtes et chants d’oiseaux entendus dans l’album. Jusqu’au 1er juin, le spectacle Cornucopia sera donc à voir au Shed en attendant sa tournée internationale.