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28 Novembre

L'histoire du grime : des blocks londoniens à Stormzy

 

Sorti ce vendredi 22 novembre, le morceau “Own it” du rappeur britannique Stormzy en collaboration avec Burna Boy et Ed Sheeran remet sur le devant de la scène le genre du grime. Rap authentique et accent british affirmé, focus sur ce genre musical venant tout droit des faubourgs londoniens.

Par Anna Prudhomme

Stormzy - “Own it” (feat. Ed Sheeran & Burna Boy)

Le rappeur londonien Stormzy, la nouvelle star de l’afrofusion Burna Boy et le chanteur Ed Sheeran se rejoignent dans un hangar désaffecté le temps d’une soirée. Ils se posent dans des fauteuils d'époque organisent une fête, draguent, et l’un d’eux finit même en tête-à-tête romantique sur le toit. Largement récompensé en 2018 par les Brit Awards, Stormzy dévoilait ce vendredi 22 novembre le clip de son morceau Own it. Une réussite. De la pop-folk d’Ed Sheeran au dancehall de Burna Boy en passant par le grime de Stormzy: les styles respectifs de chacun des artistes s’entremêlent à merveille.

Stormzy - “WickedSkengMan” [Part 3]

Stormzy est révélé en 2014 grâce à WickedSkengMan, une série de freestyles publiée sur YouTube, où micro à la main, dans un parking grisâtre, le jeune rappeur scande des punchlines réalistes sur de puissants beats électro. Le jeune Londonien, qui dès l’âge de 11 ans gagnait déjà des battles de rap, décolle véritablement l’année d’après avec le morceau Shut Up. Entouré de tous ses amis, veste Adidas rouge vif sur le dos, il rappe sa supériorité en la matière. Se prénommant lui-même “l’enfant du grime”, Stormzy semble bien être aujourd’hui l’étoile montante de cette scène rap londonienne…

 

Alors qu’aux États-Unis au début des années 2000 les rappeurs East Coast, Mobb Deep, Notorious Big ou encore Nas déclaraient la guerre à ceux de la côte ouest comme Tupac ou Dr Dre, en Angleterre une tout autre forme de rap se développe loin des considérations du rap US. C’est dans le quartier industriel de Bow, à l’est de la capitale britannique, au milieu des tours et des HML, qu’est apparu le genre musical du grime. Signifiant littéralement “crasse” en anglais, ce rap à l’accent pur, fier de ses origines, et dont les influences sont bien loin du R’n’B américain est né à l’incitative du rappeur Wiley. D’abord membre d’un groupe de UK garage — musique électronique d’inspiration house 90— puis DJ et MC, Wiley marque d’une pierre blanche les productions de grime. Véritable mélange de drum and bass, dancehall et UK garage, ce rap d’outre-Manche martèle avec un accent âpre et rugueux, les galères de la vie quotidienne des jeunes des classes modestes londoniennes.

Dizzee Rascal - “I Luv U”

L’adversité étant toujours source d’effervescence créative, Wiley est vite mis en compétition par Dizzee Rascal, un autre jeune de Bow qui partage ses mix sur les radios pirates de l’époque. Rinse FM, Kiss ou encore Freeze 92.7 ont ainsi joué un rôle primordial dans la diffusion et la reconnaissance de ce rap des blocks. S’inspirant des musiques alternatives qui agitent les raves à Londres, Dizzee Rascal autoproduit son premier single I Luv U en 2003. Wiley finit par s’associer à son adversaire, ensemble ils fondent le groupe Roll Deep, signent sur le label de musique indépendante XL Recordings et obtiennent le prix Mercury du meilleur album du Royaume-Uni la même année. Le style se diffuse alors très rapidement au royaume d’Élisabeth II et compte de plus en plus d’adeptes : Kano, Ghetts, D Double E ou encore le fameux Skepta qui intègre Roll Deep le temps d’une année. 

 

Skepta arrive sur le devant de la scène grâce à ses collaborations avec plusieurs des membres du groupe de rap new-yorkais A$AP Mob : A$AP Bari en 2014 sur le titre It Ain't Safe, puis A$AP Nast, deux ans après, sur Ladies Hit Squad. Le journal Les Inrockuptibles titre à cette époque: “Skepta, le rappeur qui a mis le grime sur la carte mondiale” et, dans la foulée, il s’associe au plus célèbre d'entre eux, A$AP Rocky, pour le morceau Ghost Ride. Ce dernier lui demande en retour de poser son flow unique sur le célébrissime Praise The Lord, et alors, la prosodie trash et l’accent british si caractéristique du grime anglais, deviennent ainsi connus de tous.

 

En 2018, le journaliste Dan Hancox dévoile le livre Inner City Pressure: The Story Of Grime. Dans cet ouvrage, il retrace en détail l’histoire de ce courant musical : les débuts difficiles de ses pionniers marqués par des problèmes avec la police, les radios nationales, les clubs… jusqu'aux sommets, en s’appuyant sur de nombreux entretiens des fondateurs du grime. Les droits d’adaptation ayant été vendus à Pulse Films et Paramount Television, on retrouvera bientôt sur nos petits écrans la passionnante histoire de ce style de rap britannique résolument authentique.

“Inner City Pressure: The Story of Grime” - Dan Hancox

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