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26 Février

Booba est-il le nouveau Georges Brassens ?

 

Punchlines en série, clashs à répétition … Malgré les polémiques, le rappeur Booba ne quitte plus le haut du classement des meilleurs ventes. Et celui que l'on surnomme le Duc de Boulogne fait couler beaucoup d’encre. Sorti en janvier 2020, “L'argot sous un garrot – La face cachée de l'œuvre de Booba”, un documentaire d'Olivier Pillot et Laura Millienne, revient sur les textes controversés du Français. 

Par Lolita Mang

L'argot sous un garrot - La face cachée de l'œuvre de Booba

Connu pour ses clashs à répétition et ses punchlines ravageuses, Booba n’a plus rien à prouver. Depuis l’aube des années 2000, il règne en maître sur la scène du rap français, comme en témoigne la pochette de son dernier album, Trōne (2017). De profil, l’air solennel, celui que l’on surnomme “le Duc de Boulogne” porte fièrement la couronne et le manteau en fourrure, en grand souverain du rap.

 

Aussi dérangeant que triomphant, Booba demeure un personage insaisissable. Ses textes, largement controversés, choquent et offensent tout autant qu’ils sont adulés. À l’heure où le rap est le genre musical qui génère les plus de ventes et de streaming, les mots du rappeur d’origine sénégalaise peinent pourtant à séduire les plus grandes radios.

 

Sorti en janvier 2020 sur YouTube, le documentaire L'argot sous un garrot – La face cachée de l'œuvre de Booba décortique l’œuvre du rappeur. Linguistes, journalistes, essayistes et romanciers défilent devant la caméra afin de comprendre ce qui fait de Booba, un poète résolument moderne. 

 

Un antihéros moderne et romantique

 

La scène débute à Nanterre, dans un amphithéâtre plein à craquer. Sur l’estrade, les étudiants en droit, plus ou moins fébriles, se succèdent tour à tour : le coucours d’éloquence auquel ils participent s’intitule “le procès de Booba”. Avec ferveur, chacun se met à défendre – ou incriminer – l’auteur de Scarface ou Boulbi. Quelle est la différence, enfin, entre Georges Brassens, et Booba ? 

 

Le comble enfin, misérable salope / Comme il n'restait plus rien dans le garde-manger / T’as couru sans vergogne, et pour une escalope / Te jeter dans le lit du boucher chantait Georges Brassens en 1953. “J’ai fouillé dans son iPhone, je n'aurais jamais dû / Photos en petite tenue / Seins nus sans aucune retenue / Je lui aurais fait des enfants, elle m'a douillé / Si je te raconte, tu vas bafouiller,” assène Booba en 2015. Le langage change, les peines de cœur sont éternelles. 

 

Faut-il ériger Booba en poète ? Selon le linguiste Julien Barret, la poésie possède une infinité de définitions. Il s’arrête néanmoins sur certaines caractéristiques comme la densité du message et le non-respect de la syntaxe, afin d’aller au-delà des règles. La poésie, résume-t-il, est une liberté de l’usage de la langue. L’une des particularités majeures de la musique du rappeur demeure la suppression des déterminants. Une technique d’écriture qui existait déjà au Moyen-Âge, époque historique de l’oralité poétique. Aurore Vincenti souligne quant à elle, que Rabelais et Shakespeare inventaient leurs propres mots – “swag” apparaît pour la première fois dans la pièce Songe d’une nuit d’été.

Booba feat. Benash - Validée (Clip Officiel)

L’art de l’ironie

 

Booba se rapprocherait davantage de Nietzsche que de Rabelais et Shakespeare,. “Ce qui ne tue pas rend plus fort ou handicapé” scande-t-il dans Tout cquon connaît, parodiant le philosophe allemand. L’essayiste Thomas A. Ravier souligne l’ironie permanente sur le matérialisme que l’on retrouve dans les vers du rappeur, comme dans le titre Validée : “ Je t'aimais, c'est du passé / J’vais me consoler chez Versace”. 

 

Autre particularité : les métaphores sont légion dans les textes de Booba : “Vénus de Milo, anus de J-Lo, je veux tout” peut-on entendre dans Friday. Dans L'argot sous un garrot, les spécialistes vont jusqu’à inventer le néologisme “métagore”, mêlant la figure de style aux sujets gores abordés par le rappeur. Sans plonger dans l’éloge sans fin, le documentaire n’hésite pas à traiter le topos de la haine des femmes, omniprésente dans les textes de Booba (“J'arrête pas de mater son cul / J’y plongerais 25 fois par jour jusqu'à ce que la go appelle au secours”). Rappel nécessaire cependant : ce thème redondant est commun au genre du rap dans son ensemble, et encore plus globalement, à certaines oeuvres sacrées de la littérature.

 

“L'argot sous un garrot – La face cachée de l'œuvre de Booba”, un documentaire d'Olivier Pillot et Laura Millienne, disponible sur YouTube.

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