28 Novembre

Boy George, The Cure et Tears For Fears reprennent leur trône en 2019

 

Boy George et Culture Club en concert au palais Garnier, Tears For Fears à l’AccorHotels Arena, The Cure au festival Rock en Seine… Ces trois groupes préparent leur prochaine arrivée au panthéon du son avec un baroud d’honneur résolument new wave.

Par Alison Dechandon, et Alexis Thibault

Robert Smith du groupe The Cure

À quoi bon prospecter sur Spotify, errer sur YouTube ou écumer les ondes à la recherche de la dernière pépite musicale lorsqu’on peut s’en remettre à des valeurs sûres? Si les sonorités eighties semblent aujourd’hui l’apanage d’une jeune scène française en mal d’inventivité, leurs créateurs ne s’avouent pas vaincus : Boy George et Culture Club en concert au palais Garnier, Tears For Fears à l’AccorHotels Arena, The Cure au festival Rock en Seine… Ces trois groupes (nés en 1981 pour les deux premiers, et en 1976 pour le troisième) préparent leur prochaine arrivée au panthéon du son avec un baroud d’honneur résolument new wave. Mais faut-il vraiment succomber au charme d’antan ? La nostalgie ne dissimule-t-elle pas une bande de types exténués qui, guiboles bringuebalantes, toussotent dans le micro en se plaquant une main sur la tête pour masquer leur calvitie ? Si, comme pour le vin, l’accumulation des années ne garantit pas la qualité, il faudra donc se contenter de l’optimisme avant d’acheter sa place en fosse.

 

 

1. Boy George et Culture Club dynamitent le palais Garnier

 

Le 2 décembre, le groupe britannique Culture Club revient en force sur la scène du palais Garnier, emmené par son leader Boy George. Séparés depuis 19 ans, Mikey Craig (bassiste), Jon Moss (batteur), Roy Hay (guitariste) et l’excentrique interprète Boy Georges se sont reformés pour produire un sixième album, Life, sorti en octobre, et se retrouvent sur scène à Paris pour un concert unique. Sonorités reggae et paroles fédératrices, les nouveaux morceaux sont plus sages et moins subversifs qu’à l’époque. En témoigne le clip de leur premier titre poétique et bienveillant: Let Somebody Love You où l’on retrouve un Boy George qui se pavane au milieu de la foule. Sourire aux lèvres, yeux charbonneux et chapeau haut de forme ne sont pas sans rappeler les looks ambigus et anticonformistes de la star des eighties, qui avait largement défrayé la chronique de l’époque avec ses dreadlocks multicolores, ses surplus de fard à joues et ses manucures extravagantes.

 

Libre et sans complexes, le groupe à l’origine de la complainte néo-reggae Do You Really Want to Hurt Me (1982) ou encore des tubes Karma Chameleon (1983) et It’s a Miracle (1983) s’est inscrit comme un véritable ovni pop et funk dès ses débuts en 1981. Culture Club, c’est avant tout l’histoire d’une rencontre en boîte de nuit entre Boy George et le futur guitariste Mikey Craig, rejoints par les musiciens Jon Moss et Roy Hay, avec qui ils écriront des musiques inspirées des courants disco, jazz-rock, soul et reggae. Mais c’est aussi le récit d’un groupe rebelle qui plaît aux adolescents borderline, à la communauté gay et aux jeunes filles qui adoptent le style de l’icône Boy George. Le groupe a d’ailleurs vendu plus de 50 millions d’albums aux quatre coins du monde. La consécration viendra avec son album Colour by Numbers (1983) vendu à près de 16 millions d’exemplaires. En 2018, les quatre complices se donnent une nouvelle fois l’opportunité de vibrer auprès du public français dans le cadre de Club Life Tour, leur tournée mondiale.

 

 

Boy George et Culture Club en concert au palais Garnier le 2 décembre.

    Culture Club – “Karma Chameleon”

    2. Tears For Fears, décharge new wave à l’AccorHotels Arena

     

    Tous les spectateurs de la dernière comédie de Gilles Lellouche Le Grand Bain, chronique humoristique d'une bande de déprimés dans l’univers de la natation synchronisée, ont pu s’en apercevoir : Everybody Wants to Rule the World, le hit du groupe Tears For Fears, qui ouvre le film, n’a rien perdu de son efficacité. Et en 2001 déjà, le réalisateur Richard Kelly illustrait son sombre Donnie Darko avec Head Over Heels, un autre titre datant de 1985 du groupe britannique. Avec six albums studios et plus de 30 millions de disques vendus, Roland Orzabal et Curt Smith, fondateurs de la bande en 1981, ont régné sur la new wave des eighties. Mais contrairement aux acteurs dirigés par Gilles Lellouche, c’est dans un bain de synthétiseurs qu’ils ont plongé. 

     

    Ce braquage de la scène musicale, Tears For Fears l’effectue dès 1982 avec Mad World : le titre fait une entrée fracassante dans tous les top 40 et se classe numéro 1 au Royaume-Uni. Reprise par l’artiste Gary Jules au début des années 2000, cette chanson s’inspire des théories du psychologue américain Arthur Janov, et notamment de sa “thérapie primale” de 1967 qui cherche à guérir la névrose… Nappes de synthés, accords de guitares plaqués qui se réverbèrent et mélodies jouées au clavier à la fois redondantes et reconnaissables… Tears For Fears est le groupe new wave par excellence – genre musical dont le nom s’inspire de la Nouvelle Vague cinématographique des années 50 – une réponse expérimentale tourmentée, psychédélique et parfois sombre au post-punk, lui-même successeur du punk authentique des années 70. En 2019, ce groupe d’instrumentistes hors pair revient et investit la scène de l’AccorHotels Arena et de plusieurs festivals de l’Hexagone. Il reprendra les succès qui ont fait sa renommée tels que Shout et révèlera deux morceaux inédits : I Love You But I’m Lost et Stay, premières nouvelles compositions depuis 2004.

     

     

    Tears For Fears en concert à l’AccorHotels Arena le 21 février 2019.

    Tears For Fears – “Everybody Wants To Rule The World”

    3. The Cure vampirise Rock en Seine

     

    Pour célébrer ses 40 ans, le groupe de rock britannique The Cure est de retour sur scène le 23 août 2019 dans les allées du domaine national de Saint-Cloud à l’occasion du festival Rock en Seine. Emmenés par le leader Robert Smith, Roger O’Donnell (claviers), Simon Gallup (basse), Reeves Gabrels (guitare) et Jason Cooper (batterie) réinterpréteront les succès mythiques et imprégnés de spleen du groupe comme Boys Don’t Cry (1979) Close to Me (1985) ou encore Just Like Heaven (1987). Si le collectif s’est rapidement fait connaître en Europe, c’est avant tout pour l’imagerie soignée et torturée de ses clips. Cheveux en pétard, teint pâle, yeux sombres et tenues minimalistes, les musiciens ont excellé dans l’art de la retenue. Entre pudeur et inspirations gothico-rock, le groupe se démarque par cette réserve mélancolique qui parle au public des années 80.

     

    Énigmatique et angoissante, l’empreinte du groupe de rock The Cure a traversé les générations. Si l’aventure musicale débute en 1976, c’est trois ans plus tard que le groupe sort son premier album Three Imaginary Boys salué par la critique. Une façon pour le groupe de trouver ses marques lors de concerts en Angleterre et au pays de Galles avant d’enchaîner l’enregistrement d’autres albums (Faith en 1981 et Pornography en 1982, entre autres) dominés par des rythmes lents, voire oppressants, et réalisés dans des moments d’excès (drogue et alcool). Plus qu’une simple volonté, le groupe souhaite ardemment préserver ce côté intimiste et ne privilégie pas les shows monumentaux dans des stades ou de trop grandes salles. The Cure reste un des groupes de rock les plus influents de ces trois dernières décennies et inspire toujours l’imaginaire musical de nombreux artistes, à l’image du groupe de rock alternatif britannique Placebo ou encore du groupe de métal américain Deftones.

     

    The Cure sera en concert le 23 août 2019 au festival Rock en Seine à Saint-Cloud.

    The Cure – “Lullaby”

    NuméroNews