05 Octobre

Qui est Chilly Gonzales, dandy musical complexe entre musique classique et Daft Punk ?

 

Le compositeur, musicien et rappeur canadien Chilly Gonzales est le personnage phare du documentaire “Shut Up and Play The Piano”, sorti en salle le 3 octobre dernier. Réalisé par le journaliste allemand Philipp Jedicke, le film met en lumière son parcours et sa double personnalité.

Par Alison Dechandon

Chilly Gonzales : "Dot"

“Regardez-moi dans les yeux et imaginez que je suis le plus grand musicien de tous les temps… ”. Face caméra, costume rose, cheveux gominés et verve assurée, Chilly Gonzales capte l’attention de son public par un numéro d’hypnose. Star mégalomane ou véritable marginal, le pianiste de 46 ans intrigue dès les premières secondes du documentaire “Shut Up and Play The Piano”.

 

En septembre dernier, le showman de 46 ans a sorti l’album final de la trilogie Solo Piano : Solo Piano III. Le Canadien y transforme les mélodies au piano en véritables pépites fluides et rend accessible à tous une musique classique qu'on dit malheureusement élitiste. Le quatrième extrait de l’album, intitulé "Chico", est un hommage à l’acteur Chico Marx dans le film "A night at the Opera" (Sam Wood, 1935), capable de capter son audience et de réussir tout ce qu’il entreprend. Chico Marx l’a subjugué car son parcours fait écho au sien : un musicien qui cherche sans cesse à se renouveler et à séduire son public en multipliant les expériences musicales. Chilly Gonzales multiplie en effet les alter ego et les styles : aussi à l'aise dans la musique classique que le rap ou l'électro.

 

 

 Chilly Gonzales multiplie les alter ego et les styles : aussi à l'aise dans la musique classique que le rap ou l'électro.​

 

Chilly Gonzales : “You Can Dance”

En 2013, pour le quatrième album studio des Daft Punk, Random Access Memories, il décroche un Grammy Awards en 2014, trophée collectif remis aux 21 autres contributeurs. Mais c’est encore avec le piano qu’il se surpasse  en avril dernier. Le musicien sort l’album Other People’s Pieces (OPP) dans lequel il reprend les célèbres titres de différents artistes contemporains comme Drake, Lana Del Rey ou encore le groupe pop américain Beach House. Intuitif et audacieux, celui que l’on surnomme Gonzo effectue un véritable travail de déconstruction pour adapter ces morceaux. Il se réapproprie les mélodies des artistes, les transposent dans un autre genre musical et crée des mashup improbables sur fond de musique classique. Un travail que l’artiste excentrique valorise au Gonzervatory, un conservatoire éphémère à Paris ouvert aux musiciens de plus de 18 ans du monde entier qu’il a lui-même créé en juin dernier. Au programme : des master class intensives de huit jours qu’il anime lui-même et des cours axés sur la technique, la stimulation émotionnelle et la performance live. 

 

Sur scène, Chilly Gonzales se transforme. En véritable showman emporté par sa musique, il marque les notes par des mouvements de tête ardents et saccadés. En privé, il parfait ses compositions autour de répétitions feutrées, en catimini, entouré de quelques musiciens. L’artiste canadien excelle aussi bien lors d’une prestation rap que derrière son piano, suivant les codes de la musique classique. Une ambivalence qui a suscité l’intérêt du journaliste Philipp Jedicke, son documentaire "Shut Up and Play The Piano" se penche sur le paradoxe de l’homme, tiraillé entre ses doutes et sa mégalomanie.

 

 

Fin 90, dans une boite de nuit allemande, les volutes de fumée d’un pétard inspirent son ami Raz Ohara. Le musicien danois y voit une référence à Speedy Gonzales, Jason Beck devient “Chilly Gonzales”

Bande-annonce de “Shut Up and Play the Piano” de Philip Jedicke

Rien ne prédestinait Jason Beck, de son vrai nom, à devenir un pianiste d’envergure. Dès l’âge de 3 ans, il s’installe sur la banquette de son grand-père qui lui apprend à maîtriser les touches noires et blanches. Jeune adolescent, il crée un groupe de musique à l’école qu’il mènera "tel un dictateur" selon ses dires. Mais le jeune homme s’est longtemps cherché avant de s’épanouir dans la musique. Fin 90, dans une boite de nuit allemande, les volutes de fumée de son pétard inspirent son ami Raz Ohara. Le musicien danois y voit une référence à Speedy Gonzales, Jason Beck devient “Chilly Gonzales”. Un nom qui parle au principal intéressé et qu’il adopte pour imposer son style extravagant et sans concessions. Une vision fantaisiste de la musique qu’il revendique et qui le distingue de son frère cadet Christophe Beck. Car Chilly Gonzales n’est pas le seul artiste de la famille. Enfant déjà, il partageait cette passion avec son petit frère. “Nous sommes tombés amoureux de la musique ensemble”, explique-t-il. Semi-complices, semi-rivaux, les deux hommes ont pris des directions radicalement opposées. Si Chilly Gonzales s’est tourné vers une musique indépendante, Christophe, lui, a quitté le Canada pour Hollywood. Il a d’ailleurs collaboré avec les studios Marvel pour le long-métrage Ant-man et la Guêpe. Gonzo, de son côté, retrouvera prochainement son public pour une grande tournée qui s’annonce d’ores et déjà explosive.

 

 

Chilly Gonzales sera à Nantes le 12 février 2019, le 13 à Rennes, le 16 à Bordeaux, le 17 à Toulouse et de retour dans la capitale les 26 et 27 juin 2019.

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