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Numéro
03

Un membre des Flatbush Zombies collabore avec un artiste plasticien pour Colors

Musique

À l'occasion du passage éphémère du studio d'enregistrement berlinois Colors le rappeur new-yorkais Erick the Architect et l'illustrateur français Jean Jullien ont créé une exposition. Derrière la scène, trois salles couvertes de dessins, de graffitis et de paroles de chansons, nous plongent au coeur de l'univers graphique des deux hommes. 

  • Colors - Together © Nicolas Jacquemin.

  • Colors - Together © Nicolas Jacquemin.

  • Colors - Together © Nicolas Jacquemin.

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Du 15 au 28 novembre, la plateforme musicale Colors, basée à Berlin, s'installait deux semaines tout près de la place de la République à Paris. Pour l'occasion, l'illustrateur Jean Jullien dessine sur les murs en s'inspirant de l'univers de son ami, le rappeur new-yorkais Erick the Architect. Trois petites salles entièrement recouvertes de graffitis, de dessins et de paroles de chansons sont un clin d'oeil aux précédentes collaborations entre les deux hommes que tout sépare. L'un, Erick the Architect, de son vrai nom Erick Arc Eliott, vient de Brooklyn. Ce geek hyper curieux, passionné de jazz et de néo-soul, est un autodidacte. Au lycée, il apprend la guitare et le piano, fonde les Flatbush Zombies avec sa bande de potes puis se lance en solo en 2010. L'autre, Jean Jullien, est né à Nantes mais a vite quitté sa Bretagne natale pour l'Angleterre. Du College Saint Martins au Royal College of Arts, il étudie dans les écoles londoniennes les plus renommées avant de s'établir en France. Pour Colors, ils réalisent ensemble une exposition inspirés de leurs deux univers. Numéro les a rencontré afin d’en savoir davantage sur cette collaboration inédite.

Numéro : L’un de vous deux est né à Nantes, l’autre à Brooklyn… Comment vos chemins se sont-ils croisés ?

Erick : Avec Jean, nous nous sommes rencontrés à Londres, il y a cinq ans. À l’époque où j’avais des cheveux courts et des lunettes de vue ! [Rires.] Un ami m’avait montré ses dessins et j’ai immédiatement été captivé. J’apprécie la manière dont Jean dessine la vie quotidienne et ses moindres détails. Quand il dessine quelqu’un faire du surf ou sur la plage, on s’y croit !

 

Jean : On s’échange des textes et des dessins depuis des années via Internet. Nous avons déjà travaillé ensemble à plusieurs reprises sur les pochettes d’album d’Erick, Future Proof (2021) ou Let It Go (2020), afin de construire un univers visuel pour sa musique qui nous parlerait à tous les deux. Pour Let It Go, nous nous étions inspiré de photographies en noir et blanc que nous affectionnons.

 

Vous êtes tous les deux amis. Quels sont vos points communs ?

Erick : Depuis que je suis gamin, je suis passionné par Gorillaz, que Jean apprécie également. J’aimais la manière dont ils créaient constamment des personnages afin de se dissimuler. À cette époque, j’habitais dans un quartier de Brooklyn où une immense communauté française était installée. J’entendais parler français toute la journée. Quand j’ai réfléchi au design de ma première pochette, j’ai directement pensé à une cover entièrement noire avec inscrit noir en gros. Chaque lettre était d’une couleur différente. Très tôt, j’étais déjà intéressé par le graphisme et déjà par la France [Rires.]…

 

Jean : Je suis également très attentif à la musique quand je dessine. Il s’agit de deux langages créatifs qui se complètent à merveille. Je créée aussi des animations pour des musiciens, notamment pour mon frère.

Comment avez-vous conçu cette exposition? 

Jean : Cette exposition est un hommage à nos collaborations antérieures. Dans chacune des trois pièces, j’ai repris un élément de graphisme que nous avions déjà employé pour les pochettes d’album. Nous souhaitions conserver cette esthétique bicolore, uniquement en noir et blanc, qu’Erick utilise déjà pour son identité visuelle. Par exemple, dans la première salle de l’exposition, on retrouve les lignes présentes sur la pochette de Let It Go. Nous tenions également à inscrire les paroles de certaines chansons d’Erick sur les murs. Pour réaliser tous ces dessins, j’ai passé trois jours entiers à couvrir les murs du sol au plafond, c’était plutôt intense !

 

Avez-vous de nouvelles collaborations en perspective ?

Jean : Je vais à Los Angeles en février prochain, peut-être que ce sera l’occasion de croiser Erick. Sinon, j’aimerais beaucoup qu’il donne un concert dans un musée à Londres à l’automne prochain. Notre amitié compte avant tout, nous n’essayons pas de profiter l’un de l’autre. Quand un projet se lance et qu’il peut intéresser l’un de nous, pourquoi pas…

 

Self Made, Erick the Architect, disponible.