227


Commandez-le
Numéro
25

3 disques de Four Tet disparaissent des plateformes de streaming

Musique

Le label indépendant Domino Records avec qui Four Tet a collaboré pour trois disques les a subitement supprimés des plateformes de streaming…

Comme l'indique le titre de l'un des plus beaux morceaux de Four Tet, Unspoken, les non dits dans une relation mènent aux ruptures les plus tragiques. Ces litiges insolubles se soldent toujours de la même façon : un crash si terrible que les dégâts causés sont irréversibles. C'est ce qu'il s'est passé, il y a deux jours, lorsque le conflit qui oppose le musicien britannique Four Tet à la maison de disques Domino Records a été rendu public par le premier au moyen d'une série de tweets accablants. Le producteur de 44 ans accuse le label avec qui il a collaboré pour trois disques de les avoir supprimés des plateformes de streaming – sans même qu'il ait été prévenu. Et c'est effectivement le cas : le 21 novembre 2021, Pause (2001), Rounds (2003) et Everything Ecstatic (2005) ne figuraient plus ni sur Spotify, ni sur Apple Music, ni sur Deezer. Trois albums majeurs dans la carrière de Four Tet et plus généralement dans l'histoire de la musique électronique – Rounds étant sans conteste un bijou, fruit d'une parfaite hybridation entre influences rock (avant la sortie du disque l'artiste était le leader de Fridge, un groupe de post-rock) et musique électronique – ont tout simplement été effacés. 

 

Et cette disparition n'est pas survenue au hasard. Elle est due, selon Four Tet, à des représailles de Domino suite à une plainte déposée par le Britannique. Il regrette un désaccord sur des droits d'auteur et, plus précisément, souhaite un réajustement des royalties engendrées par le streaming. En effet, celui qui a très récemment collaboré avec Madlib sur l'excellent opus Sound Ancestros (2021) avait signé chez Domino en 2001, bien avant l'avènement des plateformes. Il réclame donc que son contrat soit réévalué ainsi que des dommages et intérêts pour ces années où il n'a pas touché ses redevances. Une affaire qui, au-delà de susciter l'émoi des fans, témoigne une nouvelle fois des difficultés pour les artistes à être rémunérés grâce au streaming, via leur label. Bien qu'une maison de disques respectable et respectée, Domino, qui vient d'ailleurs de signer l'excellent producteur canadien Toro y Moi, risque de voir sa réputation bien entachée, tandis qu'elle déclarait au média américain Pitchfork être "tout aussi découragée de devoir prendre ces mesures", mais qu'elle gardait "l'espoir qu'une solution à l'amiable puisse être trouvée".

 

Les titres désormais introuvables de Four Tet sont pour la plupart disponibles sur YouTube.