Couronne de dreadlocks, blouson en cuir noir, verres fumés et pistaches à portée de main… en cette matinée parisienne grisâtre, Lenny Kravitz tient parfaitement son rôle de star. À 54 ans, n’ayant rien perdu de son sex-appeal, le musicien ne fait pas son âge, le sait, et semble doté d’une confiance en béton armé. Aussi solide que les compositions de son nouvel album, Raise Vibration, son meilleur depuis longtemps. Si l’atmosphère musicale reste rock’n’roll, ses douze morceaux témoignent d’un groove contagieux, où se croisent échos tribaux, influences funky, pop mâtinée de folk, gospel revisité… Un melting-pot risqué mais réussi, grâce au timbre reconnaissable entre mille de Kravitz, et d’un renouveau d’inspiration qui lui va plutôt bien, plongeant dans les racines de la culture afro-américaine. Ceux qui le pensaient encroûté dans un rock FM trop clinquant ont de quoi réviser leur jugement… Multiinstrumentiste et parolier accompli, Lenny Kravitz est aussi une bête de scène – comme il le prouve à chacune de ses tournées, moment de symbiose collective étonnant à voir et auquel il est impossible de résister. La plus récente démonstration parisienne, en juin à l’AccorHotels Arena, était bluffante de générosité : pas du genre à bouder ses tubes, n’économisant aucun solo ni effet scénique, voix sollicitée au maximum et reprises bien senties (Get Up, Stand Up de Bob Marley), il a offert une vraie leçon d’entertainment.
NUMÉRO : Votre dernier concert à Paris, en juin, était une véritable démonstration scénique, sans temps morts. Où puisez-vous votre énergie ?
LENNY KRAVITZ : Dans la musique. C’est ce qui me transporte. L’énergie du public aussi. J’ai la chance qu’il me montre un amour sans faille, depuis toujours. Peut-être parce que c’est ce dont parle ma musique, qui est très positive. Les gens viennent chercher un sentiment d’unité, de rassemblement. Même s’ils ne se connaissent pas en arrivant, ils se rapprochent le temps de mon concert.
Comment est né Raise Vibration ?
Très spontanément. Je n’avais aucune idée de ce que je devais faire : le style, les sujets, l’ambiance… J’étais juste ouvert à mon inspiration, quelle qu’elle soit. Non filtrée, brute. Elle m’est venue par des rêves. J’avais ces songes la nuit, des histoires fantastiques, oniriques, mais aussi plus concrètes concernant ma propre vie et le monde qui nous entoure. C’est ce qui donne un aspect très visuel à ces nouvelles chansons. Vu que sur le disque je jouais de tous les instruments, j’ai confié la production à mon guitariste de longue date, Craig Ross, et le résultat est incroyable. Nous avons enregistré dans mon studio aux Bahamas… en huis clos, sans autre distraction que la nature. C’est propice à la création…
Rassurez-nous, New York reste votre ville de prédilection ?
Absolument, mon cœur appartient à New York. C’est là que je suis né, que j’ai grandi, que j’ai façonné mon sens du rythme et des couleurs. Que j’ai appris sur les autres.
Un instrument vous a-t-il semblé plus crucial sur cet enregistrement ?
Les percussions, les congas en particulier, m’ont apporté beaucoup de plaisir. À mes débuts je jouais de tous les instruments car je n’avais pas les moyens de me payer les musiciens que je voulais, et finalement, c’est devenu un choix de convenance. Passer d’un instrument à un autre est fluide pour moi, presque thérapeutique.
“C’est difficile de ne pas se sentir concerné par ce qui se passe actuellement. Il y a dix ans, je n’aurais pas pu écrire cet album. Notre époque est vraiment sombre, perturbée, anxiogène. En 2018, des gens se font encore la guerre, le racisme et la misogynie existent encore.”