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28 Octobre

Kanye West s’est-il planté en invoquant Jésus ?

 

Pour son neuvième album studio, Kanye West abandonne le hip-hop au profit du gospel. Dans cet opus minimaliste sorti tardivement après de nombreux rebondissements, le rappeur mégalomane ne nous propose que le strict minimum. Long de 26 minutes, Jesus is King est un album inégal dont on ressort extrêmement frustré.

Par Alexis Thibault

Vendredi 25 octobre. Il est 18 heures en France lorsque Kanye West révèle enfin son neuvième album studio. Le rappeur mégalomane autoproclamé meilleur artiste de l’histoire vient d’invoquer le Christ et délivre ses fans avec miséricorde. Sur la jaquette de Jesus is King, un simple vinyle bleu électrique qui s’empare immédiatement des réseaux sociaux. Chacun y va alors de son commentaire. Ses fidèles déplorent un somnifère gospel produit à la va-vite. D’autres se soumettent une énième fois à l’élu, faiseur de hits formidables. Kanye West avait pourtant prévenu, ce nouveau projet n’est pas un album de hip-hop. Malgré tout, il lui aura fallu 12 heures pour faire exploser Spotify, un braquage en règle qui a enregistré 35 millions d’écoutes.

“Jesus Is Lord” de Kanye West.

Jesus is King est un album inégal que l’on aborde avec fermeté parce qu’il n’est pas le projet d’un jeunot. Il déçoit et surprend, frustre mais contente parfois. Mais on le juge avec sévérité pour plusieurs raisons. D’abord parce que Kanye West est un musicien bipolaire hors pair qui multiplie les sorties de route : ralliement à Donald Trump, propos polémiques sur l’esclavage, concert réduit à 15 petites minutes… Ensuite parce qu’il a fait monter la sauce pendant des mois. Initialement prévu fin septembre, l’album a été décalé jusqu’au dernier moment pour arranger les mix de Follow God, Water et Everything We Need. Enfin parce qu’il tient son Sunday Service chaque dimanche depuis le mois de janvier et réunit un chœur d’une vingtaine de chanteurs vêtus d’une tenue monochrome Yeezy, fruit de sa collaboration avec Adidas. Le débat sur le jugement d’une œuvre à l’aune de son créateur est ancestral : Kanye West n’échappe pas à la règle.

“Hands On” de Kanye West.

La plateforme Apple Music décrit Jesus is King comme suit : “Touché par la grâce divine, Yeezus fait communier rap et gospel.” Kanye West relègue le hip-hop au banc de touche et prend une décision irrévocable, fini le bonhomme vulgaire et méchant. Plus de gros mots, plus de porno (une addiction qu’il traîne depuis un bout de temps) et une remise en question timide de l’American Way of Life. L’ex-beatmaker du label Roc-A Fella s’en remet à Dieu et débite donc des banalités chrétiennes pendant 26 minutes. Le premier des 11 titres de Jesus is King introduit le Sunday Service Choir et pose les bases, promis juré c’est un album de gospel.

“Everything We Need” de Kanye West.

Né au XVIIIe siècle et issu du terme “godspell” (évangile), le gospel apparaît au sein de la communauté afro-américaine en même temps que le blues. En se développant, il intègrera divers éléments de la soul. Quasiment profanes de nos jours, ces chants hérités des esclaves noirs transmettent des valeurs universelles et fédératrices telles que l’amour, le partage ou la quête de spiritualité. Donc Kanye West ne rate pas le coche si l’on s’en tient à la définition. Néanmoins, celui qui a participé à la réintroduction de la soul dans le hip-hop livre avec Jesus is King un condensé de samples trop évidents, des sortes de maquettes dont il supprime le kick de batterie et tout ce qui pourrait donner envie de hocher la tête. Explosion de cuivre de 45 secondes, le morceau Jesus Is Lord aurait pu tourner 12 fois d’affilée en concert mais, coupé violemment, ne génère que de la frustration. On retient aussi les triolets endiablés d’On God, les hurlements salvateurs du violoncelle de Hands On et Everything We Need partagé avec Ty Dolla $ign. Les fulgurances de ce projet minimaliste sont efficaces parce qu’elles condensent les éléments attendus chez Kanye West. 

 

Jesus Is King reste un album en demi-teinte, peut-être une simple introduction à son dixième opus prévu pour Noël. Le flow n’est pas original, les productions soignées mais pas novatrices. Dans cet album-confessional, Kanye West fait du Kanye West et en appelle au Christ rédempteur. Au cours de son chemin de croix mollasson, il ne nous propose que le strict minimum. Loin du chef-d’œuvre, Jesus Is King n’est pas un ratage, simplement une déception.

 

 

Jesus Is King de Kanye West, disponible.

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